Histoire de Sainte Radegonde

 

 

 


 

    "Atelier Sant Johan" Brouillamnon Plou .

      Article écrit par R. Johannot le 12 mai 2010, publié sur ce site le 18 septembre 2010.



Sainte Radegonde

Radegonde naquit en 519.

Elle était la fille du roi Berthaire de Thuringe.

 Lors de l'assassinat de son père, elle fut enlevée à l'âge de 3 ans par son oncle Hermanfried qui n'était autre qu'un des assassins.

Hermanfried avait accompli ce méfait avec la participation de son autre frère  Badéric qui voulait devenir roi. Il le fit donc assassiné également pour que la place lui revienne.

Mal lui en prit, car alors le roi de Mets Thierry 1er fit alliance avec Clotaire 1er roi de Neustrie pour revendiquer des droits sur le royaume de Thuringe (en Allemagne).

Une guerre s'en suivit et Hermanfried fut vaincu.

Radegonde âgée alors de 11 ans fit partie du butin et elle fut attribuée par tirage au sort à Clotaire 1er roi de Neustrie.

Clotaire confia la fillette à son épouse la reine Ingonde qui veilla à son instruction latine et à son éducation religieuse.

Lorsque la reine Ingonde mourut en 538, Clotaire ainsi veuf à 41 ans, voulu épouser Radegonde alors âgée entre 19 et 21 ans. La princesse, considérant la reine Ingonde comme sa mère, vit cette future alliance comme contre nature.

Pour échapper à ce projet royal quelle considérait, même s'il ne l'était pas, comme un inceste, elle s'enfuit dans la région de Péronne, puis rattrapée, elle fut contrainte à accepter le mariage avec Clotaire qui eut lieu entre 5 38 et 540 à Soisson et célébré par Saint Médard évêques de Noyon.

La coutume alors chez les Francs voulait que les reines par les habits et bijoux qu'elles portaient fussent les reflets de la puissance et de la richesse de leurs maris. Aussi Radegonde en signe de rébellion à ce qu'on l'obligeait de faire, qui pour elle, était contraire aux principes chrétiens, paru au banquet de mariage vêtue d'une simple robe de drap.

Loin d'être impressionnée par le courroux de son époux qui voulait qu'elle se soumette aux traditions, elle en remit une couche en refusant de s'alimenter des mets rares qui étaient servis et demanda que l'on porte une partie du pain aux pauvres des environs.

La vie conjugale de Radegonde et de Clotaire ne fut pas un long fleuve tranquille ; l'humilité de la première se heurtant constamment au faste et à l'autorité du second.

Radegonde tenta bien de refreiner la pratique des mœurs tendancieux et cruels de la cour royale, mais elle du se faire une raison, la moralité et la compassion des élites n'était pas plus de cette époque que des autres qui suivront. Elle parvint à sauver des vies de gens condamnés un peu vite par son mari et à adoucir la condition de détention de certains prisonniers.

Les « braillards de l'entourage royal allèrent jusqu'à l'appeler, dans son dos bien sur, « La reine religieuse ».

Au regard ses dépravations qui s'y passaient, Radegonde s'éloigna peu à peu de la cour et l'assassinat de son frère par son mari Clotaire la fit fuir définitivement ce milieu vénal où même la vie n'était pas respectée.

Elle alla voir Saint Médard qui l'avait mariée et lui demanda de l'aider à entrer dans une vie monacale. Saint Médard refusa net car Clotaire coupait une tête pour moins que cela. Alors, devant le saint homme, Radegonde tondit ses beaux cheveux blonds. Devant cette détermination sans faille, Saint Médard trouva une solution intermédiaire, Il la fit Diaconesse, c'est à dire, pas toute à fait religieuse, mais pas totalement laïque.

Clotaire du se faire une raison, plutôt la laisser partir au couvent que de l'avoir face à lui dans une constante position de refus et de rejet.

Ainsi consacrée, Radegonde alla à Tours pour prier sur la tombe de Saint Martin. Ceci fait, elle partit pour Poitiers où elle s'établit.

En cette cité, avec tous ses biens propres, elle fit construire un monastère dans lequel elle accueillit toutes les jeunes filles vierges qui voulaient servir Dieu. Elle nomma Agnès comme abbesse et entra dans le rang comme simple religieuse, mais son influence d'ancienne reine demeura considérable. Sa vie fut une succession de privations de jeunes et de charité envers autrui. Déjà très instruite, elle continua à lire et à apprendre ce qui fit d'elle la femme la plus érudite de son époque. Elle enseigna son savoir aux nonnes de son couvent et prit comme aumonier « Fortunat » homme de Dieu de grande culture et poète qui devint évêque de Poitiers.

