Eglise Saint Denis de Condé (La Celle Condé)

"Atelier Sant Johan" Brouillamnon Plou .Article écrit par R. Johannot en mai 2016, publié sur ce site le 6 juin 2016.

Eglise Saint Denis de Condé sur Lignières (La Celle –Condé) dans le Cher

Histoire du lieu
En ce lieu, nous sommes là dans la partie du Berry qui est appelée « le Boischaut ».
Nous sommes plus précisément sur la commune de « La Celle-Condé » située dans la vallée de la rivière Arnon.
En voulant désigner cet endroit, pourquoi parle-t-on aujourd'hui, du Village de « La Celle –Condé » ?
A l'origine, le village de Celle-Condé n'existait donc pas ! Il existait alors à sa place, deux entités territoriales :
*  - L'une nommée, depuis sa création et durant toute la durée de l'ancien régime, puis jusqu'en 1844, « La Celle ». Puis  à la Révolution on la nomma « La Celle sur Arnon ». En l'an II de la République  puis on l'appela « La Celle sous Condé ». Enfin, en 1801, elle fut de nouveau appelée « La Celle ».
L'étymologie de ce nom vient du latin « Cella » qui signifie chambre ou cellule d'ermite ou de moine. A La Celle, les textes de l'archevêché de Bourges, datant de 1229, nous indiquent qu'il existait un prieuré qui portait le nom de « Saint Germain » et qui dépendait l'abbaye de Massay.
*  - L'autre nommée « Condé » depuis sa création  et durant toute la durée de l'ancien régime, puis jusqu'en 1844. Ce nom de « Condé » nous vient du gaulois « condate » qui signifie « confluent de deux cours d'eau », en l'occurrence ici, la rencontre de « la rivière Arnon » et « du ruisseau de Villier ». Condé était alors une paroisse dont l'étendue empiétait sur les territoires de « La Celle », de « Lignières » et de « Montlouis ».
Que ce soit la paroisse de « La Celle » ou la paroisse de « Condé », elles appartenaient toutes les deux à la « Baronnie de Linières » (aujourd'hui Lignières). Elles dépendaient, toujours sous l'ancien régime, toutes deux du ressort du baillage d' « Issoudun ».
Ce ne fut qu'en 1844, que les deux entités territoriales  de La Celle et de Condé furent réunies en un seul territoire administratif qui prit le nom de La Celle-Condé. Et ce fut également à cette date, que fut décidé que l'église Saint Denis de Condé ne serait plus le siège de la paroisse comme elle l'était jusqu'à lors, mais que le lieu de culte paroissial serait l'église Saint Germain sise au bourg de La Celle.

Description et évolution historique géopolitique du lieu
Aujourd'hui :

