Légendes et coutumes du Sancerrois

 Atelier "Sant Johan" Brouillamnon Plou.
Article écrit par René Johannot le 9 juin 2009 publié sur ce site le 14 novembre 2010.





Une lumière par mort

    En Sancerrois, il était une tradition qui consistait à faire savoir aux alentours, qu'il y avait eu un décès dans une paroisse.
    La nuit qui suivait le trépas, on mettait sur le chemin devant la maison visitée par la grande faucheuse, la paille de la literie sur laquelle le défunt ou la défunte avait rendu le dernier souffle, puis on y mettait le feu.
  
Ainsi certaines personnes des autres paroisses aux alentours qui en avaient la charge, se tenant sur une hauteur, en voyant ces feux, apprenaient dans quel village le malheur avait frappé et colportaient la triste nouvelle.
    On laissait les cendres de ces feux mortuaires sur le chemin devant la maison jusqu'à ce que les vents les aient balayées, ainsi le voyageur ou le passant pouvait savoir qu'il y avait eu en ce lieu une âme rappelée à Dieu ou au Diable.
    Le lendemain du décès, il était aussi d'usage pour la ménagère qui tenait le logis endeuillé de faire « Assoit la buée » (faire la lessive) cette tâche était considérée comme Sainte, sauf pendant les Rogations (les trois jours avant l'ascension) sauf pendant les 3 jours d'avant Pâques ; sauf pendant les trois jours d'avant Noël.

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 Trop gratter cuit . Trop parler nuit

    A la collégiale de Léré, un chanoine avait son logis non loin de l'église. La passion de ce saint homme, mis à part celle qu'il avait pour Dieu et qui primait sur toute autre, était de cultiver dans son petit jardin de magnifiques fleurs dont-il prenait grand soin.
    Pourtant ce bonheur bien simple devenait un cauchemar chaque jour quand il allait chanter l'office en l'église. En effet, profitant de son absence, les poules dévergondées et sans savoir vivre de maître Simon son voisin, envahissaient son jardinet et se vautrait sans vergogne dans ses admirables platebandes.
    La servante de ce saint homme, les avait chassées bien des fois de son balai, mais elles étaient revenues avec le renfort d'un énorme coq dont les ergots monstrueux retournaient la terre comme l'aurait fait une binette. Très agressif, il effraya la domestique la séquestrant dans sa cuisine.
    Notre chanoine avait fortement protesté après de son voisin, mais rien ne changea. Alors il dut se résoudre à piéger ce coq arrogant protecteur des volailles délinquantes.
    Le jour même de la capture du fauve, notre chanoine rencontra maître Simon qu'il salua et lui dit avec un demi-sourire : «  trop gratter cuit ».
    Maître Simon répondit au salut, écouta, et poursuivit son chemin en se demandant bien si ce pauvre chanoine avait bien toute sa tête pour lui dire des paroles aussi insensées.
    D'un coup, il s'arrêta tout net, il venait de comprendre le sens de ces paroles. « Trop gratter » était le nom de son coq et son coq était à st'heure en train de rôtir sur la broche du chanoine.
    Rentré chez lui en toute hâte, le sieur Simon  alla dans sa basse cour et poussa les poules dans le jardin de notre chanoine.
    A la vue de cette invasion récidiviste,  la servante n'ayant plus à craindre du coq et pour cause, quitta sa cuisine, prit son balai et s'occupa de chasser les poules.
    Cette diversion permis à maître Simon d'entrer dans la cuisine du chanoine et d'emporter son coq cuit à point avec tous les assaisonnements.
    Content de lui, et le ventre bien repu, il prit le chemin de la collégiale à l'heure où il était sur d'y croiser le chanoine, ce qui arriva.
    Il salua le religieux et d'un franc sourire lui dit : « trop parler, nuit ».

Bibliographie
 Mr abbé CLEMENT. : « A travers champs au pays de Sancerre, mœurs, coutumes et légende populaires ». Edité par la Société du Berry. Paris 1865.


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