Les banlieues : des problèmes avant tout humains

Touhami Moualek : Certes, les problèmes des banlieues sont socioéconomiques, mais ils sont avant tout des problèmes humains.

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Systématiquement marginalisés et renvoyés à leurs banlieues, comme s'ils n'habitaient pas en France et n'étaient pas des citoyens français ordinaires, les jeunes (et les moins jeunes) habitant les quartiers, dits populaires, sont depuis des décennies et des décennies déconsidérés, abandonnés, discriminés et parqués dans des ghettos qui n'ont, souvent, rien à envier à ceux du tiers-monde. D'ailleurs, cette population n'est-elle pas considérée comme une population du tiers-monde ? Les quelques réussites sociales, citées et rencontrées par-ci et par-là, sont malheureusement des exceptions qui confirment la règle générale, et sont utilisées à des fins de diversions en vue d'éluder les vrais problèmes sociaux rencontrés par ces populations issues, pour la plupart, de l'immigration. Un exemple simple : comment ose-t-on, aujourd'hui encore en France, parler d'intégration à des jeunes nés en France ? C'est incroyable, j'allais dire invraisemblable ! Mesdames et Messieurs les politiques, répondez-nous. Nous sommes curieux d'entendre vos réponses.Ainsi, toute création artistique, toute tentative de créer une entreprise commerciale, toute initiative visant à donner la parole aux habitants des banlieues, et toute esquisse ou tentative de rentrer dans le cercle de la politique, des milieux de décision à quelque niveau que ce soit, sont vouées à l'échec parce qu'elles sont dès le départ soit écartées par des procédés racistes et discriminants – et les principaux activistes dans ces domaines appartiennent aux élites en place –, soit elles ne seront jamais accueillies favorablement, tout juste tolérées, puis définitivement exclues par la suite. Les créateurs, les étudiants, les ouvriers, les dirigeants, les citoyennes et les citoyens tout court, quels qu'ils soient sont obligés de fournir toujours plus d'efforts que la moyenne, faute de moyens matériels et humains suffisants, d'infrastructures inadéquates, pour se hisser au niveau des meilleurs ; et cela ne leur est même pas reconnu. L'égalité des chances n'existe que sur le papier.

 

Nous savons qu'il existe et qu'il existera toujours des fossés entre riches et pauvres, entre puissants et faibles. Les luttes et les combats politiques ayant, en principe, pour vocation de tenter de toujours réduire ces inégalités et ces injustices. Or, nous constatons qu'il y a effectivement eu des progrès, des avancées dans ces domaines, grâce aux luttes des Français. Mais ces progrès ne bénéficient pas aux populations habitant les quartiers les plus déshérités, les plus démunis, comme ils bénéficient aux citoyens « ordinaires ». Cela démontre le désintérêt, le laxisme et la faillite des politiques menées par tous les partis qui ont eu a exercé le pouvoir en France ; et encore, peut-on vraiment parler de politique, ce mot paraissant usité à mauvais escient. Ce « laissé pour compte » se traduit, au sein des jeunes particulièrement, par des actions de rebellions, des émeutes et des manifestations en tous genres. Et pour répondre à ces situations de crise, les pouvoirs publics font appel aux forces de l'ordre. Les foyers de révolte sont ainsi éteints, dans la répression, jusqu'à la révolte suivante. Et cela fait plus de trente ans que nous sommes dans ce cercle infernal. « La prévention est le moyen le plus sûr pour éviter d'avoir à recourir à la répression » ont alerté d'innombrables associations et d'éminents spécialistes en la matière. Mais rien. Personne n'entend. Tout le monde reste sourd.

 

Il ne s'agit pas de repeindre les murs des bâtiments, ni celui des cages des ascenseurs, en dissimulant les misères, ni de construire des terrains de sport, même si ceux-ci sont évidemment nécessaires, mais plutôt de conduire une politique qui soit volontariste dans le but de combattre, sans jamais faiblir, toute forme de discrimination et toute forme de racisme à l'encontre des habitants des banlieues. Car nous savons, et vous le savez également Mesdames et Messieurs, que les Maghrébins et les Noirs africains, essentiellement, sont les premières victimes de ces discriminations intolérables.