La réputation de Radegonde fut telle en ce haut Moyen Âge que l'Empereur Justin lui envoya un morceau de la vraie croix sur laquelle Jésus fut crucifié. C'est ainsi que sa congrégation prit le nom de Sainte Croix.

Radegonde mourut le mercredi 13 août 587, elle était âgée de 68 ans.

La cérémonie de ses funérailles fut conduite par Saint Grégoire de Tours son grand ami.

Radegonde repose dans une église qu'elle avait commencé à faire construire qui aujourd'hui est une collégiale qui porte son nom Sainte Radegonde.



Radegonde et le Berry


 

Radegonde fit parler d'elle en Berry à propos de ses miracles, surtout après sa mort.

            Entre 1249 et 1306, pas moins de cinq Berrichonnes et Berrichons vont être guéri lors d'un pèlerinage  au tombeau de Sainte Radegonde à Poitiers.
            Elles et ils venaient de Châteauroux, de Bourg Dieu (Déols) de la Lande du canton de Saint Benoît de Sault, de Saint Ambroix du canton de Chârost.
            L'une s'appelait la veuve Pasquière, l'autre Pétronille épouse de Geoffroy de Leissac. Le noms des autres n'étant point mentionnés dans les registres.

Mais le plus beau reste à venir !

 D'abord, il faut rappeler que le duc Jean de Berry était aussi comte de Poitou de 1372 à 1416.

Ce prince fils de roi qui avait reçu ces terres en apanage, avait une dévotion particulière et grande pour Sainte Radegonde.

Cet admiration sans limite qu'il avait pour cette reine d'antan était si grande, qu'il lui vint a l'esprit que la Sainte Chapelle, merveille des merveilles, de pur style gotique flamboyant, qu'il venait de faire construire à Bourges, pourrait bien être l'écrin idéale qui renfermerait des reliques de la Sainte tant aimée.

Aussitôt pensé aussitôt réalisé !

 Il obtient l'autorisation de l'évêque de Poitiers et des  sommités religieuses de l'église Sainte Radegonde pour que soit ouvert le tombeau de la sainte et y soit prélevé quelques disons « morceaux » de sa dépouille.
Nous sommes le 28 mai 1412 lorsque après une cérémonie incluant une messe, notre duc et tous ces prélats se rendirent dans la crypte où était tombeau de Sainte Radegonde.

Tout ce beau monde de robe et d'épée, en leurs plus beaux habits brodés,  était accompagné de maîtres maçons et de leurs oeuvriers.
Lorsque l'évêque en donna l'ordre, les maîtres maçons demandèrent à leurs oeuvriers de desceller le marbre tombal qui fermait la sépulture.

Et à cet instant même, le premier incident arriva !

Sous la percussion de la massette d'un des oeuvriers sur la tête de son ciseau à pierre, se détacha du monument funéraire un éclat de marbre qui vint blesser gravement l'un de ses yeux, le faisant sortir de son orbite.

On en avait vu d'autre !

On adossa le malheureux blessé râlant, au pied du mur de soutènement de la crypte et on continua la tâche qu'on était venue faire.

Après beaucoup d'efforts, la dalle glissa enfin découvrant la dépouille de la Sainte reine Radegonde décédée depuis plus de huit siècles.

Et là, oh miracle, une odeur floral de printemps envahi les lieux, et tous ceux de l'assistance purent voir que le corps de la défunte était intact.
Son visage entouré des voiles de sa coiffure était celui d'un être qui sommeillait paisiblement, sa couronne brillait de mille éclats.
Ses mains étaient jointes sur sa poitrine dans le geste de prière, où on remarqua que deux de ses doigts portaient chacun un anneau d'or.

Tous restèrent longtemps en extase devant une telle vision et quand les esprits revinrent à la réalité et à la raison, le duc Jean bien connu pour son ambition et sa démesure lorsqu'il voulait s'approprier les belles choses, demanda qui lui soit donné les deux anneaux que Sainte Radegonde portait aux doigts et que lui soit aussi remis la tête de la Sainte qui irait enrichir le somptueux l'intérieur de la Sainte Chapelle de Bourges.

Il formula sa demande d'un ton hautin et sans appel, mêlé de sous entendus menaçants de sorte que le refus soit impossible.

 

Les prélats de l'église Sainte Radegonde et l'évêque de Poitiers qui avaient bien compris les conséquences d'un éventuel refus que cachaient les paroles du duc Jean, acceptèrent la demande du prince duc.

Ce fut là que les choses se compliquèrent encore !

Le premier anneau fut facilement retiré du doigt de Sainte Radegonde, c'était celui qui symbolisait son mariage avec le roi Clotaire.

Mais quand on voulu retirer le second, qui était celui de la religion, tous virent la main de la Sainte se dérober à cet acte sacrilège.

