Identification Sociologique de la France Médiévale

 

Atelier "Sant Johan" Brouillamnon Plou.
Article écrit par René Johannot le 2 février 2007 publié sur ce site le 10 novembre 2010.


Identification Sociologique
de la France Médiévale
De 1180 à 1234


Sommaire

 1) - Origines et fondations de la féodalité capétienne

 11) - Hiérarchie nobiliaire de la féodalité franque
                    1°) Hiérarchie de la « noblesse d'épée »
                    11°) Hiérarchie de la « noblesse d'Eglise »

 111) - Principaux droits et privilèges de premier rang communs de la «  noblesse d'épée » et de la « noblesse d'Eglise »

 1V) – Principaux droits et privilèges de premier rang spécifiques de la « noblesse d'épée »

 V) - Principaux droits et privilèges de second rang spécifiques de la « noblesse d'épée »

 V1) - Principales redevances que la « noblesse d'épée » exige du peuple

 V11) - Principales redevance que la « noblesse d'Eglise » exige du peuple

 V111) - Obligations que le roi exige de la « noblesse d'épée » et de la « noblesse d'Eglise » et des « cités royales »

 1X) - Aménagement de l'espace et de l'environnement de la France médiévale de 1180 à 1234
                    1°) Les campagnes
                    11°) Description sommaire des paysages
                    111°) Organisation foncière
                    1V°) Organisation de la culture des terres agricoles
                    V°) Les cités ou les villes
                    V1°) Description sommaire d'une cité

X) - Composition et structuration sociales
                    1°) Le roi
                    11°) Le roi et son gouvernement « cura régis » (cour du
                    roi)
                    111°) La politique des rois Capétiens qui ont régné de
                    1180 à 1270 (Philippe Auguste – Louis VIII le lion –
                     Louis IX le saint).
                    1V°) Les Gentilshommes
                     V°) La bourgeoisie
                    V1°) Les personnes franches
                    V11°) Les serfs (qui dans les années 1200 seront
                    appelés « vilains »)
                    V111°) Condition du servage
                    1X°) La mainmortable.

 XI) - La vie quotidienne dans la société médiévale de 1180 à 1270.
                    1°) Etat d'esprit de la société en ces temps médiévaux
                    11°) Les Légendes, les Saints et les superstitions
                    111°) Les légendes
                    1V°) Les Saints
                    V°) Les superstitions

 XII) - La communication et l'information en ces temps médiévaux.
                    1°) L'oralité
                    11°) L'écrit

 XIII) - Relations humaines et sociales en ces temps médiévaux.

 XIV) - Connaissances scientifiques techniques, littéraires et artistiques en ces temps médiévaux.
                    1°) Sciences et techniques
                    11°) Littérature
                    111°) Expressions artistiques
                    1V°) Art grec
                    V°) Art étrusque
                    V1°) Art romain
                    V11°) Art paléochrétien
                    V111°) Art « barbare »
dit aussi pré-mérovingien.
                    1X°) Art viking
                    X°) A
rt et architecture Mérovingiens.
                    X1°) Art et architecture Carolingiens
                    X11°) Art et architecture Romans
                    X111°) Art et architecture gothiques
                    X1V°) Appartenance des savoirs

 XV) - La vie quotidienne des femmes et des hommes en ces temps médiévaux
XV1) - La généralité des conditions de vie
                    1°) Environnement de la vie quotidienne
                    11°) Conditions  de vie
                    111°) Le peuple des campagnes
                    1V°) Le peuple des cités
                    V°) La noblesse  seigneuriale
                    V1°) La vie quotidienne au château
                    V11°) Les femmes de noblesse
                    V111°) L'église
                    1X°) Les miséreux

                XV11° - Conclusions

I) - Origines et fondations de la féodalité capétienne


 

    Nous venons de voir que la féodalité capétienne de la fin du 12 e siècle et des ¾ du 13 e siècle est la résultante des évolutions de la féodalité médiévale primaire qui est installée progressivement par les Francs, lors des règnes des rois Mérovingiens.
    La structuration de la féodalité capétienne découle donc directement de la féodalité franque.
    La féodalité franque est alors en quelque sorte le réceptacle sociétal qui recueille toutes les dimensions de la vie médiévale. Les rois, les empereurs, les évêques ne sont que les personnes les plus importantes qui se fondent dans le même creuset que les seigneurs, les abbés, les prieures pour former l'étrange alliage nobiliaire. La pureté de cet alliage nobiliaire dépend d'une alchimie qui rejette tout ce qui n'est pas « possession » et « guerrier ».
    Les campagnes sont sous le joug et au service de cette dominance élitique. Ainsi, « le village est soumit à la tour ».
    Il en est de même des cités qui elles sont très souvent sous l'autorité du roi, ou de celles des seigneurs, ou encore celles des évêques. Ainsi, « la cité est soumise aux couronnes et à la mitre ».
    Cette dominance élitique donne vie à une classe sociale privilégiée : la « noblesse » qui rassemble en son sein l'élite guerrière; c'est « la noblesse d'épée »  et élite spirituelle, c'est « la noblesse d'Eglise ».
    La féodalité franque est née de l'ancienne noblesse romaine et de l'affirmation de l'autorité et de la puissance germanique. Elle se compose donc :
- très minoritairement de nobles romains héritiers des « Villas[1] » qui ont conservés leurs biens grâce au prestige de leurs naissance romaine (Consuls, sénateur, Préteurs, Questeurs,  Censeurs etc.)
- et  très majoritairement de nobles Francs qui, occupant le statut de conquérants et de dominants, prennent possession des terres gallo romaines qu'il feront gérer en occitanie (sud de la France) par érudits Visigoths très emprunt de la culture arabe.
    Ainsi, dans un premier temps, ces deux groupes très hétérogènes vont former un seul corps rassemblant les traditions romaines,  germaniques et indirectement arabes, d'où naissent les attitudes féodales, dont découlent les droits et privilèges féodaux.
    Très schématiquement, parmi ces attitudes, on peut dire que l'architecture, le bâti, et l'expression artistique des temps féodaux prennent leurs racines dans les traditions romaines. Et que les traditions  guerrières, du combat à cheval, de la chasse, de la meute et de la fauconnerie, sont de racines franques.
    Seule la tradition du duel et celle des tournois semblent avoir un enracinement commun dérivant, pour les romains des combats des gladiateurs, et pour les Francs de leur culture sociétale guerrière.
    On fait une observation de même nature en ce qui concerne les sources de revenus nobiliaires où se mêlent la tradition du tribut germanique et celle du fisc romain.
    Mais cette noblesse se compose d'un ensemble d'individualités hautaines, orgueilleuses, rancunières et vengeresses qui ne peuvent entrevoir et concevoir entre elles, la moindre unité. Pourtant, dans un deuxième temps, une certaine cohésion va progressivement apparaître, lorsque survient un grand péril commun : « les invasions des Vikings ».
    La guerre de défense réunit donc progressivement ces individualités dont les égoïsmes étaient jusqu'à lors incompatibles. Et cette noblesse franque se réunit  sur ce qu'elle sait le mieux faire, la guerre. En fine connaisseuse, et ainsi rassemblée, elle va combattre en admirant ces exceptionnels ennemis que sont les guerriers Vikings[2].
    La réussite militaire de la noblesse franque entrevue dans son unité, n'est pas au rendez-vous. Certes l'excellence au combat des guerriers Vikings en est une raison ! Mais la cause principale est, que cette unité nobiliaire, même si elle est réelle sur les champs de bataille, n'a pas de liens reconnus par tous ses membres. Et ce défaut de cohésion découle directement de la faiblesse du roi et du déficit du pouvoir royal qui n'assure pas l'incarnation et l'homogénéité de cette unité.
    Cette insuffisance de prestance royale est la cause principale de la réussite des Vikings à prendre pied sur le sol Franc[3].
    A mesure où les Vikings s'installent sur le territoire Franc, surtout en « Normandie » - d'où ils prendront le nom de « Normands » - ils sont vite acceptés par la noblesse franque. Les mariages entre la classe dirigeante normande et l'aristocratie franque, non seulement ne cause aucun problème, mais au contraire sont assez recherchés.
    La noblesse romano franque s'enrichit alors de l'apport ethnique scandinave.
    Pour la population - qui pour l'essentielle est issue des gaulois - cette noblesse est, par rapport à elle, dans sa majorité, étrangère (romaine, germaine (Francs) et scandinave (Vikings). Car les Romains, en colonisant la Gaule, avaient pris bien soin d'anéantir l'aristocratie gauloise pour la remplacer par des nobles romains, effaçant ainsi toute origine gauloise dans la noblesse de ce pays qui, bientôt, s'appellera « France ».
    Une autre constatation s'impose : De toutes les noblesses des pays conquis par Rome qui ont subi l'occupation germanique, c'est la noblesse franque qui s'est le plus latinisée au point de pouvoir être considérée comme la continuité latine des grandes familles patriciennes qui formaient la noblesse Gallo romaine ; alors qu'aucun lien de sang entre elle n'existe.
    Enfin pour terminer, il faut souligner que si la fondation de l'institution de la « Chevalerie »  [4]donne à la noblesse franque un code d'honneur et de conduite ; l'Eglise, elle, lui donne une moralité et une mentalité[5].
    A bien y regarder, il ne  reste plus à cette noblesse franque qu'a s'instruire, et c'est en quoi s'emploiera - avec peu de succès sur la petite noblesse - la dynastie carolingienne et l'Eglise de Rome[6].
    La société féodale capétienne de la fin du 12 e siècle et des ¾ du 13 e siècle se compose donc :
- Du peuple dont les « serfs et les Vilains » et les « petits bourgeois » sont illettrés, et d'une « grande bourgeoisie » marchande instruite.
- De la noblesse dont les « petits seigneurs » ont seulement une instruction de base et de « grands seigneurs » très instruits .
- De l'Eglise dont tous les membres sont lettrés avec des degrés différents d'érudition[7].