Ce qu'on remarque en arrivant à l'église Saint Denis de Condé, qui se situe sur le bord de la route départementale n°29, rejoignant le village de La Celle-Condé à celui de Saint Baudel, c'est que cet édifice religieux de style roman naissant, bien qu'apparaissant modeste, est, en réalité, bien loin de l'être.
Ce lieu se trouve relativement isolé non loin d'un petit nombre d'habitations éparses qui forment le hameau de Condé.
Hier :
Bien que le premier document du Cartulaire de Déols qui mentionne cette église en la nommant « Ecclesia de Condé », date de 1212 (1), on peut estimer que la construction de cette église sise à Condé, prit fin durant le troisième quart du 11ème siècle (2).
A l'époque ou fut écrit ce premier document, le lieu où fut élevée cette église, dépendait du sire « Seguin » puis de son fils « Giraud » seigneurs de Linières, localité qu'on appelle aujourd'hui Lignières.
Ces seigneurs rendaient eux-mêmes hommage à Eudes de Déols, prince d'Issoudun puîné de la maison de Déols.
Une charte datée de 1040, qui fut signée par lui, nous apprend qu'Eudes de Déols prince d'Issoudun était vivant en 1040 et que Etienne moine à l'abbaye de Massay faisait parti de son entourage proche tout comme l'étaient aussi Seguin seigneur de Linières et son fils Giraud qui lui succéda.
Cet environnement relationnel d'Eudes de Déols prince d'Issoudun, qui mourut en 1085 (3), notamment sa proximité avec le moine Étienne, peut nous permettre de comprendre pourquoi cette église de Condé fut d'abord dépendante de l'abbaye de Massay, avant de devenir dépendante du chapitre de la cathédrale Saint Étienne de Bourges vers 1256 (4).
En effet, il est intéressant d'apprendre que même si, depuis Charlemagne, c'était le roi de France qui désignait l'abbé de Massay, ce n'était là que le bon vouloir du duc d'Aquitaine dont le vassal, le seigneur de Déols, avait l'autorité totale sur les terres sur lesquelles se situaient l'abbaye et ses dépendances, dont l'église de Condé.
L'organisation féodale de cette époque était celle-ci (5)
1) Le seigneur de Linières sur les terres duquel est située l'église de Condé, rendait son hommage vassalique à son suzerain le prince d'Issoudun.
2) A son tour, le prince d'Issoudun rendait son hommage vassalique à son suzerain le prince de Déols.
3) Ce prince de Déols rendait hommage vassalique à son suzerain le duc d'Aquitaine.
4) Malgré qu'il soit souvent plus puissant que lui, le duc d'Aquitaine se devait de rendre hommage au roi de France.
Cette allégeance ducale, souvent évincée, fut à l'origine de nombreux litiges et conflits entre les deux antagonistes.
En voici un exemple :
En 1026, le roi Robert II le Pieux cru pouvoir, du fait qu'il venait d'y nommer deux abbés, (Ingon et Aznaire), s'approprier l'abbaye de Massay et ses revenus.
Mal lui en prit, il se trouva alors face au seigneur Eudes de Déols qui lui contesta, les armes à la main, cette tentative d'usurpation.
Devant la force de l'ost de Déols, le roi Robert et ses troupes durent se retirer des terres de Déols sans rien obtenir.
Mais revenons à notre église !
Certains auteurs locaux disent que cette église de Condé fut élevée durant le règne du roi Louis VI le gros. C'est-à-dire entre 1108 et 1137.
C'est en partie vrai, si on ne considère que les travaux les plus tardifs exécutés sur cet édifice. Pour ceux qui furent exécutés avant ce règne, certains traits architecturaux de l'édifice nous obligent à remonter encore le temps.
Il serait peut-être plus réaliste d'avancer que cette construction fut menée successivement sous Les règnes de Louis VI le gros, entre 1108 et 1137, certes, mais aussi sous celui de son père Philippe 1er, entre 1060 et 1108, voire, aussi sous celui de son grand-père Henri 1er, entre 1031 et 1060, sans oublier celui de son arrière grand-père, le roi Robert le Pieux entre 996 et 1031.
Car, à n'en pas douter, la construction cet édifice tel que nous le voyons aujourd'hui, résulte d'une évolution discontinue dans le temps.

Durée de la construction de l'église chrétienne de Condé

Si on peut raisonnablement supposer que l'édifice originel pouvait être gallo-romain voire gaulois, on se doit donc d'admettre que son antériorité au troisième quart du 11ème siècle qui est donné comme datation de l'achèvement de la construction de cette église.
Ce qui semble confirmer cette hypothèse d'antériorité, ce sont, en plus de la base d'une colonne antique retrouvée dans les fondations du mur latéral nord de l'édifice, les façonnages naïfs des sculptures des chapiteaux des quatre colonnes de son portail qui peuvent situer le travail sculptural réalisés sur ces pierres aux 9ème ou 10ème siècles (6).
Dès lors, pour ce qui concerne l'époque de la christianisation du bâti de ce lieu, on peut envisager qu'il va évoluer, avec des arrêts et des reprises, vers l'église romane définitive, entre le règne de Charlemagne roi des Francs qui commence en 768, et la fin de celui de Louis VI le gros, qui finit en 1137, en même temps qu'apparait l'art architectural  du gotique primitif (1130 – 1150).
Ce qui représente un laps de temps d'évolution des transformations architecturales de 369 ans.
R
este à connaître la raison du vocable Saint Denis de cette église alors que principaux saints qui évangelisèrent le Berry furent Saint Léocard, Saint Ludre, Saint Ursin et Saint Martin !

