Touhami Moualek : Les urnes, énergie démocratique

Touhami Moualek : Les urnes, énergie démocratique


Que pensez-vous de la politique ? Si l'on s'en réfère aux faibles fréquentations des urnes lors des dernières échéances électorales, l'on constate que les hommes politiques n'intéressent plus grand monde. Et pourtant, en délaissant le terrain politique, les citoyens commettent une faute aux conséquences incalculables. La vie vaut la peine que l'on se batte pour elle. Notre avenir nous appartient. Ce n'est pas en le déléguant à des élus désignés in extremis que nous aurons la meilleure des destinées. Prenons notre destin en main ; votons massivement. Ne pas voter revient à remettre son sort entre les mains d'autrui. Par les temps qui courent, cela peut s'avérer extrêmement périlleux. N'oublions pas non plus que des hommes et des femmes ont donné leur vie pour que nous puissions, nous, héritiers de la République et de la démocratie, nous exprimer librement. Et puis, comment ne pas voter et pouvoir ensuite donner son avis sur telle ou telle question portant sur l'actualité, la société, ou les hommes ?

Les institutions actuelles fonctionnent plutôt bien. L'alternative politique se déroule sans crise majeure, sans crise de régime. Nous avons même eu droit à plusieurs cohabitations (gauche droite) d'une durée relativement longue. Toutefois, on peut toujours améliorer, parfaire le système et son organisation. Ce travail d'amélioration de la démocratie n'est pas uniquement l'affaire de spécialistes ou de techniciens de la politique. Il est aussi celui du peuple. Chaque personne peut, en effet, contribuer, par sa propre expérience, sa réflexion et son analyse, à la construction d'une démocratie plus proche des préoccupations des citoyens. Si chacun apporte sa pierre à l'édifice, nul doute, nous aurions de somptueux palais.

Lorsque les électeurs désertent les urnes, ce sont les politiques qui, paradoxalement, tirent leur épingle du jeu. Je m'explique. Imaginez que vous alliez à un concert musical. A votre grande surprise, à la fin du spectacle, l'artiste ne se verrait pas adresser les applaudissements et les acclamations tant espérés. Si bien qu'au lieu d'une joie immense qui l'aurait transcendé, il accuserait une terrible déception. Parce que notre chanteur croit en son art, qu'il pratique avec conviction. Eh bien, à l'inverse, je n'ai jamais vu les hommes politiques tristes, hagards et effondrés à la suite d'une élection où le taux d'abstention tiendrait la vedette. Au contraire, dès lors que le quotient électoral serait atteint, validant le résultat du scrutin, je dirais même que les divers postulants s'en satisferaient largement et avec le sourire. Étonnant ? Pas si sûr. Sachant pertinemment que les citoyens se désintéressent de la politique, les élus n'éprouvent aucune pression, aucun sentiment d'une responsabilité, et pourraient même s'offrir le luxe de n'appliquer que partiellement le programme pour lequel ils auraient été élus, mettant de côté les dossiers difficultueux. Chacun sait qu'en période d'élection, il y a une surenchère de promesses, plus démagogiques les unes que les autres. On peut tout promettre aux absents, que risque-t-on, à l'arrivée ? Par contre, si tous les citoyens votaient, cela aurait un impact déterminant, en termes de responsabilisation des élus. Ceux-ci n'auraient pas le droit à l'erreur et devraient respecter scrupuleusement leur programme, tenir leurs promesses.

Tout système politique, même imparfait, ne peut fonctionner que s'il est appliqué d'une manière honnête, loyale et objective. Je vous concède que cela fait beaucoup de conditions ; d'ailleurs, je vous entends presque rire. Certes, les hommes politiques sont responsables de la désaffection des urnes, mais ils ne sont pas les seuls. Les électeurs sont l'élément central dans une démocratie représentative, parce qu'ils sont, in fine, les décideurs. S'ils ne remplissent plus cette condition, ô combien primordiale, consistant à désigner par le suffrage universel leurs représentants, alors les politiques ne seront pas réactifs et réceptifs aux préoccupations des citoyens. Les règles de la démocratie seraient faussées. Et c'est tout à fait le schéma actuel. D'un côté, il y a des électeurs qui boudent parce qu'ils se sentent floués par les politiques. D'un autre côté, il y a des dirigeants plutôt contents d'eux, puisque sachant à l'avance qu'ils ne craignent pas grand-chose de la part d'un électorat passif, quasiment désengagé et ayant renoncé à tenir son rôle d'arbitre, de juge.

Le slogan qui consiste à crier haut et fort : « voter ne sert à rien ! » est un contresens doublé d'une iniquité révoltante. En effet, à défaut de votants il n'y aurait plus de démocratie. Nos institutions seraient paralysées, faute d'élus. Nous pourrions alors redouter le pire. Ce que je veux souligner, c'est qu'il y a, de la part de celles et ceux qui, délibérément, ne se rendent pas aux urnes, des conséquences incalculables dans leur boycott. Ils remettent en cause les piliers et les fondements mêmes de la démocratie. Si nous votions, ce qui reviendrait juste à remplir notre devoir civique, les tricheurs, les arrivistes et autres carriéristes sans âme, n'auraient plus qu'à se tenir tranquilles. Les élus n'auraient pas d'échappatoire, ne pourraient pas se défiler, nous duper, comme ils le font malheureusement trop souvent.

Abraham Lincoln n'a-t-il pas dit, en son temps : « la démocratie est le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple. »

Sans la participation du peuple, la démocratie serait borgne, ou ressemblerait à un cyclope. J'aime à comparer la démocratie avec les deux yeux du visage : l'un serait le peuple, l'autre les élus. S'ils ne vont pas dans la même direction simultanément, cela entraînerait un dysfonctionnement, provoquant des troubles graves de la vue.