 

II) - Hiérarchie nobiliaire de la féodalité franque

 1°) Hiérarchie de la « noblesse d'épée »

    Tous en haut de la structure sociale féodale se trouve le « Suzerain suprême » c'est le roi qui tient son pouvoir de Dieu, et qui lui est remit lors de son sacre instrumentalisé par l'Eglise de Rome. Le seul qui peut rivaliser avec lui, c'est le Pape.
    Puis viennent les « grands Vassaux » ou « grands seigneurs » qui sont quelquefois plus puissant que le roi leur « Suzerain ». Ces grands Vassaux doivent confirmer leur fidélité et leur loyauté au roi en prêtant l' « hommage lige ». Ils ont aussi le pouvoir légitime de s'entourer à leur tour de « Vassaux » venant de la distribution des fiefs taillés dans leur propre domaine. Ainsi se constitue une pyramide d' « arrières Vassaux » et de « Vavassaux » qui se répartissent l'administration et la jouissance des terres du royaume (exception faite des « alleux » qui sont des terres libre de toutes exigences féodales).
    Arrivent les « nobles », plus couramment appelé « seigneurs » S'ils sont la base de cette « noblesse d'épée » ; ils sont aussi les possesseurs, soit en propre, soit par vassalité, de fiefs. Ils entretiennent chacun sur leur fief une cour où se trouvent des « Chevaliers » dotés ou non de terres et qui forment leurs armées. Ce sont ces armées qui sont mises à la disposition du roi lorsque ce dernier part en guerre.
Le noble « vassal », privé d'enfants ne peut pas transmettre son fief qui retourne alors au seigneur dont il dépend. Même si des enfants existent, ceux-ci pour hériter du fief se doivent de payer un droit de rachat au seigneur dont ils dépendent.
    Enfin il y a les « Chevaliers » qui, s'ils ne sont pas errants, sont attachés à des châteaux au service de leur seigneur. Ils assurent la sécurité des fiefs et le respect de l'autorité seigneuriale sur les sujets libres ou serviles des châtellenies.

11°) Hiérarchie de la « noblesse d'Eglise »

     Au sommet de cette noblesse d'Eglise se trouve le « Pape ». Il n'a d'égal ou plutôt de contradicteur possible que le roi. Hormis cela sa puissance est considérable sur tout le monde chrétien d'occident.
    Viennent ensuite les « cardinaux » dont la fonction est crée après les deux conciles de « Nicée » vers 790. les « Cardinaux sont rattachés de manière permanente à une cathédrale. Ils font partie de la « noblesse d'Eglise séculière ».
    Suivent les « évêques » qui ont autorité chacun, sur toutes les institutions ecclésiastiques établies sur leur diocèse, ainsi que sur la vie spirituelle des habitants du dit diocèse. Ils furent d'abord nommés par le Pape avec l'aval du roi ; puis plus tard, par le roi avec l'aval du Pape. On a vu que Charlemagne leurs avait donné des pouvoirs laïcs de contrôle et de régulation des actes comtaux que les roi Capétiens - fort heureusement - leurs ont repris peu à peu. Mais ils restent des conseillés avisés et influents du roi et des grands seigneurs.
Les  évêques, lorsqu'ils possèdent des terres sont considérés comme des seigneurs mais leurs privilèges et droits sont différents. Ils y perçoivent la Dîme, y soumettent leurs paysans aux corvées. Ils ne relèvent pas de la justice du roi mais de celle de l'Eglise et ne peuvent pas être poursuivis en justice par une institution laïc. Les  évêques  font partie de la « Noblesse d'Eglise séculière », ils dirigent les « prêtes » et les « diacres »qui œuvrent dans les paroisses.
    Ensuite arrivent les « abbés » et leurs suppléants les « prieurs » qui dirigent  les monastères et abbayes et gèrent les terres que ces institutions  possèdent. Ces terres donnent aux  abbés  et  prieurs  un statut nobiliaire identique à celui des évêques ainsi que les droits et privilèges qui en découlent. Les abbés et prieurs font partie de la « noblesse d'Eglise régulière ». Ils dirigent les « moines ».


 

III) - Principaux droits et privilèges de premier rang communs de la «  noblesse d'épée » et de la « noblesse d'Eglise »

     Le « privilège des trésors » donne au seigneur à l'évêque et à l'abbé, le droit de préemption sous tous les métaux précieux ou non trouvés sur leurs terres.
    Le « privilège de varech » s'applique aux fiefs ou terres d'église se situant sur le bord de mer. Il donne au seigneur, à l'évêque et à l'abbé, le droit de s'approprier toute épave et son contenu découlant d'un naufrage.
    Le « privilège d'établissement de foire ou de marché » le seigneur, l'évêque et l'abbé perçoit une somme d'argent pour chaque bête vendue sur ses terres.
    Le « privilège de chasse » réserve au seigneur le droit de chasser sur ses terres. Il octroi à l'évêque et à l'abbé celui de propriété de tous gibiers prélevés sur terre d'église afin d'en toucher redevance.
    Le « privilège de ressort » permet au seigneur, à l'évêque et à l'abbé d'user de son droit supérieur de poursuivre quiconque en justice.
    Le « privilège de sceau » donne au seigneur à l'évêque et à l'abbé, le droit de percevoir une certaine somme d'argent en échange de l'octroi d'une charte
    Le « privilège de péage » octroie au seigneur à l'évêque et à l'abbé, le droit de percevoir « l'aubaine » (somme d'argent) lorsque quiconque passe sous la tour de son château ou sous le clocher de l'évêché et de l'abbatiale. Celui de percevoir le péage lorsque quiconque s'arrête dans un port situé sur ses terres.
    Le « privilège de vente » donne au seigneur à l'évêque et à l'abbé, le droit de percevoir « l'obole » pour chaque ballot de marchandise mis en vente dans un des marché se situant sur son domaine.


IV) - Principaux droits et privilèges de premier rang spécifiques de la « noblesse d'épée »

     Le « privilège de marque » permet au seigneur de punir souvent violemment sans préalable judiciaire un autre seigneur ayant commit une mauvaise action ou un crime avéré.
    Le « privilège de représailles » donne à un seigneur le droit de faire violence à un autre seigneur ou tout autre homme pour répondre à l'offense ou le préjudice que ce dernier lui a faite.
    Le « privilège de sauf conduit » assure à un « seigneur chevalier » le droit à garantir de par sa condition et son honorabilité, la sécurité d'un noble de même condition lors d'un pourparler ou une négociation.
    Le « privilège de noce » donne au seigneur le droit de s'assurer (comme il l'entend) la virginité d'une future épouse.
    Le « le privilège de couronne » est réservé au duc qui reçoit un cercle d'or le jour de son avènement.
    Le « privilège de justice » assure au seigneur le droit de rendre la justice sur ses terres
    Le « privilège des armes » permet au seigneur de traiter un différant entre lui et un autre noble par le duel.
    Le « privilège de rachat » octroie au seigneur le droit de racheter, à son prix, le fief donné à son vassal.
    Le « privilège de lods » octroie au seigneur une somme d'argent en paiement de son autorisation de changement de main du fief de son vassal.
    Le « privilège de rançon » permet au seigneur qui fait la guerre et qui tombe au combat de voir sa vie épargnée et sa liberté rendue en criant « rançon ».


 

V) - Principaux droits et privilèges de second rang spécifiques de la « noblesse d'épée »

     Le « privilège de porter l'éperon »  donne droit au chevalier de porter des éperons d'or et à l'écuyer de porter des éperons d'argent.
    Le « privilège de la double ration » octroie à tout noble fait prisonnier le droit de recevoir une double ration de nourriture.
    Le « privilège de délais » permet au seigneur de prendre un délai de quinze jours avant de se rendre sous la bannière de son suzerain.
    Le « privilège de répit » donne au seigneur condamné un délai d'un an avant de pouvoir saisir sa terre.
    Le « privilège de non saisie » exonère le seigneur de toute saisie mobilière.
    Le « privilège de non torture » qui dispense le seigneur de toute torture physique, sauf si mort doit s'ensuivre.
    Le « privilège de bâtardise » qui rend le seigneur héritier des enfants célibataires trouvés morts sur ses terres.
    Le « privilège de déshérence » qui rend le seigneur propriétaire des biens de tout individu dont on ne connaît pas les parents.
    Le « privilège de rang » permet au seigneur d'avoir dans l'église de son fief, le droit d'y installer son banc ses accoudoirs  et d'y placer son écusson, ses armoiries et les effigies tombales des membre de sa famille.