D'où vient son vocable de Saint Denis
Nous savons que cette église de Condé dépendait de l'abbaye de Massay fondée en 738 par Egon comte d'Aquitaine.
Cette abbaye de Massay, depuis sa fondation, est dédiée à « Saint Martin » et à « Saint Paxent » (tient, un diciple de Saint Denis) .
Charlemagne, lors d'un séjour en cette abbaye, lui fit don d'un richissime trésor pour assurer sa pérennité (7).  Ce trésor sera volé plus tard à l'abbaye de Massay par les Vikings lors de leurs invasions du Berry en 873.
Il semble bien, qu'à cette époque du séjour de Charlemagne, qu'on peut situer vers l'an 800, les terres de Condé, où s'élevait peu à peu l'église, dépendaient déjà de l'abbaye de Massay, ainsi qu'un prieuré fondé lui, sur les terres de La Celle (8).
Mais qu'elle fut donc le lien qui fit que le vocable Saint Denis fut donné à cette église de Condé ?
Nous connaissons l'histoire de Saint Denis qui, venu d'Italie vers 250 après J.C., fut martyrisé puis décapité au mont des martyrs près de Lutèce (aujourd'hui Montmartre) d'où, il chemina avec sa tête dans ses mains, jusqu'à l'endroit où fut construite la première église qui porte son nom et qui est à l'origine de la ville de Saint Denis au nord de Paris.
Nous savons aussi que ce fut Dagobert 1er, qui vers l'an 630, en fondant l'abbaye de Saint Denis au nord de Lutèce, donna aux religieux de cette abbaye, la cité et le prieuré de Reuilly ainsi que 22 villages du Berry avec leurs appartenances et biens (9).
Mis à part celui de Reuilly non loin de l'abbaye de Massay, il est bien dommage que Thaumas de la Thaumassière ne nous donne pas les noms de ces villages.
Malgré tout, en nous indiquant cette donation de Dagobert 1er, faite en 630, il établit sans contestation possible le lien qui réunit Saint Denis au Berry.
Lors du règne de  Charlemagne, Reuilly et son prieuré, ainsi que les 22 villages berrichons et les revenus qui en dépendent, étaient toujours sous la dépendance et du bénéfice des religieux de l'abbaye de Saint Denis (10).
Pour Charlemagne, Saint Denis n'était pas un inconnu, bien au contraire, il le vénérait. Il disait de ce Saint, qu'il était le protecteur de l'empire qu'il gouvernait avec l'aide de Dieu. N'était-ce pas à la porte de la basilique Saint Denis près de Lutèce, que son père Pépin reposait pour l'éternité.
Ce lien entre Saint Denis et le Berry, que constituait la dépendance de Reuilly et ces 22 villages aux religieux de Saint Denis, fut rompu lors de l'invasion des Hongrois en Berry en 935. La victoire qu'Eudes de Déols remporta sur les envahisseurs hongrois à Orléans, favorisa une spoliation des biens berrichons de l'abbaye de Saint Denis près de Lutèce, au profit des divers seigneurs du bas Berry et autres laïques possesseurs des terres où se situaient ces biens.
Il faudra attendre le règne du roi Philippe 1er (1059 et 1108) pour que la procédure de restituions des biens berrichons de l'abbaye de Saint Denis, près de Lutèce, soit engagée via l'autorité papale.
Cette procédure traina, car ceux qui avaient spoliés ces biens,  n'étaient pas en clin à les restituer Ce qui eut pour effet de renouer que très lentement le lien entre Saint Denis et le Berry.

