Touhami Moualek : La France méconnaissable

Expulsions des Roms  

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La commissaire européenne à la Justice et aux Droits fondamentaux, Viviane Reding, a vivement critiqué l'attitude de la France – prenant pour prétexte la circulaire visant à cibler les  Roms – et demandé des explications aux dirigeants français. Elle est dans son rôle et personne ne peut le lui contester. Mme Reding a, par ailleurs, insinué un rapprochement entre les expulsions des Roms et la Shoah de la seconde guerre mondiale. Devant l'ire suscitée en France, la commissaire a fait marche arrière, probablement par diplomatie, et tenté d'apaiser un climat devenu tendu. Et pourtant il existe bien, me semble-t-il, un parallèle entre les expulsions arbitraires diligentées par le ministre de tutelle, et les épisodes tragiques passées et liées aux persécutions nazies à l'encontre de minorités, notamment la minorité juive. Même si les conséquences ne sont évidemment pas comparables, il faut quand même signaler que les critères ayant déclenché les hostilités inhospitalières et sauvages contre les Roms sont identiques. En effet, les nazis s'en étaient pris à la communauté juive sur le seul fait que cette population était juive. De même, les brutales expulsions des Roms qui ont lieu actuellement en France sont motivées sur le seul fait qu'ils sont Roms. Il est donc établi des discriminations contre une minorité basées sur des origines ethniques. Que cela ait pu offusquer la Présidence de la République française est une toute autre affaire. Les critiques fusent et pleuvent de partout, y compris de Washington. C'est dire ! Et quant à répondre à Mme Viviane Reding : « Vous n'avez qu'à accueillir les Roms au Luxembourg !», cela confirme bien l'intention qui était de viser les Roms en particulier, et prouve de surcroît le manque d'argument de Paris face à cette honte de l'été 2010. Par ailleurs, si l'on s'en réfère à la médiocrité et à l'ironie irresponsable de la diplomatie française, l'on peut aisément affirmer que la France n'est désormais plus un exemple en matière de respect des Droits de l'Homme. Enfin, si le Ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux s'est empressé de remplacer la circulaire le mettant en cause, c'est bien parce que sa responsabilité personnelle est engagée dans cette sombre affaire.

   

Réforme des retraites 

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Le Président Nicolas Sarkozy reste sourd à l'appel de la rue. Pourtant, plus de 2,5 millions de personnes ont manifesté, le 7 septembre 2010, leur hostilité à ce projet de réforme en l'état actuel. Faisant fi des centaines de manifestations à travers tout le pays, le gouvernement a fait adopter au parlement la loi portant sur la réforme des retraites. Ce qui passe très mal dans l'opinion est le report de l'âge légal de départ à la retraite qui irait progressivement de 60 à 62 ans. En effet, après avoir rallongé la durée de cotisation de 40 à 41 ans en 2012 (allongement progressif : loi Fillon), il est désormais demandé aux Français d'attendre 62 ans pour faire valoir ses droits. Il est également reproché au gouvernement de ne pas taxer les revenus du capital (produits et revenus financiers) au moins à égalité avec les taux appliqués sur les revenus du travail. Sur le plan humain et philosophique, une question se pose : après une quarantaine d'années (en moyenne) d'activité pleine, un être humain a-t-il oui ou non le droit de pouvoir finir sa vie en se reposant un peu et en profitant de ses dernières années ? Cette question est fondamentale. L'erreur commise aujourd'hui est de vouloir à tout prix caler les régimes de retraite sur une économie galvaudée, alors que nous savons qu'une croissance suffisante et une activité soutenue régleraient le système de retraite par répartition. Et l'économie relève des champs de compétence des responsables politiques.

 

Affaires 

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Il ne se passe pas une journée sans que de nouvelles accusations contre le ministre Eric Woerth apparaissent au grand jour. Ce dernier a beau clamer son innocence, il n'empêche que de lourdes charges pèsent contre lui (selon des témoignages précis parus dans des médias sérieux et professionnels). Comment dans ces conditions concevoir, dans une démocratie telle que la nôtre, que le ministre Woerth ne démissionne pas, ou tout au moins ne soit pas contraint de démissionner par sa hiérarchie. Sa crédibilité est forcément remise en question. Cette affaire touche également un grand nombre d'hommes politiques, et ce jusqu'au plus haut sommet de l'État, ainsi que de nombreuses personnalités publiques. Jamais les affaires n'ont autant pesé et éclaboussé l'exécutif, visant jusqu'à la Présidence même. Il est difficile ensuite d'être pris au sérieux lorsque l'on veut mettre au pas les « caïds des cités », étant soi-même trempé jusqu'au cou. Nous sommes très loin de cette démocratie irréprochable promise par le Président de la République. C'est même tout son contraire qui se produit.