 

VI) - Principales redevances que la « noblesse d'épée » exige du peuple

    Le seigneur  prélève en argent ou en nature pour l'exercice d'acte de prévôté et de écriture.
    Il prélève le péage du sel, la coutume des foires (liède), la coutume des cuirs, des blés, des noix (une poignée par sac), la coutume des aulx, des oignons et la coutume de poterie.
    Il fait payer le droit de rivière et il prélève la dîme de tous les blés et de tous les vins.
    Il reçoit les « banalités » qui découlent de l'utilisation de son four, de son moulin, de son pressoir.
    Le seigneur exige de ses serfs et paysans qui élèvent du bétail le paiement du droit de pâture.
    Le seigneur exige  de ses serfs et paysans jusqu'à trois jours de corvée par semaine
    Le seigneur exige que quiconque habitant sur sa châtellenie lui paie en nature ou par une somme d'argent, proportionnelle à son bien, la contre partie de sa protection (la taille).
    Enfin il perçoit en denier une certaine somme versée chaque année à une vingtaine de fêtes de saints et saintes.


 

VII) - Principales redevance que la « noblesse d'Eglise » exige du peuple

 L'évêque et l'abbé ont le droit de réquisitionner dans chaque maison installée sur une terre d'église deux hommes et deux femmes avec outillage pour sarcler les blés.
Lorsque que quiconque fait un don à autrui, il doit payer à l'évêque la redevance d'usage sous peine d'annulation du don et d'excommunication du donneur et du receveur.
Nul ne peut acheter et revendre du vin sans payer à l'évêque ou à l'abbé une obole par « muid ».[8]
Tout paysan établit sur une terre d'église, qui fait paître ses animaux sur le domaine de l'évêque ou de l'abbé se doit de lui payer le droit de pâture.
Tout habitant d'une terre de noblesse d'Eglise se doit de payer à l'abbé pour jouir de son droit de justice.
Toute personne vivant sur une terre monacale ou abbatiale pourvue d'un four, d'un moulin ou d'un pressoir se doit de verser à l'abbé les banalités d'usage.
L'évêque ou l'Abbé reçoit en « deniers »[9] une certaine somme lorsque quiconque vend un animal sur une terre d'église.
L'évêque ou l'abbé reçoivent un dixième (« la Dîme »)[10] de la récolte de toute culture. Faite sur une terre du diocèse  de paroisses ou d'abbaye.
L'évêque ou l'abbé reçoit un outil agricole par socle de charrue vendu sur une terre d'église.
L'évêque ou l'abbé prélève un fagot par charge de bois.
Un Juif qui traverse une terre d'église doit payer à l'évêque ou à l'abbé une somme d'argent (6 sols).
Celui qui tire le couteau, lève la hache ou la faux sur une terre d'église doit à l'évêque une amande (6 sols) qui sera dix fois plus importante si le sang à coulé.
Celui qui attente à la pudeur sur une terre d'église doit à l'évêque ou à l'abbé une amande (6 sols).
Celui qui commet l'adultère se doit : soit de courir nu au travers du bourg ou du village soit de payer une amande (entre 60 et 100 sols) à l'évêque ou à l'abbé.


 

VIII) - Obligations que le roi exige de la « noblesse d'épée » et de la « noblesse d'Eglise » et des « cités royales »

     Le roi bénéficie chaque année d'un don annuel « annua dona » qui est matérialisé par des présents en somme argent et en pièces d'orfèvrerie que lui offrent les évêques, les abbés, les barons, et les représentants des cités lors des plaids et les champs de mai.
    En échange de sa protection, le roi touche chaque année une redevance en argent des cités qui bénéficient d'une charte de franchisse royale.
    Aucune veuve de grand seigneur ne peut se remarier sans l'autorisation du roi.
    Les frais de logement et de table de la maison du roi sont du ressort des abbayes.
    Les abbayes sont soumises au profit du roi à des redevances en nature.
    Les meubles de bois et de fer qui se trouvent dans les maisons des évêques deviennent à leur mort, propriété du roi.
    Les barons et leurs vassaux se doivent de répondre lorsque le roi appel le « ban » et l' « arrière ban » ou l' « ost ».


 

IX) - Aménagement de l'espace et de l'environnement de la France médiévale de 1180 à 1234


(1°) Les campagnes

     Description sommaire des paysages.
    La campagne médiévale est composée d'une alternance de terres cultivées, de landes, de marécages et de forêts . Cette configuration du paysage, est le résultat des grands défrichements qui se sont succédés, organisés par les seigneurs laïques et ecclésiastiques à la fin du XI e siècle.
    Les chemins qui serpentent dans ces campagnes et forêts sont creusés par les passages des « charrois » et mènent  le plus souvent d'un château à un autre.
    Ces châteaux élevés à l'origine en bois, viennent tout juste d'être reconstruits en pierre. Ils sont perchés sur une hauteur naturelle ou artificielle (motte) aux pieds desquels sont implantés  près d'une source ou d'une rivière les bourgs ou les villages ou même des cités.
    En fin de printemps les champs de blé, d'orge, d'avoine, de vesce et de sarrasin ondulent sous le vent. Les vignes alignent leurs rangs le long des pentes sud des collines. Les pois, les fèves et les légumes connus de ces temps poussent dans les jardins autour des chaumières.
    En juin, les prairies seront en fenaisons annonçant les gros travaux des champs. Pour l'heure, les jachères sont occupées par les vaches les chèvres et les moutons. Les porcs errent dans les bois pour trouver leur nourriture. Les labours de printemps se terminent pour la semence de l'orge du seigle, des fèves et des pois. Bientôt ce seront les labours de juin qui retourneront les terres en jachères, juste avant les moissons et le battage. Plus tard encore fin septembre, viendra le temps des vendanges.

(11°) Organisation foncière

    Dans le système féodal et surtout de par la vassalité qu'elle inclut, l'exploitation de la terre est pour le seigneur ou le prélat la principale source de revenu et de puissance.
    Les domaines ducaux, comtaux, seigneuriaux et ecclésiastiques sont divisés en fiefs sur chacun desquels vit un seigneur ou un abbé.
     Ces fiefs, dont la superficie peut varier de 2 000 arpents[11]  (800 ha) à 50 000 arpents (20 000 ha), sont de petites entités territoriales qui vivent en autarcie.
     La production de la terre agricole ou forestière à laquelle vient s'ajouter celle des ateliers artisanaux  permettent  aux seigneurs et aux habitants des fiefs de vivre en autosuffisance de leur besoin de consommation.
    Dans un fief de grande importance, on distingue deux parties distinctes :
- la partie non fractionnée directement exploitée par le seigneur ou l'abbé qui est soit nommée sous le nom de « réserve » ou « manoir ».
 - et la partie fractionnable, dont les fractions appelées « tenures ». Lorsque ces "tenures" sont exploitées, soit par un noble, soit par un simple paysan libre, elles s 'appellent alors des « bénéfices ». Lorsqu'elles sont exploitées par une personne servile, elles se nomment alors une « censive ».
    La « tenure » même si elle peut être héréditaire n'est toujours attribuée qu'en simple jouissance. 
     A coté des fiefs existent les « alleux » qui sont des terres libres exploitées par de petits propriétaires simples paysans libres. Les « alleux sont l'exception à la règle féodale qui veut « nulle terre sans seigneur ».
    En générale, une propriété seigneuriale (fief) est constituée d'une moitié de terres cultivables et d'une autre moitié en bois, forêt, taillis marais et pâturages.

    Pour  un fief de 7500 arpents (3000 ha) par exemple, dont la surface cultivable et estimée à 3750 arpents (1500 ha), la « réserve » seigneuriale ou « manoir » - c'est à dire la surface que le seigneur fait cultiver pour son propre compte - est d'environ de 500 arpents (200 ha).
     Le reste de cette surface cultivable soit 3 250 arpents (1300 ha), est fractionné en « bénéfices » d'environ 62 arpents et un demi (25 ha) chacune et en  « censives » d'environ 22 arpents et un demi (9 ha) chacune. Ce qui peut représenter l'établissement d'une quarantaine de familles libres et une vingtaine de familles serviles.
     Sur ce fief, hors « réserve » ou manoir, ce sera ainsi une soixantaine de feux qui seront installés sur les « bénéfices » et « tenures ». Ce qui peu représenter environ une population de 120 adultes hommes et femmes et environ 420 enfants garçons et filles.


(111°) Organisation de la culture des terres agricoles

     Que se soit un « bénéfice » ou une « censive », la répartition de l'occupation des terres est généralement la suivante : 92 % de terres arables consacrées aux céréales et à l'alimentation humaine, environ 3 % de terre occupées par la vigne, 5 % de terres en prairies de fenaisons.
    La faible surface de prairies est expliqué par le fait qu'à cette époque, les animaux domestiques herbivores se nourrissent principalement dans les forêts, dans les friches, dans les landes et dans les jachères, ainsi qu'en complément, dans les terres de cultures entre moissons et labours, et dans les prairies après fenaisons ; car la faux ne tranche pas l'herbe au pied, ce qui laisse une parure non négligeable.
    La prairie n'est alors utilisée que pour la production du foin et toute pâture d'animaux sur ce lieu, même accidentelle, est sévèrement punie. D'ailleurs, à cette époque, dans la majorité des cas, les prairies ont la particularité d'être closes. Elles le sont soit naturellement par une haie (bouchures) ou par abaissement et entrecroisement des branches d'une lignée de saules, soit par entrelacement de branches souples coupées en forêt, autour de poteaux de bois plantés en terre (les plessis).
    La prairie est souvent située en fond de vallon ou de vallée, près d'un ruisseau ou d'une rivière dont le bord est alors planté d'osiers et de saules et d'aulnes dont les rameaux servent aux tressages des vanneries. Souvent aussi la prairie accueille quelques arbres fruitiers.
    En majorité, les paysans médiévaux de France cultivent les terres arables selon un cycle de quatre ans avec mise en jachère

    Dans la majorité des cas, que ce soit pour un « bénéfice » exploité par un homme libre ou pour une « censive » travaillée par un homme servile, pour une surface de terre arable en rendement, une même surface est en jachère.
    Les terres arables d'un « bénéfice » ou une « censive » sont presque toujours divisées en une trentaine de parcelles non clôturées (sûrement Vingt huit pour répondre au cycle d'assolement de quatre ans).