Ainsi, en 1082, après bien des vicissitudes avec l'autorité papale qui l'accusait de négligence et de passivité dans cette affaire, l'archevêque de Bourges Richard II, réunit en l'abbaye de Massay, les abbés des principaux autres monastères et abbayes. Furent présents à se rassemblement, Warmond abbé de Déols, Gautier abbé de Meobec, Sulpice abbé de Massay, Giraud abbé d'Issoudun et Himbaud abbé de Vierzon.Ils eurent la charge d'établir l'inventaire des biens spoliés par les seigneurs et les laïques.
En 1092, l'Archevêque de Bourges, Richard II, prononça une excommunication générale à l'encontre de tous les laïques et nobles qui refusaient de restituer les biens donnés, en 630 par Dagobert 1er aux religieux de Saint Denis.
En 1093, Reuilly et les 22 villages berrichons dépendant de Saint Denis, devinrent dépendant du prieuré de « La Chapelle d'Aude » du Diocèse de Bourges,(11) prieuré qui lui aussi dépendait de l'abbaye de Saint Denis.
Ainsi le lien entre Saint Denis et le Berry fut enfin de nouveau établi.  
Et comme le prieuré de « La Chapelle d'Aude » tenu par des moines de l'abbaye de Saint Denis, était dépendant du diocèse de Bourges, il n'est pas étonnant que l'église de Condé dédiée à Saint Denis, passa après cette restitution de 1093, de la dépendance de l'abbaye de Massay dont un des deux patrons fut Saint Paxent, disciple reconnu de Saint Denis, à celle du chapitre de la cathédrale Saint Étienne de Bourges, donc bien avant les dates de 1220 et de 1256, des premiers documents qui relatent cette dépendance.
Alors ce lien entre Saint Denis et le Berry ainsi identifié et établi, pose immanquablement l'interrogation suivante :
Ne serait-ce pas Charlemagne, lors de son séjour, qui aurait demandé à l'abbaye de Massay, qui était son obligée de par le trésor qu'il lui avait donné, d'octroyer à sa dépendance, qu'était l'église de Condé, le vocable de Saint Denis ?
Certes, rien ne peut affirmer cette possibilité !
Mais rien ne peut, non plus l'exclure !
Ce qui, dans ce cas,  situerait l'attribution du vocable Saint Denis à l'église de Condé, vers 800.
D'autre part, il semble devoir être écarté une certaine croyance populaire qui veut que ce soit les vignerons de ces terres de Condé et de ses environs qui auraient été à l'origine du vocable de Saint Denis de cette église parce que le prénom Denis a pour origine le prénom grec Dionysos Dieu de la vigne, du vin et des ivresses.
Mais comme en Berry, durant un long passé qui dura depuis la nuit des temps, jusqu'à une époque relativement ressente, la superstition, la sorcellerie, la légende et la religion s'enchevêtraient étroitement, il n'est pas exclus qu'un édifice primitif de l'époque gauloise puis gallo-romain situé à l'emplacement de l'église, ait été élevé et dédié à Dionysos que les Romain nommaient Bacchus.
Dans ce cas, il n'est pas à exclure que ce put être alors l'abbaye de Massay qui vit dans l'attribution du vocable Saint Denis à l'église de Condé, l'opportunité d'englober, pour mieux en neutraliser l'origine païenne, une pratique populaire.
D'autant qu'en faisant cela, elle exauçait  le vœu de Charlemagne leur bienfaiteur, qui vénérait tant Saint Denis.
Ce qui expliquerait pourquoi il était de pratique traditionnelle, pour les vignerons de Condé et de ses environs, de venir faire rouler en cette église des tonneaux emplis de vin le jour où était fêté Saint Denis.
Comme on vient de le voir, ce fut très certainement au 11ème siècle que l'église Saint Denis de Condé passa de la dépendance de l'abbaye de Massay à celle du chapitre de la cathédrale Saint Étienne de Bourges.