Mais alors, me direz-vous, une question légitime se pose : faut-il rendre le vote obligatoire ? La réponse est, me semble-t-il, non. A la base, il y a déjà une obligation morale de voter par esprit de responsabilité d'une part, et, d'autre part, en mémoire de ceux qui ont durement lutté pour inscrire ce droit dans la constitution. On pourra toujours critiquer les hommes politiques, les considérer comme des menteurs, des magouilleurs et des corrompus. A ce sujet, qui n'a pas entendu cette formule consacrée : « tous pourris ! » ? Une sentence imméritée, prête à l'emploi, jetée à leur face, sans même prendre la précaution d'en vérifier la portée. Aussi, je ne commettrai pas l'erreur qui consisterait à généraliser, à tout systématiser. Chaque troupeau comporte ses brebis galeuses. Ce n'est pas pour autant qu'il faille accuser tout le monde. Je salue le travail qu'accomplissent les élus demeurés honnêtes et fidèles à leurs principes moraux, même si je ne suis pas d'accord avec toutes leurs actions. Après tout, c'est le jeu de la démocratie. Alors on pourra toujours leur cracher à la figure, les injurier, même les traiter de renégats, il n'empêche que ce sont eux qui tiennent bon la barre du navire. Mais je conçois, car il faut être objectif pour être crédible, qu'il faudrait plus d'hommes politiques intègres, au-dessus de tout soupçon et qui donneraient vraiment l'envie de croire en la politique.

Et nous ! Pauvres électeurs gâtés, n'ayant même plus conscience de la formidable chance que nous avons de pouvoir voter librement ! Ne sommes-nous pas autant, sinon plus, responsables que nos dirigeants politiques du mauvais fonctionnement de notre démocratie ? Une société où les citoyens ne votent plus, ne s'expriment plus, ne participent plus aux débats politiques et démocratiques, et où les élus mettent de côté leurs convictions politiques, leurs idéaux, est une société vouée à l'échec, parce qu'ayant choisi la voie de la décadence. Finalement, nous avons les élus que nous méritons ! Si nous étions plus assidus à nous rendre aux urnes, sans doute les politiques s'obligeraient-ils à plus de rigueur, plus de droiture dans leur conduite. Voter est un acte civique qui engage sur un projet de société soi-même et ses concitoyens. Ne pas voter est un acte irresponsable qui met en danger la démocratie parlementaire, l'expression d'une désinvolture par rapport au pacte républicain qui nous unit. A tous les citoyens qui ambitionnent d'être respectés par leurs élus, et je pense que nous sommes tous dans ce cas, je dis qu'ils ne le seront effectivement qu'à travers l'expression de leur bulletin de vote.

Je me réjouis, en revanche, que des jeunes, notamment issus des banlieues, se mobilisent en créant des associations très actives, et sensibilisent la jeunesse entière sur les véritables enjeux d'une élection politique. Des personnalités du monde du sport, des artistes, des intellectuels et bien d'autres encore ont également pris l'initiative d'un appel à s'inscrire sur les listes électorales en vue de voter à la prochaine élection présidentielle de 2007. Ces derniers ont fait remarquer, chacun à sa manière et selon sa sensibilité propre, combien il est important de peser sur une élection en allant voter. Si les hommes politiques ne se soucient pas, ou très peu, des jeunes des banlieues, par exemple, et mon exemple n'est pas anodin, c'est effectivement parce qu'ils ont conscience que ceux-ci, pour la grande majorité, ne votent pas. Les ténors politiques intègrent tous les paramètres possibles dans leurs plans d'action. Il faut donc, en contrepartie, montrer que nous sommes partie intégrante de la démocratie et que rien ne se fera sans nous. Il ne peut y avoir de véritable démocratie qu'avec la participation de tous les citoyens. Nous devons créer un rapport de force puissant qui fasse réfléchir les politiques quant aux décisions et aux choix qu'ils seraient amenés à mettre en œuvre.

Chers concitoyens, agissez avec sagacité, ayez le réflexe d'aller exprimer vos opinions en votant. Rendez-vous aux urnes pour y déposer votre bulletin, votre voix portant sur un choix de société qui vous concerne, mais qui concerne aussi l'avenir de vos enfants, de nos enfants ! C'est à ce prix que vous pourrez ensuite exiger des élus qu'ils respectent le contrat signé avec le peuple, à la virgule près.

Prouvez, jeunes générations issues de l'immigration et de la France entière, que vous voulez, contrairement à vos aînés, aujourd'hui déçus de la politique, nous le serions tout autant à leur place, réellement bousculer les mentalités, faire bouger cette société française qui a du mal à décoller, du mal à se positionner dans ce nouveau monde sans cesse en mouvement. La politique, en vérité, n'est pas un sale métier, un milieu infréquentable, elle peut être, bien au contraire, une aventure formidablement exaltante, pourvu qu'on y adhère avec ses rêves, ses espoirs, ses vérités, ses attentes, pour que ceux-ci se concrétisent grâce à elle. Et je ne suis ni naïf, ni utopique. Simplement un peu idéaliste, un peu réaliste. Et je suis à-peu-près sûr que vous l'êtes aussi.

« Celui qui croit avoir raison sur tout a toutes les raisons de se tromper » Touhami MOUALEK 

« La démocratie ne peut garantir la liberté absolue, mais elle en érige les principes » Touhami MOUALEK 


Touhami MOUALEK

Auteur du livre : La Déchirure, Algérie de mon père, France de mon enfance.

Editions EDILIVRE.COM

Disponible en librairie et tous les sites Internet  de vente en ligne.


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