    Dans de bonnes conditions météorologiques, une telle organisation des terres arables peut produire deux récoltes à l'année.
    C'est à l'intérieur de cette organisation foncière que se structure le vie rurale médiévale composée d'une petite mais puissante minorité de nobles et d'ecclésiastiques et d'une grande majorité de paysans pauvres qui sont appelés « vilains » depuis que les hommes non libres, « lides », « colons » et « serfs » des temps Carolingiens ont tous été confondus en une même classe sociale le « villenage »

(1V°) Les cités ou les villes

    La « Cité » est sans aucun doute le lieu le plus  révélateur d'un assombrissement civilisationnel occasionné par les invasions germaniques (barbares) et par les brutaux prémices de la construction du système féodal qui en a découlé.
    Les « cités » gallo romaines du temps de la splendeur de l'Empire romain s'autogouvernaient dans une autonomie relativement détachée du pouvoir central. Elles jouissaient de beaucoup de libertés civiles et de peu de fiscalité. Mais si ces « cités » romaines et gallo romaines nous paraissent aujourd'hui avoir été une avancée culturelle et sociale, en comparaison à ce qu'elles sont devenues sous l'occupation franque, il faut nous rappeler que cette culture et ce bien être social n'était accessible qu'a une minorité de gens. Les esclaves qui représentaient toute la classe laborieuse rurale en étaient bien évidemment exclus, ainsi que les gens modestes  qui quoique libres, peinaient par leur travail à acquérir le minimum vital. Les petits commerçants et artisans ne recevaient pas en retour de leur labeur assez de revenu pouvant leur permettre une quelconque émergence sociale.
Seule l'élite Romaine et gallo romaine, grande détentrice terres et de biens, en bénéficiait.
    A bien y regarder, on peut se demander à quoi peut bien servir des libertés proclamées si les espaces où elles devraient s'exercer sont réduits ou n'existent pas ?
    A quoi une avancée culturelle et sociale peut servir si on en réduit fortement l'accès ?
    Que devinent donc cette culture et cette civilisation de l'Empire romain si admirées, lorsqu'on les débarrassent de tous ces acquis illusoires ou décoratifs ?
    N'est-on pas là devant une société faite de privilèges aux bénéfices de privilégiés, somme toute pas très éloignée de la société féodale si décriée par certains !
    La féodalité attribuant un seigneur, un évêque ou un abbé à chacune des « cités », à fait d'elles des fiefs soumis à une multitude d'impôts et à la seule autorité des féodaux d'épée ou d'église dont le despotisme fut sans limite lorsqu'il s'agissait de mettre en état de dépendance ce qui fleurait un peu l'odeur de liberté.
    Le commerce et l'artisanat étant tombé au plus bas à cause des guerres intestines que se livraient les seigneurs Francs, la grande affaire économique de cette époque était la terre pour ce qu'elle rapporte à celui qui la possède, il fallait donc des bras pour la cultiver et pour cela quoi de mieux que de transférer les populations des « cités » grandement désoccupées et, il faut le dire, souvent en insuffisance alimentaire, vers les campagnes  où abruties par le travail des champs, elles survivront avec le peu que leur laisse le seigneur, l'évêque ou l'abbé
    Ainsi, les « cités » perdirent beaucoup de leurs habitants. Ce phénomène d'aliénation des cités fut relativement moins rude dans le nord de la France, où le peuple des « cités » était traditionnellement prompt à la révolte. Il en est de même dans l'Est où la langue germanique et l'origine ethnique des dominants et dominés étaient les mêmes.
    Les « cités » du sud de la France immensément imprégnées de la culture romaine saupoudrées de raffinements orientaux amenés par les Arabes d'Espagne, ont su confronter avec succès leurs valeurs civilisationnelles, à l'attitude purement guerrière des Francs. Elles ont certes reconnu le pouvoir seigneurial et épiscopal, mais sans abandonner leur système de gestion ni même leur autonomie, même si cela leur a coûté fort cher.
    Lorsque les instabilités guerrières s'apaisèrent et que de nouveau les routes du commerce se reformèrent, entraînant une progression des activités artisanales, peu à peu les « cités » réclamèrent à leur seigneur quelques espaces de liberté et d'autonomie.
    Et quand le seigneur, l'évêque ou l'abbé, faisait la sourde oreille - comme ce fut souvent le cas - alors elles se tournèrent vers le roi trop heureux de retirer au seigneur à l'évêque ou à l'abbé une partie de son pouvoir dominateur pour se l'approprier sans avoir eu pour cela rien à faire, sinon que d'affranchir des communautés de gens qui formaient les cités.
    Ainsi, à partir de l'an mille, la société médiévale se transforme profondément. Si la féodalité fut le fait sociétal dominant au XI e siècle, il faut au XII e et XIII e siècles y ajouter la « bourgeoisie »
    Les diverses redevances et services que les paysans doivent à leurs seigneurs ne représentent plus le montant d'un fermage en argent ou en nature en contrepartie de la terre qu'ils cultivent ni même les charges d'une terre qu'ils travaillent en usufruits. Ils se sont transformés en droits féodaux du seigneur ou de l'évêque ou abbé, payés par les hommes de « pôté » ou de « poëste » (du latin potestate) [12] .
    La propriété de la terre que cultive le « vilain » lorsqu'elle est à lui, ne lui est plus contestée, ce qui ne veut pas dire qu'elle est libre de charges ou indépendante de toute revendication seigneuriale.
    C'est de la classe sociale que composent les « vilains », que se forme le peuple médiéval. Ceux qui restent à la terre seront des « paysans », alors que ceux qui font du commerce et de l'artisanat et qui s'établissent dans les villages, cités, les bourgs, deviennent des « villageois », des « citadins » et des « bourgeois ».
    Les « cités » ou « villes » sont généralement habitées par une population libre. Elles forment des « communes » qui se gouvernent elles mêmes pour ce qui est de leurs affaires internes. Mais elles dépendent du roi pour les affaires d'ordre politique, ainsi que du seigneur local pour les affaires qui traitent de sécurité et de protection.
    Ces « communes » tiennent des assemblées et élisent leurs magistrats (mayeurs (maires), (bourgmestres,  échevins, pairs, bons hommes (prud'hommes), syndics, jurats, capitouls) qui sont chargés de gérée et d'administrer la justice civile et criminelle, les finances, la milice lorsque cette dernière existe.
    Chaque « commune » à un hôtel de ville, un trésor, un sceau et un beffroi.
    - Elle promulgue ses lois et ses coutumes.
    - Elle affirme la liberté de ses membres.
    - Enfin elle est exemptée de droits de prise de taille.
    Lorsque la « commune » possède une milice, elle se doit d'assister le roi dans ses guerres, et le seigneur du lieu dans ses engagements militaires, et bien sur, de défendre la cité.
    Pour cela la « commune » élève des remparts. Elle fortifie les portes d'accès à la cité. Elle érige des tours de défense. Elle creuse des fossés et des souterrains.
En contre partie de ces libertés, la « commune » ou cité paie de grosses sommes d'argent pour la protection royale et pour s'acquitter des exigences féodales du seigneur local.
Sans la protection royale, la « cité » pouvait craindre à tous moment une remise en cause de ses libertés par le seigneur dont elle s'était affranchie, alors qu'avec la protection royale elle est partie intégrante du royaume et échappe ainsi à toutes revendications seigneuriales.
    C'est sous le règne du roi de France « Louis le gros » que se développe la liberté communale donnant lieu à des acquits et accords qui sont consignés dans des « Chartes royales ».
    En contre partie de tels accords non seulement le roi touche chaque année une belle somme de chacune des « cités » qu'il affranchit, mais en plus, il en retire beaucoup de prestige qui renforce sa puissance face aux grands seigneurs. Ces grands seigneurs comprennent rapidement que les libertés des « cités » sont autant d'épines qui blessent et mettre à mal leurs prérogative de grands féodaux, affaiblissant ainsi leur autorité.
    Certaines « cités » qui ne peuvent pas prétendre à la protection royale se tournent vers le seigneur dont elles souhaitent s'affranchir. Ainsi, moyennant argent et obligations plus modestes, elles acquièrent des libertés par des « Chartes seigneuriales ».