Description de l'église Saint Denis de Condé

Généralité :
L'église qui nous intéresse ici est connue pour s'appeler  « Église Saint Denis de Condé en Lignières. »
Son orientation est assez spécifique aux églises romanes du Berry et d'ailleurs.
* Le chevet et le chœur sont orientés à l'Est au soleil levant.
* Le porche se situe à l'Ouest au soleil couchant.
* L'un des deux murs latéraux clos l'édifice au nord.
* L'autre mur latéral le clos au sud et est percé d'une porte.

Spécificité identitaire :
Plusieurs spécificités dans l'architecture de cette église lui donnent son identité (12) :

L'implantation et la forme :
Cette église n'a pas de transept  sa surface d'implantation au sol est donc un simple rectangle allongé.

Le chevet et le chœur :
Son chevet plat et le chœur, devant lequel ce dernier se situe, sont en surélévation de 1,70 m par rapport au sol de sa nef.
On y accède par un escalier central de 10 marches de 17cm de hauteur et entre 30 à 32 cm de giron (largeur) ce qui correspond approximativement à la formule G + 2H = 640 mm utilisée par François Blondel en 1675. Formule dont on ne connait pas la provenance originelle.
Toutefois la valeur du giron des 10 marches de cet escalier, qui se situe entre 30 et 32 cm, peut être rapprochée des valeurs d'une coudée (entre 37 et 50 cm) utilisée par les premiers Maîtres maçons en Berry.
Ce qui ne semble pas, ici, être sans importance, quand on sait qu'on peut inclure dans cette fourchette de valeurs (entre 30 et 32 cm) :
* La valeur du pied celtique utilisé par les Gaulois, qui est de 32,40 cm (13) ;
* Celle du pied romain qui est de 29,63 ;
* Celle du pied de Charlemagne d'une valeur de 32, 36 cm ;
* Celle du pied médiéval ou de roi, d'une valeur de 32,48 cm.
Cette constatation renforce l'hypothèse qu'on ne peut pas écarter le fait qu'il pouvait exister, à cet endroit, avant la construction de cette église, un lieu de culte gallo-romain, voire gaulois.
D'autant qu'il semble bien établi, qu'en Berry, certains lieux de culte primitifs chrétiens se soient élevés sur  l'emplacement d'édifices religieux gallo- romains où de Villa, comme l'a révélé certains sites archéologiques.
Par exemple, citons les églises : d'Allichamps, de Preuilly et de Sainte Thorette qui furent bâties sur les emplacements de cultes païens.
Puis celles de Levet, Lunery, Bourges, Marigny et Nérondes (14) qui s'élevèrent sur les lieux où avaient bâties de grandes Villas gallo-romaines.
En plus, pour venir confirmer l'hypothèse d'une antériorité païenne à cette église Saint Denis de Condé, on ne peut ignorer qu'il fut découvert dans les fondations du mur latéral nord, un bloc de pierre réemployé, ayant la forme d'une base de colonne antique.
Ce chœur surélevé, accueille le maître autel qui est surmonté d'un d'un grand retable de bois, aux colonnes corinthiennes cannelées et dont l'encombrement comble l'espace qui devait être le chevet.
Ce retable semble dater du 16ème ou du 15ème siècle.
On trouve aussi des pierres tombales marquées de croix gravées et dont la datation est plutôt récente.(15)

Le clocher :
Son clocher charpenté est central qui abrite une vieille cloche qui date de la seconde moitié du 14ème siècle (16) et dont on accède, au moyen d'une simple échelle, à la plateforme de bois,  à partir de la surélévation du chevet et du chœur.