La stupeur ressaisit l'assemblée, et nul, même pas le duc jean, ne voulu ré essayer d'enlever l'anneau du doigt de la Sainte. On se contenterait donc que d'un seul anneau et de sa tête.

Mais là encore s'était aller un peu vite en besogne !

Lorsque des mains s'avancèrent pour séparer la tête du corps de Radegonde, une lumière intense envahit la crypte. Tous furent frappés d'un éblouissement si fort, qu'ils ne purent qu'entendre et non voir se refermer seul le tombeau de la Sainte.

La peur fut à son comble et tous réalisèrent le châtiment céleste qu'ils encouraient si ils persévéraient dans la profanation de ce sanctuaire.

Le duc Jean se contenta donc de l'anneau de mariage de Radegonde comme seule relique dont le premier miracle fut de guérir, sur place, l'œil mutilé de l'oeuvrier lorsqu'on lui passa sur le visage.

Ce anneau, dit-on, fut un temps enchâssé dans un reliquaire et abrité dans la Sainte Chapelle de Bourges scellant définitivement la dévotion des berrichonnes et des Berrichons pour Sainte Radegonde de Poitiers.


Epilogue


 

Lorsque vous êtes dans l'église de Poitiers fondée au 6ème siècle par Sainte Radegonde qui s'appelait autrefois  Sainte Marie hors des murs, et que, face au chœur, vous regardez à droite, vous verrez une chapelle qui fut sans doute dans les temps anciens une ancienne sépulture creusée dans l'épaisseur du mur.

Dans cette chapelle, on trouve deux statues l'une de Sainte Radegonde, l'autre de Jésus Christ. Ces deux statues sont séparées par une pierre sur laquelle il y a une empreinte de pied. Cette pierre tout comme cette chapelle sont appelées « le pas de Dieu ».

Certains pour faire court l'appellent cette empreinte le pas de Sainte Radegonde. Ce raccourci est un non sens lorsqu'on connaît l'histoire que je vais vous conter.

 

Nous sommes en l'an de grâce 587, au soir du 3 août la nuit tombe doucement sur le monastère de la Croix érigé entre 550 et 560 par le reine Radegonde qui avait renoncée aux faste de sa charge était alors en prière dans sa cellule.

Depuis longtemps déjà, son sommeil était habité du même cauchemar dans lequel elle revoyait sans cesse la tête de son frère Baldéric que son mari lui avait fait envoyer après l'avoir tué de ses propres mains.

Radegonde se sentait coupable d'avoir engendré cet assassinat par son comportement d'hostilité envers son époux. Car la désobéissance de Baldéric ne pouvait pas être, à elle seule, la raison de cet acte cruel.

Non, il fallait chercher plutôt cette raison dans le pourquoi Baldéric avait quitté Ath ou il était en résidence surveillée, pour venir à Soisson rejoindre et sa sœur. Informé des colères de Clotaire à l'encontre de Radegonde, il la jugeait en danger et venait pour la protéger.         Clotaire qui le haïssait déjà vit là l'occasion de faire d'une pierre deux coups : d'une part éliminer le prince héritier du royaume de Thuringe, et d'autre part, d'éliminer le dernier appui familiale de la reine et de punir durement pour son attitude de rejet envers lui et ses proches.

Radegonde se souvenait aussi de cette déferlante de haine qui l'avait envahi lorsque levant l'étoffe qui recouvrait le présent que lui envoyait Clotaire, elle avait découvert avec horreur la tête sanguinolente de son jeune frère. Et le temps qui lui avait fallu en prières,  pour surmonter ses envies de vengeance.

Depuis, Clotaire avait plié devant sa détermination à vivre au service de Dieu et des plus pauvres, et puis il s'était éteint dans d'affreux tourments à l'image de ce qu'avait été son existence.

Mais elle, Radegonde, même si elle avait pardonné, chaque nuit le fantôme de son frère venait la visiter.

Il n'y avait donc rien d'extraordinaire pour elle de percevoir ce soir du 3 août 587, au delà du mur, la silhouette d'un jeune homme. Pourtant, cette fois, il y avait une lumière qui entourait l'apparition, elle ne reconnut pas le visage de son frère. Et quand elle demanda qui venait ainsi à elle, ce fut Jésus qui se nomma et qui lui dit de se préparer à venir le rejoindre dans le royaume des cieux dans un an jour pour jour.

Quand l'apparition disparue, Radegonde vit qu'il y avait, au sol, sur la dalle de pierre ou s'était tenu Jésus l'empreinte d'un de ses pieds lui certifiant ainsi qu'il était bien venu lui annoncer son trépas et son entrée au paradis.

            C'est cette empreinte qui est appelée « le pas de Dieu » et que l'on peut voir dans le mur de la chapelle de l'église Sainte Radegonde.




 


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