(V°) Description sommaire d'une cité

    A part certaines exceptions, une « cité » médiévale française répond souvent à un ordonnancement identique :
    Il y a un château fortifié par ses propres remparts accolé ou intégré à la cité.
Puis on trouve une concentration de bâtisses et maisons à ossatures charpentées entre lesquelles les remplissages sont faits de torchis.
    Ces bâtisses sont disposées de façon concentrique autour d'une église ou d'une cathédrale. Les maisons qui se touchent les unes aux autres s'alignent de chaque côté de rues rarement pavées dans lesquelles se déversent les eaux usées de leurs habitants. Chaque concentration de maisons forme un quartier qui, avec d'autres, divisent la cité en communautés regroupant très souvent des gens de même métier (quartier corporatiste) ou de même origine (quartier ethnique). Ou de confession (quartier monacale)
    Une enceinte fortifiée, dotée d'un chemin de ronde, de tours de défense et percée de plusieurs portes d'accès, ceinture les habitations qu'elle protège des agressions guerrières. Le long de cette enceinte, côté intérieur sont bâties en appentis des dépendances (écuries, granges, celliers, dépôts) qui souvent côtoient d'autres appentis qui servent de refuge aux habitants les plus miséreux (manants), aux mendiants, orphelins et aux gens tenus pour marginaux.
    Le long et aux pieds des rempares, côté extérieur, court un fossé mit en eau quand c'est possible qui sert à entraver toute approche assaillante.
    Puis, suivant l'importance de la « cité », en général près de ses portes, de l'autre coté du fossé, hors cité, sont établis le ou les faubourgs regroupant des habitations et des dépendances qui ne peuvent plus tenir dans les murs. On y trouve aussi des établissements religieux (abbaye, monastères), la maladrerie (hôpital), et isolée, la léproserie.
    Aux alentours immédiats de la « cité » sont cultivés les jardins, les vergers et les vignes qui approvisionnent la communauté citadine en légumes et en fruits. Des pâtures nourrissent les animaux nécessaires à la boucherie. Des prairies permettent la fourniture de la « cité » en fourrage.
    Dans la « cité » les habitations à toit très pentu recouvert en majorité de chaume sont en générale de largueurs assez étroites et à deux étages qui se surplombent.
    Le rez-de-chaussée est utilisé en boutique par le marchand (étale) ou en atelier par l'artisan ou même les deux à la fois, c'est un lieu de labeur. On y accueil l'acheteur, on y traite les affaires. On y fait la cuisine de toute la famille. Quand l'atelier ou l'étale n'existe pas, c'est l'écurie du cheval et ou l'étable de la vache qui sera menée à jour à la pâture par les enfants.
    Le premier étage est le lieu de vie de la famille, elle y prend ses repas. Elle y reçoit les visiteurs, s'y réunit pour les veillées et y mène toutes les conversations d'ordre privé. Si la maison à une cheminée, c'est  en ce lieu qu'elle est construite.
    Le second étage est celui des chambres dont le nombre est fonction de la surface du plancher. Il n'est pas rare que plusieurs lits soient installés dans une même chambre.
    Un grenier sous le toit permet certains stockages (fourrage, fruits, grains).
  Un étroit escalier fait communiquer le rez-de-chaussée avec l'ensemble des étages.
    Le bois étant prépondérant dans la construction des maisons et des édifices administratifs et seigneuriaux, le feu est le fléau principal de la cité. L'absence de système d'assainissement (égout) fait de l'insalubrité la seconde calamité de la cité.
    Les « bourgeois » et les « manants » des « cités » composent avec les « vilains « des campagnes ce que les nobles et gens d'église appellent la « roture ».
   Le « bourgeois », mais aussi le « manant libre » perçoivent les avantages et les libertés acquises par la « cité » qu'ils habitent.
    On distingue deux sortes de « bourgeois », en premier, il y eut « le bourgeois du roi » qui habite une « cité » qui est sous la protection royale. Puis dans un deuxième temps apparait « le bourgeois  seigneurial » qui demeure une « cité » qui est sous la protection d'un seigneur, d'un évêque ou d'un abbé.
    Le « bourgeois du roi » est un homme libre qui bien établi sur une terre seigneuriale ou les habitants sont souvent serviles. Il jouit de sa liberté par la possession d'une « lettre de bourgeoisie » dont la teneur en clauses et privilèges est garantie par le roi au travers ses officiers locaux (bailli ou sénéchal). Pour qu'un « vilain » devienne un  « Bourgeois du roi », il lui faut avoir assez de fortune pour acheter un bien dans une cité royale. Puis il doit séjourner de façon constante un an et un jour sans que le seigneur dont il dépend ne le réclame. Beaucoup de « vilains » pourvus d'un peu d'argent s'exilent alors vers les bourgs et les cités royales et désertent dangereusement les campagnes des seigneuries.
    Pour y remédier, les seigneurs, les évêques ou les abbés fondent des hameaux, des villages et des bourgs dont ils affranchirent les habitants afin de créer une « bourgeoisie seigneuriale ». Les « vilains » candidats pour devenir « Bourgeois seigneurial » obtiennent dans ce but, la propriété des terres qu'ils cultivent ainsi que le droit de disposer en propre de leurs biens mobiliers et immobiliers et de les transmettre à leurs héritiers. Enfin les seigneurs, les évêques ou les abbés consentent à toute personne la possibilité de se fixer sur leurs domaines sans cesser d'être libre.
    Malgré ces avantages, les « vilains » préfèrent être « bourgeois du roi », car ce statut leur offre plus de sécurité. En effet, être en direct sujet du roi le met à l'abri de ne plus avoir à subir même en tant qu'homme libre, les exigences seigneuriales. Ce qui n'est pas le cas du « bourgeois seigneurial », car le seigneur, l'évêque ou l'abbé peuvent revenir à tout moment sur leur charte d'affranchissement.
    Ainsi, chaque fois qu'ils le peuvent, les « vilains » les mieux pourvus, deviennent dans un premier temps « bourgeois du roi » en cité royale. Puis pour certains d'eux, dans un second temps, ils achètent, en plus de leurs biens citadins, des terres sur des domaines seigneuriaux. Ces propriétés dont le maître est sujet du roi, ne sont plus de ce fait, ni soumises aux exigences du seigneur, ni à son autorité, mais bien à celles du roi.
    Voici comment peu à peu, le roi à fortifié son autorité au cœur même des seigneuries furent-elles puissantes.


X) - Composition et structuration sociales

(1°) Le roi
   
    C'est le chef suprême du royaume de France, son autorité n'est contestée par personne sous peine de graves sanctions. Tous lui doivent hommage et obéissance

(11°) Le roi et son gouvernement « cura régis » (cour du roi)
    Sous les premiers capétiens, la cour du roi est une assemblée composée de « Grands » laïques et ecclésiastiques qui assistent le roi uniquement dans sa fonction politique.
    A partir du XI e siècle, elle rassemble les vassaux du roi et ajoute aux conseils politiques les conseils judiciaires et les conseils  financiers.
    Enfin, pour la période médiévale à laquelle ce travail s'intéresse (1180 à 1234), la cour du roi est scindée  en trois sections distinctes :
- le « Conseil du roi »
- la « Chambre des deniers ou des comptes »
- le « Parlement ».
- Le « Conseil du roi » est composé de proches et de fidèles du roi. On y aborde tous les sujets.
- La « Chambre des deniers ou des comptes » traite de l'administration  et de la gestion des finances du royaume.
- Le « Parlement » d'origine tribunal normal, se transforme d'abord en cour suprême qui juge des graves faits, puis en cour d'appel qui juge du bien fondé des décisions de justice prises par les représentants du roi , baillis, prévôts et connétables et seigneurs dans les seigneuries. Cette cour d'appel comprend trois « chambres » : - La « chambre des requêtes » – la « chambre des enquêtes » – la « chambre des arrêts ».

(111°) La politique des rois Capétiens qui ont régné de 1180 à 1270 (Philippe Auguste – Louis VIII le lion – Louis IX le saint).
   
    Ces trois rois ont lutté pour amoindrir la puissance et l'arrogance belliqueuse des seigneurs du royaume qu'ils soient de noblesse d'épée ou de noblesse d'église. Pour cela, ils ont fortement favorisé l'affranchissement des cités en accordant des « chartes »  mettant ces dernières sous leurs protections. Ils ont également recherché l'alliance directe avec une nouvelle classe sociale venant du peuple de ces cités la « bourgeoisie ».
    Communément, ils voulurent tous les trois agrandir le « domaine royal ». Ils y sont parvenu soit par la diplomatie soit par la force militaire.
    Ils se sont assurés de la bienveillance de l'église, sur leurs orientations politiques en choisissant parmi le clergé une partie de leurs conseillers ce qui, pour Philippe Auguste ne lui a pas empêché d'être en conflit avec le Pape.
Ils ont su également s'entourer d'hommes laïques, pas forcement nobles, mais possédant un haut niveau intellectuel et une grande compétence.
    Ils ont œuvré à la constitution d'une armée royale renforcée par des mercenaires soldés et les milices des cités affranchies ;
    Enfin, ils ont substitué le droit du plus fort par celui du droit écrit instituant du même coup, la notion d'état.

(1V°) Les Gentilshommes
   
    Communément appelés « les nobles », les gentilshommes sont des homme francs (affranchis, libre). L'état de « gentilhomme » se transmet par le père et celui de la franchise par la mère (la verge anoblit, le ventre affranchit). Le gentilhomme n'est pas de droit « Chevalier », il peut le devenir que par la grâce spéciale du roi.
    En général le gentilhomme naît seigneur d'un fief qu'un autre gentilhomme de rang plus élevé lui à donné en « vasselage ». Cet autre gentilhomme de rang plus élevé,seigneur lui même détient son fief  en vassalité d'un autre gentilhomme de rang encore plus élevé. Et ainsi de suite jusqu'au roi suzerain suprême.
    Le « gentilhomme » quelque soit son rang dans la noblesse doit rendre « l'hommage lige » à un seigneur son suzerain ou au roi suzerain suprême afin de lui affirmer sa soumission et le respect des engagements qu'il à pris envers lui contre la jouissance de son fief..
    Chaque gentilhomme a son armoirie, sa devise et son cri de guerre. Il se doit de défendre son fief, son suzerain, son roi et l'église. Il se doit également de répondre à « l'ost » seigneuriale et royal.