La nef :
La nef est entièrement nue. Elle est couverte d'une charpente apparente qui a été restaurée en 1780,  comme l'atteste la date qui y fut gravée. Ce fut en 1997, que la voute lambrissée fut rénovée en chêne.
La lumière y pénètre, à droite et à gauche, par quatre baies en plein cintre percées dans chacun des murs latéraux nord et sud.
Une voute sur toute la largeur de la nef, en appui sur des saillies des murs latéraux, la sépare du chœur non voûté qui n'est éclairé que par deux fenêtres.
Au-dessous de ces fenêtres, les murs latéraux sont décorés chacun d'une arcade (plusieurs arcs) montée sur de petits supports rectangulaires.
Enfin la façade ouest où se trouve le portail d'entrée est aussi percé d'une fenêtre centrale de même facture que celles des murs latéraux nord et sud.
Les murs latéraux sont décorés de fresques murales qui datent du 15ème siècle.(17)
On accède à cette nef par le portail d'entrée ainsi que par une petite porte aménagée dans le mur latéral sud.

La crypte :
Cette église possède une crypte sous le chœur et sous le chevet à laquelle dont on accède en descendant par deux  passages voutés en plans inclinés disposés à gauche et à droite  de la base de ce chœur. Ces deux passages sont maçonnés en matériaux de moyen appareil et couverts d'un berceau en plein cintre. Mais on remarque, au milieu de leur parcours, un décrochement dans la construction, ce qui laisse supposer qu'il y eut un temps une porte au milieu de chaque couloir.
La crypte par elle-même est divisée en trois parties voûtées.
Les voutes du centre sont portées par deux alignements de quatre colonnes, tandis que celles de chaque côté s'appuient sur une de leurs extrémités sur des dosserets appliqués contre les murs latéraux.
Les colonnes sont monolithes, galbées et annelées, dont les bases sont presque toutes cerclées de petits tores décoratifs (torsades) ; une d'elles est cependant revêtue d'un champ orné de lignes brisées entre deux tores.
Au-dessus d'un fin astragale (anneau), les chapiteaux sont composés de deux parties : l'une est circulaire et lisse, sans doute destinée à être gravée ; l'autre est restée à l'état d'épannelage (préparation), sans doute en vue d'y sculpter des masques d'angles (têtes de personnages) ou des volutes.
Les murs latéraux sont doublés par des arcades en plein cintre dont les deux premières, à droite et à gauche, sont chacune percée d'une petite fenêtre cintrée, comme les trois baies percées dans le mur du chevet.
Dans cette crypte on trouve un autel de pierre, qui semble très anciens et sur lequel repose une statue de Saint Denis décapité, tenant sa tête dans ses mains.
Au fond de cette crypte, on y voit aussi un petit sarcophage de pierre positionné en portique prenant appui d'un côté sur un large corbeau de pierre en saillie de la première arcade du mur latéral nord, et de l'autre sur deux colonnes jumelées.
Ces deux appuis sont à une hauteur permettant de laisser les fidèles passer dessous le sarcophage.
Ce sarcophage recouvert d'une bâtière (sorte de couvercle à deux pentes) était sensé contenir, ou du moins avoir contenu, une relique de Saint Denis.
C'était sous ce sarcophage ainsi surélevé, que les vignerons du lieu, et des alentours, le 8 octobre jour de la fête du Saint, faisaient traditionnellement rouler, encore jusqu'au milieu du 19ème siècle, le plus petit de leur tonneau afin que Saint Denis protège leurs vendanges et la conservation de leurs vins.

