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Touhami Moualek : Ne pas répondre aux provocations

Ban et lieu : Banlieue

 

Des brouhahas, des crises d'hystérie, des relents d'un racisme chronique, ont pris le dessus sur la sérénité et l'objectivité indispensables à tout débat démocratique. Parmi la classe politique et intellectuelle, beaucoup se découvrent soudain des talents cachés de réactionnaire, voire de néofasciste. Qu'ont-ils donc, l'un après l'autre, à s'égarer dans les dédales de la haine et du mépris ? Cette intelligence supérieure, dont ils se vantent si orgueilleusement, serait-elle dénuée de toute sagesse ? La tolérance, qu'ils accordent en aumône aux miséreux, semble céder du terrain face à l'intolérance et à l'ignorance. Des cris de douleurs, des appels à l'aide, implorant un peu de considération et de reconnaissance se sont fait entendre dans les lugubres banlieues défavorisées. Pour seule réponse, le couvre-feu et l'état d'urgence ont retenti dans une France recroquevillée, craintive, insensible aux malheurs et aux injustices d'autrui qu'en d'autres temps elle avait vaillamment combattus, jusqu'au-delà de ses frontières. Que reste-t-il aujourd'hui de cette France tant aimée, tant admirée et tant respectée ? Après l'extraordinaire et géniale époque des yéyés et des yoyos, voudrait-on nous servir celle des youyous maghrébins comme slogan d'un renouveau raciste ?

Des mômes de banlieues, discriminés, humiliés, privés de l'égalité des chances qu'offre, en théorie, la République à tous les citoyens, ont manifesté leur colère et leurs douleurs d'une société dont ils se considèrent les enfants bannis. Les violences exprimées ont été spontanées, apolitiques, affranchies de toute organisation ethnique ou religieuse. Au départ, la mort tragique de deux jeunes garçons, électrocutés dans un transformateur EDF à Clichy-sous-Bois. Un drame humain… un de plus.

Et voilà que ces graves et regrettables incidents survenus dans les banlieues ont suscité, parmi les blasés de l'histoire, ceux-là mêmes qui entretiennent des idées néocolonialistes, l'espoir d'une revanche. Ils se nourrissent de ressentiments, attendant la vengeance comme unique rédemption, prisonniers d'un triste passé dont ils ne peuvent plus s'évader, éternels attardés d'un monde qui désormais avance sans eux

Mais soyons honnêtes, lucides et impartiaux. Les actes de vandalisme commis par les jeunes délinquants ont mis ces derniers hors-la-loi. Une réponse répressive et judiciaire devait donc être apportée. Cela a été fait et tout le monde semble d'accord sur ce point. La seule question que l'on peut légitimement se poser est la suivante : ces jeunes, eux-mêmes victimes d'une extrême violence, qu'elle soit économique ou sociale, n'ont-ils pas simplement usé de la même violence pour exprimer leur désespérance ? D'éminents sociologues se sont exprimés sur cette question, apportant des réponses claires et nettes.

Des âmes, autoproclamées comme appartenant à une intelligence supérieure, issues d'un gotha contestable et contesté, mal inspirées et manigançant un périlleux antisémitisme fantasmé et irrationnel, ont tenté de nous faire croire qu'il s'agissait d'un problème ethnico-religieux. Ainsi, le message selon lequel les Noirs et les Arabes seraient, d'après leur doctrine insidieuse, porteurs d'une violence inscrite dans leurs gènes, s'est subrepticement distillé dans leurs discours haineux et réactionnaires. Quel scientifique, digne de ce nom, ne serait pas terrifié et horrifié par de tels propos insensés ? Comment peut-on, en France, patrie des droits de l'homme, répandre de telles idées racistes, islamophobes et xénophobes, sans que cela ne donne lieu à une prise de conscience instantanée et ne produise pas une véritable levée de boucliers, au sein même des principales organisations humanistes ? La conscience humaine semble terriblement en panne, hésitant entre combattre la réincarnation d'un mal, passé du stade récurrent au stade offensif, et l'acceptation d'une idéologie fascisante autant dégradante pour l'être humain qu'intolérable. 

En réalité, ces mouvements de révolte des banlieues sont liés à un climat social en déliquescence, à des inégalités liées à des origines ethniques. J'affirme qu'en France, terre d'accueil et d'asile politique, il existe des inégalités liées aux races. Toute personne qui nierait ces faits serait soit malhonnête, soit de mauvaise foi, ou intentionnellement victime d'une cécité. Ces enfants sont nés de parents venus en France, à la demande des pouvoirs publics, reconstruire le pays à la force de leurs bras. Voudrait-on, aujourd'hui, les rejeter à la mer, sous prétexte que la conjoncture économique serait mauvaise ? Drôle de récompense ! Occulter les problèmes socio-économiques des banlieues, poursuivre l'actuelle politique de l'autruche, fermer les yeux sur une faillite politique et sociale, reviendrait à entretenir une situation explosive. Nous continuerions à danser sur un volcan, en attendant la prochaine éruption. 

A vous, jeunes générations, je dis : prenez votre destin en main. Imposez-vous avec vos qualités humaines intrinsèques, votre morale, qui n'ont rien d'incompatible avec la laïcité républicaine. Soyez combatifs face aux écueils que les partisans d'une idéologie prônant une France « blanche, blanche et blanche » dresseront sur vos routes. La démocratie offre des moyens de s'exprimer, sans recourir à la violence. Il existe, en effet, le bulletin de vote, les pétitions, les groupes de pressions tels que les associations, et pour ceux qui ont de solides convictions : les partis politiques. 

Ensemble, construisons une société où toutes les âmes de bonne volonté auront une place. Ne répondons pas à la provocation. Gardons notre sang froid et soyons dignes comme l'ont été nos pères et mères, jadis considérés comme des sous-hommes.

Touhami Moualek

Auteur du livre : La déchirure - Algérie de mon père, France de mon enfance
Editeur : Editions EDILIVRE.COM (http://edilivre.com)

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