(V°) La bourgeoisie
   
    La bourgeoisie apparaît  en Europe au XI e siècle, mais c'est au XIII e siècle qu'elle s'amplifie en France par la conjonction de deux phénomènes, celui du développement du commerce et de l'artisanat et celui de l'essor des cites ou des villes franchisées par des chartes soit par le roi, soit par le seigneur, l'évêque ou l'abbé, donnant naissance aux grands marchés et aux grandes foires.
    Il y a donc la bourgeoisie royale avec ses bourgeois du roi, ainsi que la bourgeoisie seigneuriale avec ses bourgeois du seigneur de noblesse d'épée ou d'église.
    Ces deux bourgeoisies distinctes sont composées toutes deux  de membres d'organisations regroupant des artisans exerçant le même métier et de membres d'organisations regroupant des commerçants faisant le négoce de mêmes matières ou denrées.
    A ces deux composantes, il faut y ajouter les magistrats et les membres de diverses institutions.
    Le bourgeois est presque toujours un homme libre qui a obtenu du roi ou des seigneurs le droit de se déplacer dans tout le royaume sans avoir à demander au préalable de permission. En cela, sa condition s'approche de celle du noble.
    La bourgeoisie marchande s'organise, par cité, en associations qui sont, suivant les régions de France, appelées « Guildes, jurandes, charités, confréries. Ainsi, on trouve dans une cité la « guilde » des lainiers (vente de laine), celle des pelletiers (vente de fourrures) ou encore celle des porteurs d'eau etc. Chacune de ces « guildes » a un règlement précis. Et chacune s'octroie très souvent le monopole de négoce de la matière première ou du produit qu'elle commerce. Chacune fixe la valeur de la mesure qu'elle se sert pour quantifier la marchandise de son négoce, ainsi que le degré de la qualité de la dite marchandise. Quelquefois, les guildes de même famille de plusieurs cités s'allient pour étendre leur monopole sur toute une province et former ainsi des « hanses ».
    De son coté, « la bourgeoisie artisanale » regroupe ses membres dans des « corporations » des gens qui pratiquent le même métier soient-ils fabricants spécialisés (orfèvres, tanneurs, tisserands, forgerons, etc) soient-ils soient commerçants détaillants (bouchers, épiciers, drapiers, aubergistes etc).
    Chaque corporation a un saint patron, un emblème, une bannière et souvent un « bâton »de procession. Elle impose à ces membres une règle stricte, ainsi que des contrôles sur les pratiques et la qualité des ouvrages. Elle institue une entre aide entre ses membres, elle soigne ses malades et ses accidentés,  prend soin de ses vieillards et de ses invalides.
    Hors de ces corporations bourgeoises il est pratiquement impossible d'exercer un métier dans une cité.
Dans ces corporations, le bourgeois artisan ou commerçant détaillant est appelé « Maître »  l'ouvrier « Compagnon » et l'enfant qui apprend le métier « Apprenti ».
    La bourgeoisie s'implique fortement dans l'administration de la cité. Certains de ses membres en deviennent les élus chargés de représenter leur corporation ou leur guilde au conseil de la cité amoindrissant ainsi le pouvoir de la noblesse.
    Dans certaines cités qui sont affranchies par charte royale, les membres de la bourgeoisie élus au conseil de leur ville sont anoblis par le roi. Ainsi se constitue une nouvelle classe de noble qui s'ajoute aux deux existantes (d'épée et d'église). Cette nouvelle noblesse s'appelle « noblesse de beffroi » ou « noblesse de clocher ».

(V1°) Les personnes franches
   
    Les personnes franches se nomment de  « Pôté » pour les distinguer des gentils hommes francs. Ils ont le droit d'agir à leur guise sauf de faire le mal et ce qui est défendu par l'église.
    Les bâtards naissant de personnes franches sont des personnes libres. Il suffit de prouver sa bâtardise franche pour être libre.

(V11°) Les Serfs, qui dans les années 1200 seront appelés «vilains »

(V111°)
Condition du servage

    Il y a deux conditions de servage :
    -La première condition rassemble des gens sur lesquels le seigneur à tous les droits durant leur vie et à leur mort. Ainsi, le seigneur peut sans raison et sans en rendre compte, les emprisonner et les brutaliser.
    -La seconde condition rassemble des gens mieux traités, ou plutôt moins mal traités. Le seigneur ne peut que leur demander durant leur existence que les « cens » « rentes » et « redevances » qui découlent de leurs servitudes.
    Quand le serf se marie avec une femme franche, ou quand il meurt, tous ses biens reviennent au seigneur.
    Lors du mariage d'un serf avec une femme franche, le seigneur détermine pour son compte un prix de ce « formariage ». Le seigneur est aussi le seul héritier d'un serf. Les enfants d'une famille de serfs n'ont rien de leurs parents, sauf s'ils veulent racheter au seigneur le bien de ces derniers.
    Le "formariage" est de deux sortes :
    - Il existe quand il y a mariage entre un serf et une femme libre.
    - Il existe encore quand il y a mariage entre un serf et une femme qui n'appartient pas à la terre de son seigneur.
    Ces deux conditions de servages sont accablantes pour ceux qui y sont assujettis. Mis à part l'interdiction théorique au seigneur de tuer ou d'écorcher vif un serf, les conditions du servage est extrêmement proche de celui de l'esclavage.
    Vers la fin des années 1200, les serfs sont peu nombreux par rapport aux personnes franches. Peu à peu, ces deux conditions de personnes disparaissent  pour donner place aux « Vilains » qui sont en large majorité des hommes libres. Ce qui ne veut pas dire qu'ils étaient exemptés du principe de la mainmorte.

(1X°) La mainmortable.
   
    L'origine du nom de « mainmorte » s'explique par le symbole du don que représente la main au Moyen Âge. Une main morte est une main qui n'agit plus, donc de laquelle il ne peut pas y avoir de donation ou de transaction.
    En terme juridique médiéval, la « mainmortable » c'est le non droit de disposer de sa liberté et de ses biens.
    Un homme de « mainmorte » ne peut pas se déplacer où il veut. Il ne peut pas donner, vendre ou léguer à qui il veut une partie ou la totalité de ses biens mobiliers ou immobiliers.
    Il y a deux sortes de « mainmorte » :
    - La « mainmorte réelle » qui est attachée à la terre.
    - Et la « mainmorte personnelle » qui est attachée à l'individu.
    La « mainmorte réelle » est celle attachée à la terre. De ce fait, la terre ne peut pas changer de nature ou de condition quelque soit la condition de la personne qui l'occupe. Ainsi une personne, qui avant était libre, en occupant une terre servile, devient servile à son tour.
    Inversement, la « mainmorte personnelle » attache la personne à sa condition (libre ou servile) et ne peut pas être changée quelque soit la nature ou la condition de la terre qu'elle occupe. Ainsi un serf de condition servile restera servile, même si il occupe une terre libre.
    Les vilains de « mainmorte personnelle » sont appelés « vilains de corps ». Même s'ils quittent la terre qu'ils occupent, non seulement ils peuvent être poursuivis en justice par leur seigneur, mais, peu importe où ils se réinstallent, ils doivent toujours à leur seigneur les redevances et services attachés à leur condition. La condition « mainmortable » est adoucie, dans certaines seigneuries. Par exemple, lorsque le vilain meure et que ses enfants restent dans la maison et sur la terre pour l'exploiter, le seigneur peut leurs laisser les biens de leur parent sans leurs en demander le rachat.
    Il y a trois façons distinctes d'être « mainmortable » :
    - La première des façons est de naître de parents qui sont de « mainmorte ».
    - La deuxième des façons est de le devenir en occupant une terre de mainmorte réelle.
    - Enfin la troisième des façons est par convention avec le seigneur de renoncer à sa liberté et demander volontairement d'être de mainmorte.
    Dans la société médiévale du XIII e siècle, on distingue donc deux sortes de vilains :
    - Il y a les vilains francs » (libres).
    - Et il y a les « vilains mainmortables » (serviles).
    La visibilité de la différence entre les deux n'apparaît qui si, comme nous venons de le faire on en détail, même sommairement les statuts.


XI) - La vie quotidienne dans la société médiévale de 1180 à 1270.