Le portail (vu de l'extérieur) :
En façade ouest, le portail est surmonté de deux rangs de claveaux (pierres de voute), décrivant une courbe en plein cintre et qui reposent, de chaque côté, sur deux colonnettes annelées (décorées d'anneaux).
Au dessus est placée une archivolte (bandeau de pierre sculpté) ornée de billettes (petits cylindres sculptés) qui, après avoir épousé la forme du plein cintre, va, à droite et à gauche, rejoindre les contreforts d'angles de la façade.
Les colonnettes annelées qui forment les tableaux gauche et droit du portail, sont surmontés de chapiteaux, à l'épannelage (forme sculpturale) archaïque. Ils forment un cône inférieur orné de feuillages de faible relief.
La partie supérieure des chapiteaux met en saillie des têtes, des animaux et des fruits.
On y reconnaît le travail de préparation qu'on voit dans la crypte, mais qui ici est abouti.
On remarque l'originalité des sculptures d'un de ces chapiteaux qui représente un personnage assailli par deux monstres.
Pour un auteur qui s'intéresse au coté ésotérique de cette église,(18), la sculpture de ce chapiteau représente un personnage dont la main gauche est avalée par la gueule d'un dragon et dont la main droite tient la patte d'un pélican.
Au dessus du pélican, et à droite de la tête du personnage se trouve un poisson.
Cette sculpture représentant donc un homme et trois animaux, serait très symbolique de l'interaction des croyances durant la longue période d'élévation de cette église Saint Denis de Condé.
* Le dragon attesterait d'influences celtiques (Gauloises).
* Le pélican symboliserait le sacrifice du Christ. 
* Et le poisson attesterait de l'influence chrétienne naissante.
Quoiqu'il en soit ces chapiteaux peuvent être datés des 8ème ou 9ème siècles.
Ces corbeilles (parties sculptées des chapiteaux) sont placées entre un astragale (moulure arrondie de base du chapiteau) plutôt épais et un tailloir (frise supérieure d'un chapiteau) allégé.
Les bases des colonnettes ont été rehaussées de stries (rayures).
Au-dessus du portail, s'établit un bandeau, joignant le contrefort gauche au contrefort droit. Il est posé sur de très jolis modillons (petites pierres en saillies) ornés de masques et de têtes.
Au dessus de ce bandeau qui lui sert d'appui et en son milieu est percée une fenêtre en plein  cintre nue.
Cette fenêtre est surmontée, comme l'est aussi d'ailleurs, le portail d'entrée, d'une archivolte (arcade) de billettes, qu'un cordon prolonge, d'un côté comme de l'autre, jusqu'aux contreforts.

Le chevet (vu de l'extérieur)*








Déclinaison des nominations dans le temps de cette église Saint Denis de Condé classée comme monument historique en 1862.

1212 Ecclesia de Condé, (B.N.-Ms Latin 12.820. Cartulaire de Déols).
1250 (vers) Condé, (A.D. 18-1 G 3, Pouillé de Bourges, p. 142).
1256 Ecclesia de Condeyo, (A.D. 18-8 G, chapitre Saint-Étienne de Bourges).
1327 Capellanus de Condé, (Pouillé de Bourges, p. 51).
1327 Capellanus de Condos, (Pouillé de Bourges, p. 56).
1351 Capellanus de Condeyo, (Pouillé de Bourges, p. 61).
1648 Parochia de Condeyo, patronus Capitulum Ecclesie Bituricensis, (Pouillé de Bourges, p. 121).
1691 Ecclesia parrochialis de Condé en Lignières, (A.D. 18-8 G, chapitre Saint-Étienne de Bourges).
1720 Condé en Lignières, de Condayo, église Saint Denys, évêque et martyr, patron : le Chapitre Saint-Étienne de Bourges, (A.D. 18-J 1199, fol. 21).
1766, le 5 septembre, Paroisse Saint Denys, évêque et martyr, de Condé en Linières, de Condeyo, patron : le Chapitre Saint-Étienne de Bourges, (A.D. 18-2 F 147, fol. 28).
1772 Paroisse Saint Denis de Condé, patron : Chapitre de Saint Étienne, (Pouillé de Bourges, t. 1, fol. 59 v°). Église paroissiale de Condé-en-Linières. A.D. 18-120 G 1.

Notes de références

(1) B.N.-Ms Latin 12.820. Cartulaire de Déols

(2)DESHOUILLERE. « Saint Denis de Condé » Gallica.