Liberté de la presse 

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Ces derniers temps, la presse a fait des révélations explosives. C'est son rôle, elle est là pour informer et pour faire contrepoids. Aussi, des tentatives de contrôles ont été opérées de la part du Président de la République (TF1, Antenne 2, CSA et exécutif, Groupe Lagardère, etc.) et cela peu après son arrivée à l'Elysée. Dernièrement, le très sérieux journal
Le Monde a révélé qu'il aurait été passé au peigne fin par les services français du contre-espionnage concernant les fuites (sources) dans l'affaire Eric Woerth – Bettencourt. Une plainte a d'ailleurs été logiquement déposée par ce même journal. Quand des journalistes sont espionnés par des services de l'Etat, cela signifie qu'on ne peut plus parler de société libre et démocratique, mais de société soumise à une espèce de contrôle étatique. Il est fort à parier que ce qui mettra le feu aux poudres sera le fait de vouloir bâillonner la presse. En France, c'est du jamais vu. Plus que jamais, la situation est tendue et le pouvoir exécutif ferait bien d'en tenir compte.

Politique sécuritaire 

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Cet été, le Président lui-même à jeter l'anathème sur les Français d'origine étrangère. Précisément à Grenoble. Incapable de tenir ses promesses, enlisé dans les affaires, au plus bas dans les sondages, le Président est une nouvelle fois revenu à son thème favori pour tenter de redorer son blason auprès de l'opinion publique. Prêchant pour une politique ultra sécuritaire, il ira jusqu'à proposer de faire de la déchéance de nationalité un levier juridique répressif. Choquant ! Il propose que tout citoyen français, d'origine étrangère (c'est là que le bât blesse le plus et qu'apparaît l'arnaque politique et surtout une discrimination anticonstitutionnelle) qui commettrait des crimes contre un représentant de l'Etat soit déchu de la nationalité française. Rien que cela ! Inutile de décrire le trouble, le froid glacial et l'amertume que cette proposition a jeté parmi les citoyens français d'origine étrangère (et il y en a un certain nombre !), qu'ils soient simples citoyens, ou hommes politiques, scientifiques, personnes publiques, sportives, etc. Et si l'on considère que le Président lui-même est issu de l'immigration (première génération !), on aurait pu penser qu'il eût été pour lui plus logique de défendre les Français issus de l'immigration contre toute forme de discrimination. La question que je me pose donc, à titre personnel, est celle-ci : Nicolas Sarkozy n'aurait-il pas un problème avec lui-même et avec la France, un pays qu'il semble très mal connaître ? Ses comportements  antérieurs, décrits comme anxiogènes dans la presse, attestent de sa vulnérabilité et de son instabilité. Ce qui revient à se poser cette question cruciale : est-il encore l'homme de la situation ?


Banlieues 

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Contrairement aux clichés diffusés dans les médias, les habitants des banlieues sont tous des femmes et des hommes responsables, sages, et faisant preuve d'un courage exemplaire. Des centaines de milliers de banlieusards prennent, souvent dans des conditions très difficiles, les transports en commun pour aller travailler. Ils n'ont pas attendu après Nicolas Sarkozy pour se lever tôt. Le plan Marshall se fait toujours attendre. Quant à Fadéla Amara (mi-dedans mi- dehors des banlieues, en opposition à ni ceci, ni cela), qu'elle ait existé ou pas au sein du gouvernement n'aurait rien changé aux affaires des banlieues. Son salaire aurait dû être versé à d'excellentes associations qui font un travail remarquable, cela aurait été beaucoup plus utile aux banlieues et à la société. Néanmoins, il existe une tension dans les banlieues qui est palpable. Certes, il suffirait d'une étincelle pour que cela dégénère. L'attente était grande. Mais là également, il n'y a rien eu de constructif, de bénéfique ; le bilan est quasi nul. Beaucoup, désespérés et ne trouvant pas d'emploi, se retournent vers des réseaux dérivatifs et peu recommandables. A qui la faute ? Il existe une jeunesse qui a envie de s'en sortir. Elle a d'ailleurs fait des études pour. Nicolas Sarkozy avait dit : « Je serai dur avec les délinquants, mais j'aiderai les jeunes qui veulent s'en sortir. » En réalité, il a créé un amalgame : jeunesse égal délinquance, et cela lui donne, croit-il, le droit d'être ainsi dur avec tout le monde. Une arnaque de plus, une promesse non tenue de plus. Les banlieues restent un des problèmes majeurs du futur. Elles sont de véritables volcans dont l'éruption peut survenir à tout moment. Attention à ne pas jouer avec le feu. Quant à la responsabilité des parents dans l'éducation de leurs enfants, si celle-ci ne peut en rien être contestée, en revanche ce qui est contestable c'est le fait que l'on impute toutes les responsabilités sur ces mêmes parents. Car aujourd'hui, cette éducation est partagée, me semble-t-il, entre les parents pour une grande part, et l'école (l'Éducation Nationale), les valeurs véhiculées par la société dans son intégralité, la télévision, les comportements de celles et ceux qui devraient être des exemples en tant que références, mais qui sont, en fin de compte, des contre-exemples. Les parents ont donc bon dos.

Touhami Moualek


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