(1°) État d'esprit de la société en ces temps médiévaux

    On ne peut pas percevoir ce que pouvait être la vie des femmes et des hommes du Moyen Âge si on n'a pas conscience de l'omniprésence d'un certain état d'esprit qui imprègne la société médiévale et qui se révèle dans chaque pensée et chaque action du quotidien.
    La société médiévale est une société d'abord mystique. Elle est ainsi pour tenter de compenser et d'effacer, par un imaginaire débordant, une rudesse d'existence qui pour nous, femmes et hommes d'aujourd'hui, serait insupportable.
    Le mysticisme moyenâgeux est un étrange mélange des dogmes de la religion chrétienne,de superstitions et de croyances populaires venues d'un paganisme ancestral et transmises oralement de génération en génération.
    L'imaginaire, qui découle directement de cet amalgame hétérogène de croyances, est présent dans toutes les couches de la population du plus grand des seigneurs au plus humble des « Vilains » en passant par l'évêque et le moine.
    Cet imaginaire tient une place considérable et il est d'une ampleur capable de créer  des visions chez les plus réceptifs. Le miracle est monnaie courante au Moyen Âge. Le nombre d'apparitions de Dieu, de Jésus, de la sainte Vierge et de tous les  Saints sont innombrables. On tente d'expliquer l'incompréhensif à cette époque, par des récits fantastiques ou presque toujours l'évocation de Dieu ou des Saints, légitime et authentifie les dires.
    Le mental et l'action individuels et collectifs sont imprégnés de cet imaginaire qui peut être merveilleux quand il enveloppe l'expression du bien ou au contraire d'une noirceur extrême quand il accentue l'expression du mal.
    Cet imaginaire rempli de piété et de croyances - où se côtoient Dieu, le diable, les Saints, les créatures hideuses, les géants et les nains difformes, les sorciers et sorcières avec leurs maléfices et leurs philtres, les dragons, les griffons les sagittaires, les chimères et les serpents - accompagne chaque étape de la vie, de la naissance à la mort en passant par le baptême,  le mariage, la communion et l'extrême-onction.
   Le travail quotidien est lui aussi soumis aux oracles de cet imaginaire. Par exemple :
      - Il fallait un fou ou un enfant pour semer le persil si non le malheur s'abattait sur l'adulte qui le sèmerait.
    - Ou encore il fallait dresser des croix et des poteaux dans les champs, auxquels étaient accrochés des ex-voto pour protéger les moissons.
      - Il fallait aussi mettre du buis bénit dans le fourrage pour que les insectes ne le gâte pas etc.
    Si l'église d'un coté condamne assez fermement la superstition et les croyances populaires, elle en est, dans un même temps, l'instigatrice et la propagatrice. La ferveur  presque hystérique du peuple médiéval pour les saintes reliques, tout comme l'institution des « indulgences » pouvant octroyer des années de paradis, illustrent parfaitement cette connivence religieuse avec les croyances superstitieuses du Moyen Âge.
    Ces accointances du sacré et du païen n'ont d'ailleurs rien d'innocent, elles permettent à l'église de ramasser ainsi beaucoup d'argent venant des bourses des pèlerins exaltés épris de fétichisme sacré et des pêcheurs fortunés négociant des jours de paradis éternel.
    Dans tout cet amalgame de croyances officielles et occultes, il est bien difficile d'entrevoir l'esprit pur de la divine religion chrétienne.
     Pour bien comprendre l'état d'esprit mystique mi sacré, mi profane qui avait cours dans la société médiévale entre 1180 et 1234, il semble important de jeter un regard sur trois légendes qui alimentent, dans les châteaux et chaumières, les palabres merveilleuses et effrayantes des conteurs, durant les veillées et réunions laïcs et religieuses.

(11°) Les Légendes, les Saints et les superstitions

(111°) Les légendes :

La légende du purgatoire
    Cette légende, qui date du XII e siècle, affirme que certaines personnes sont aller visité le purgatoire et en sont revenues. Ce purgatoire est celui de Saint Patrice (ou Saint Patrick) et il a son entrée sur une île du  lac « Derg » en Irlande. En ce temps là, les gens viennent de partout pour voir cette entrée.
    Voici le récit des faits qui ont créé cette légende !
    Un jour, Jésus conduit  Saint Patrice dans une grande fosse très sombre et le laisse seul en ce lieu pendant un jour et une nuit. Au terme de ce temps, Saint Patrice ressort de cet endroit lavé de tous les péchés qu'il a nommés de sa parole.
    En remerciement de cette grâce, il fait élever en ce site, une église et un monastère de l'ordre de Saint Augustin.
    Certains fidèles, que la curiosité démange, veulent y aller voir de plus près.
    Les uns ressortent du lieu et font de leurs visites des récits incroyables, si incroyables que tout le monde les croit.
    D'autres n'en ressortent jamais.
    Un jour, un chevalier anglais du nom de « Owen », accablé par sa vie de pécheur, décide de s'alléger de ce poids en descendant dans le purgatoire de Saint Patrice. Après s'être préparé à cette épreuve par un jeune de quinze jours, puis après avoir reçu la communion, l'extrême onction  et célébré ses funérailles, il descend en chemise dans le trou noir qui mène au purgatoire.
    Une lueur laiteuse venue de nulle part l'enveloppe alors et lui permet de voir qu'il se trouve dans une grotte pleine de colonnes et d'arches.
    A peine a-t-il fini sa contemplation, que lui apparaît douze hommes vêtus de blanc venus pour l'avertir qu'il doit s'attendre à voir des diables et des fantômes qui lui feront subir mille tourments et mille douleurs auxquels jamais personne ne survie sauf, en invoquant Dieu pour lui demander secours et charité.
    Soudain l'obscurité totale envahie la grotte et les démons annoncés - dans d'hideux ricanements - s'emparent du pauvre chevalier et lui font subir tortures et douleurs au milieu d'autres pauvres bougres hommes et femmes dénudés expiant dans d'atroce souffrances les péchés de leur vie.
    Après ces tourments, les démons entraînent le chevalier au plus profond de la fosse jusqu'à la porte de l'enfer là où les douleurs des supplices qu'il endure se font insupportables, là où les âmes ressentent les brûlures les plus vives causées par les feux sataniques.
    Alors qu'il va lui aussi sombré dans les charbons ardents, dans un dernier sursaut de conscience, il appelle Dieu à son secours et lui demande de lui pardonner tous les péchés qu'il a commis.
    Immédiatement la vision des enfers s'estompe pour être remplacée par celle du paradis terrestre, celui là même où vécurent Adam et Eve avant qu'ils n'aient croqué la pomme interdite.
    Plus loin encore, dans la direction que lui indiquent deux archevêques, il aperçoit là, le paradis céleste et sa porte de lumière où vivent autour de Dieu les anges et les âmes pure des hommes de bien.
    A son retour dans ce monde des hommes, le chevalier raconte à tous son extraordinaire voyage au travers du purgatoire de Saint Patrice et sa sublime vision des deux paradis, l'un terrestre et l'autre céleste.         Aussitôt l'église - que ce récit caresse dans le sens du poil - déclare cette histoire du chevalier « Owen » authentique et affirme que tels sont le purgatoire et les deux paradis.
    Et afin que nul ne puisse remettre en doute cette affirmation, l'église fait murer le trou d'accès au purgatoire de Saint Patrice afin que, pour le bien de tous et aussi du sien, personne ne puisse jamais aller y voir de plus près.
    Ainsi, pendant des siècles, des pèlerins vinrent en cette île de Dreg pour approcher au plus près, moyennant pécunes (argent) baillées aux moines gardiens, le lieu où les âmes humaines sont, dans la souffrance, punies puis pardonnées de leurs manquement d'obéissance à la loi divine.

La légende du juif errant
    Cette légende est propagée au début du XIII e siècle par les croisés qui reviennent des premières croisades. Ces vétérans  combattants de la terre sainte racontent une bien étrange histoire celle d'un juif errant à longue barbe blanche se faisant appeler Joseph. Cet homme traverse sans cesse, tous les pays connu en ce monde sans jamais faire halte nul part. Paisible et bon, il marche le regard baissé sans adresser la parole à quiconque.    
    Cette histoire se recoupe avec celle racontée par un archevêque Arménien aux moines de l'abbaye de Saint Albans en Bretagne qui s'empressent de la conter à leur tour.
    Dès que cette histoire se répand dans le royaume de France, on vit « Joseph » dans toutes les campagnes et toutes les villes et les cités du royaume.
    Voici le récit de cette légende !
    Joseph, avant d'être un juif errant, était le portier du prétoire de « Ponce Pilate », il s'appelait alors « Cartaphilus ».
    Quand Jésus - après être interrogé une dernière fois et qu'il eut entendu la sentence - est emmené pour être crucifié, il s'arrête à la porte du prétoire pour souffler un peu, fatigué et affligé par les tortures que ses gardiens lui ont fait subir.
    C'est alors que « Cartaphilus » pour le faire avancer, lui donne un violent coup de poing dans le dos tout en lui criant « va donc plus vite Jésus, Jésus va ! Pourquoi t'arrêtes tu ? »
    Jésus se tourne alors vers lui et gravement lui dit : « Je vais, et toi tu attendras que je sois venu ! ». « Cartaphilus » avait alors trente ans.
    Depuis ce temps, chaque fois que « Cartaphilus » atteint l'age de cent ans, il rajeunit afin d'attendre le retour sur terre du fils de Dieu.
    Ainsi, 1200 ans après que le Christ ait prononcé ces paroles, Joseph alias « Cartaphilus » erre de par le monde dans l'attente du retour de Jésus sur la terre.
    Cette légende, donnant une résonance particulière à la passion du Christ, fut elle aussi attestée d'authenticité par l'église. Ne venait-elle pas de bouche même d'un archevêque fut-il Arménien, ne venait-elle pas aussi des dires de chevaliers qui avaient versés leur sang pour délivrer le tombeau du Christ. Enfin, n'était-elle pas contée par ces bons moines de Saint Albans qui ne pouvaient en aucun cas propager une histoire non fondée sur la vérité.