(3) GUIGNARD. (Romain.). : « Issoudun des origines à 1850 ». Librairie Arts et Loisirs. Issoudun 1995. 175 pages, page 142.

(4) A.D. 18-8 G, chapitre Saint-Étienne de Bourges.

(5) JOHANNOT. (René.). : « A l'époque médiévale en Berry ou ailleurs ». Atelier Sant Johan. 2008.

(6) CELUI DU PAYS DE L'OURS. : « Le sanctuaire des Druides » Edition LuLu.com. 2011. Page 179.

(7) L'Abbaye de Massay fut pillée par les Vikings en 873.

(8) Archives Archevêché de Bourges. Prieuré de Saint Germain.

(9) THAUMASSIERE. De la (Thaumas.). : « Histoire du Berry » édition François Toubeau. 1689.  page 676.

(10) Ils le furent jusqu'à l'invasion des Hongrois vers 902 sous le règne de Charles le simple (898 à 922).

(11) CHENON. (Emile.). : « Le Prieuré de La Chapelle d'Aude ». Librairie de la société du Recueil Sirey. Paris 1915. 250 pages. Pour Linières pages 16 – 55 – 56 – 186. Pour Reuilly pages 7 – 8 – 39 – 40 - 46 – 47 – 86. Pour Massay page 38.

(12) DESHOUILLERE. « Saint Denis de Condé » Gallica.

(13) DUVAL. (P.-M.). : « La Gaule pendant la paix romaine ». Collection. "La vie quotidienne", éd. Hachette, p. 133.

(14) PROVOST. (Michel.).CHEVROT. (Jean-François.). TROADEC. (Jacques.). : « Carte archéologique de la Gaule: 18. Cher ».Les Editions de la MSH, 1992, 370 pages. Page 46.

(15) DESHOUILLERE. « Saint Denis de Condé » Gallica.

(16) Cette cloche fut classée par la Direction  du Patrimoine le 21 juin 1943, sous le N° 18000163.

(17) Ces fresques furent classées par la Direction du Patrimoine le 1er septembre 1978, sous le N° 18000164.

(18) CELUI DU PAYS DE L'OURS. : « Le sanctuaire des Druides » Edition LuLu.com. 2011. Page 179 et 178.

Bibliographie :
CELUI DU PAYS DE L'OURS. : « Le sanctuaire des Druides » Edition LuLu.com. 2011.
CHENON. (Emile.). : « Le Prieuré de La Chapelle d'Aude ». Librairie de la société du Recueil Sirey. Paris 1915. 250 pages.
DUVAL. (P.-M.). : « La Gaule pendant la paix romaine ». Collection. " la vie quotidienne", éd. Hachette.
DESHOUILLERE. « Saint Denis de Condé » Gallica.

GUIGNARD. (Romain.). : « Issoudun des origines à 1850 ». Librairie Arts et Loisirs. Issoudun 1995. 175 pages.
JOHANNOT. (René.). : « A l'époque médiévale en Berry ou ailleurs ». Atelier Sant Johan. 2008.
PROVOST. (Michel.).CHEVROT. (Jean-François.). TROADEC. (Jacques.). : « Carte archéologique de la Gaule: 18. Cher ». Les Editions de la MSH, 1992, 370 pages.
THAUMASSIERE. De la (Thaumas.). : « Histoire du Berry » édition François Toubeau. 1689.

Fond d'images
Par Maniac Parisien — Travail personnel.
Par Emonnier 48 – Travail personnel.
Par AD du cher.

Article écrit entre le 23 et le 31 mai 2016 par René Johannot.

© « Atelier Sant Johan ». Reproduction interdite sans autorisation.


Dernier commentaire   

Posté le 2018-08-29 13:22:25 par paul.hurley
Bonjour, Je découvre par hasard votre site dans le cadre d'une recherche concernant Guichard de Thou, seigneur des Porteaux (Neuvy deux Clochers). Quel travail fabuleux et quel dommage qu'il concerne une région que je ne connais pas! Félicitations!