 

Les mentalités doivent désormais évoluer dans ce pays. Les pouvoirs publics ont un rôle capital à tenir dans ce sens. Car aujourd'hui, que vous soyiez d'origine noire, maghrébine, ou même européenne (blanche) et que vous habitiez dans des zones géographiques nécessitant l'utilisation du RER B (Paris – Aéroport Charles de Gaulle), par exemple, vous auriez de grandes chances de vous voir refuser un emploi sous prétexte que cette ligne a la réputation d'être une ligne à problèmes. Discriminés même dans les transports !

 

L'argumentaire consistant à amalgamer délinquance et jeunesse des banlieues, assistanat et Français d'origine étrangère, est éhonté et parfaitement faux. Des écornifleurs, il y en aura toujours, quels que soient les systèmes. Ces « profiteurs » du système social ne sont qu'une minorité et là encore il ne faut pas généraliser. C'est à l'Etat de faire respecter les règles de fonctionnement.

 

Sortir des ghettos, des cités-dortoirs, par des constructions de logements qui soient plus humains, et pourquoi pas en accession à la propriété (des milliards d'euros sont gaspillés chaque année inutilement) ; par des réseaux de transports ferroviaires plus fiables et moins vétustes ; par des écoles publiques qui redonnent l'envie à des centaines de milliers d'élèves d'apprendre et d'accéder au savoir ; par des centres culturels qui permettent à chacun d'exprimer ses sensibilités artistiques et d'apprécier les créations artistiques d'autrui ; par des préventions efficaces sur les fléaux de notre société (alcool, tabac, drogue, MST, etc.) ; par la responsabilité de chacune et chacun passant par le droit à la citoyenneté et à vivre ensemble dans une démocratie qui soit plus proche des citoyens. Voilà une liste, non exhaustive, de moyens concrets et réalistes pour redonner confiance aux banlieusards et aux jeunes, en particulier, qui seraient prêts à jouer le jeu, à s'investir dans une société qui leur tendrait les bras et non qui leur tournerait le dos, comme c'est trop souvent le cas. Et je vous garantis que vous seriez surpris des résultats.

 

Et si l'Etat ne peut pas tout, il peut au moins une chose : redonner l'espoir et faire en sorte que l'égalité des chances ne soit plus un vain mot. Ce qui pourrait arriver de pire à la France serait que sa jeunesse doute d'elle-même et de la société française toute entière. Et sans jeunesse, point d'avenir pour une Nation quelle qu'elle soit. Car tous ces enfants seront la France de demain. Un peuple qui doute est un peuple en mal de devenir.

 

Enfin, une reconnaissance de tous les acteurs qui contribuent, souvent dans l'ombre, loin des médias et sur le terrain, à aider les plus faibles et les plus fragiles à se maintenir la tête hors de l'eau, serait une formidable avancée vers plus de fraternité et de solidarité entre les citoyens. Ce que l'on entend sortir de la bouche des plus jeunes n'est pas forcément de réclamer des millions d'euros d'aide, mais des exigences en termes de respect, de main tendue, d'égalité, de droit et de justice pour tous, afin que n'importe quel citoyen ait la certitude qu'ils fait partie de la Nation et qu'il en est un acteur à part entière. On ne peut plus continuer à avancer en excluant une partie, de plus en plus nombreuse, de la société française. Tôt ou tard, elle nous rattrapera et nous demandera des comptes.

 

Monsieur Nicolas SARKOZY, vous êtes le Président de tous les Français, mais peut-être, et je le dis humblement, devriez-vous être un petit peu plus celui des plus faibles, des plus démunis. La caravane doit avancer au rythme du plus faible, pas au rythme du plus fort. Sinon, combien de survivants parviendront au bout du voyage ?

 

Touhami Moualek

 

Auteur de : La Déchirure - Algérie de mon père, France de mon enfance

Editions EDILIVRE.COM



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