La légende du « Prêtre Jehan » (Johannes Presbyter)
    Aux dire des voyageurs médiévaux, il existait en Inde ou en Abyssinie un roi et pontife, mi-chrétien, mi- juif qui répondait au nom de « Prêtre Jehan ». Il régnait sur un immense royaume où Dieu y avait lui même rassemblé d'innombrables merveilles.
    Le premier à conté l'histoire du « Prêtre Jehan » est là aussi un évêque Arménien. Il dit qu'en ce royaume, le roi est immortel et vit dans un palais construit de cristal dont le toit est couvert de pierres précieuses et soutenu par des colonnes d'or massif. Il dit encore que près de ce palais, jaillit la source de jouvence et y pousse l'arbre de vie qui produit la saint chrême (la sainte huile) d'onction. Il affirme encore qu'en ce royaume, il suffit de penser à manger pour que le plat auquel on pense et qu'on désire apparaisse par la grâce du Saint Esprit. Mais il prévient également que le péché de luxure est puni par le bûché et que le mensonge est lui puni par la hard (étranglement).
    Cette légende ne fut pas, elle non plus, condamnée par l'église qui y voyait une description du paradis auquel tous se doivent d'accéder afin d'y vivre éternellement.
    Cette légende arriva même jusqu'aux oreilles du Pape qui n'y trouva rien à redire.
    Alors comme « qui ne dit rien consent », le bon peuple fut persuadé que ce que racontait cette légende était vrai, et qu'il était bien utile de souffrir en cette vie terrestre si cela permettait d'atteindre et de vivre en ce royaume merveilleux.
    Voilà pour ce qui est des légendes qui habitent l'imaginaire de l'homme du Moyen Âge ! Elles lui font entrevoir comme réel ce qui n'est que supposé, et lui donne des compensations féeriques et lumineuses pouvant  justifier à ses yeux, la dureté et l'âpreté de la vie en ce bas monde.
    Ainsi ces merveilleuses histoires étaient contées pour lui donner « envie de … » et les horribles récits étaient narrés pour qu'il ai « peur de… » Afin qu'au final, il soit un homme obéissant et docile.

(1V°) Les Saints
    En ce qui concerne la vie quotidienne de cet homme médiéval, elle est ponctuée par l'intervention des Saints qui sont tous utiles à quelque chose.
    En voici quelques exemples :
        - Saint Aignan et saint Saintin guérissent la teigne et la gale. Mais on peut aussi se rouler nu dans un champ d'avoine ou arracher une poignée d'avoine en grappe et la laisser sécher sur une haie.
        - Saint Andrieu, saint Antoine, saint Firmin, Saint Germain, saint Messsent, saint Verain, sainte Geneviève font merveille pour combattre l'érysipèle et le scorbut.
        - Sainte Apolline et saint Médard de sont pas mal du tout pour apaiser le mal de dents. Mais on peut aussi toucher les dents avec une dent de mort ou planter un clou dans une muraille ou encore demander trois aumônes en l'honneur de saint Laurent.
        - Saint Avertin, saint Leu, saint Loup, saint Jean, saint Mathieu, saint Nazaire, saint Valentin et saint Victor sont très compétents pour remédier à l'épilepsie. Mais on peut aussi attacher un clou de crucifix au bras du souffrant ou lui faire porter un anneau d'argent ou une médaille gravée des noms des trois rois mages Gaspard, Melchior, Balthazar.
        - Saint Christophe, saint Eloi, et saint Julien font des prodiges pour adoucir les maux de gorge. Mais on peut aussi attacher une branche de prunier dans la cheminée ou appliquer un socle de charrue au creux de l'estomac.
        - Sainte Claire est la seule à pouvoir remédier aux maladies des yeux.
        - Sainte Eutrope est sans pareil pour guérir l'hydropisie. On peut aussi courir en zigzag dans une église.
        - Saint genou est compétent pour lutter contre la goutte. Mais on peut aussi faire frapper trois coups le marteau de moulin par le meunier en disant « in nomine Patris etc. ».
        - Saint Ladre lui n'a pas son pareil pour combattre la lèpre.
    - Sainte Pétronille fait disparaître la fièvre. Mais aussi on peut s'abstenir de manger de la chair et des œufs à Pâques et aux fêtes solennelles ou dérober un chou dans un jardin et le mettre à sécher à la crémaillère ou encore porter en amulette un os de mort. On peut aussi enfermer une grenouille verte dans un sachet et l'attacher au cou du souffrant ou manger la première pâquerette que l'on rencontre ou encore recevoir la bénédiction en trois paroisses différentes. On peut aussi chercher - tout en disant son chapelet - une tige de bouillon blanc et la jeter aux vents ou passer à travers la fente d'un arbre ou boire un seau d'eau après qu'un cheval y ai bu ou encore passer entre la croix et la bannière de la paroisse pendant une procession. Enfin, on peut aussi boire de l'eau bénite la veille de Pâques ou de la Pentecôte ou s'entortiller le bras ou le cou avec les ourlets d'un linceul ou encore boire trois fois dans un pot neuf de l'eau puisée à trois puits et mêlée ensemble.
        - Saint Quentin  apaise la toux. Mais on peut aussi cracher dans la gueule d'une grenouille vivante.
        - Saint Roch et saint Sébastien lutent eux contre la peste.
        - Saint René est compétent pour ôter les douleurs rénales.
        - Si on veut de la pluie il faut la demander à sainte Geneviève qui la aussi compétente.
      - Si on veut des enfants, c'est à saint Grélichon et à saint Guignolet qu'il faut demander.

(V°) Les superstitions :
    Enfin, des pratiques superstitieuses s'attachent à cette quotidienneté médiévale et se transmettent naturellement d'une génération à l'autre.     En voici quelques unes :
        - On protège les moissons en dressant des croix et des pieux dans les champs en prononçant de pieuses formules.
        - On enterre un cheval, un bœuf ou tout autre animal, les pieds en l'air, à l'entrée de l'écurie ou de l'étable pour conjurer la mort et éviter qu'elle ne s'introduise en ces lieux.
        - On fait semer le persil par un fou ou un enfant, car ces semailles portent malheur à tout autre semeur.
        - On commence un labour qu'après avoir trois fois promené, un cierge allumé, du pain et de l'avoine autour de la charrue.
        - On couvre d'un voile noir les ruches à miel, lors de la mort de leur maître, afin que les abeilles ne meurent pas à leur tour.
        - On n'achète pas un essaim d'abeille ou une ruche habitée avec de l'argent, mais on l'échange contre autre chose si on veut que cet essaim ou que cette ruche prospère.
        - On jette des cordes nouées de plusieurs nœuds sur la fosse d'un trépassé, afin que ce dernier s'il n'est pas mort, puisse remonter en ce monde.
        - On ne mange pas la chair d'un animal qui n'est pas tué avec le fer.
        - On fait sortir à reculons de l'étable, le veau que l'on sépare de sa mère, afin qu'il n'ai pas l'ennui de cette dernière.
        - On met une pièce de monnaie dans la main droite d'un mort avant de l'ensevelir, afin qu'il fut mieux reçu dans l'autre monde.
         - On combat la peur en fichant des épingles dans le soulier d'un mort ou en portant sur soit une dent ou un œil de loup.
        - On se protège et soigne les engelures en plongeant ses mains dans le fumier le dernier jour de mai.
        - On lutte contre les maux de tête en se serrant les tempes avec une corde de pendu.
        - On combat les chancres en soufflant à jeun, par trois fois, dans la bouche du souffrant
        - On enlève les verrues en les frottant avec de la bourre ou avec du genêt ou encore en enveloppant trois pois chiches ou trois cailloux dans un linge et le jeter derrière soit dans un chemin.
    Donc, dans le mental de l'homme et la femme médiévales, toutes les actions quotidiennes sont pesées et évaluées en fonction de leurs compatibilités avec les pratiques traditionnelles ancestrales d'une part et leurs conformités avec les pratiques et les dogmes de l'église catholique d'autre part.
    Pour eux, les croyances fussent-elles chrétiennes saupoudrées d'une bonne dose de paganisme, ont la place que la science peut avoir dans la société d'aujourd'hui. C'est à dire celle de détenir le monopole de la vérité.
    Si de nos jours, pour nous, la vérité incontestable est que la peste et la lèpre sont dus à des bacilles, pour eux, ces maladies sont envoyer par Dieu pour les mettre à l'épreuve ou pour les punir de leur manque de piété. Tout comme, pour nous, il est d'une évidente vérité que  la pluie, la neige, la sécheresse sont les expressions de phénomènes climatiques explicables ; pour eux, seul Dieu possédait la puissance capable de commander aux éléments.
    Lorsqu'on lit un texte du Moyen-Âge, il faut bien avoir conscience que ce qui peut nous paraître exagéré ou de l'ordre de la fabulation voire de la crédulité, n'est à cette époque que la transcription de la réalité.
    Ressortir d'un document médiéval l'objet de l'écrit, c'est d'abord de séparer, avec beaucoup de délicatesse, ce qui est de l'ordre de l'imaginatif et ce qui de l'ordre du réel.
    Au terme de cette description du mysticisme médiéval, on peut penser que de nos jours tout ceci est bien fini. Que la science, le progrès et nos esprits cartésiens adeptes du pragmatisme ont à jamais ôté de nos cerveaux ces enluminures psychiques qu'une ferveur religieuse extrême, mélangée à des croyances venant du fond des temps, transformaient à cette époque en véritables visions psychédéliques. Ou qu'en tout cas, elles n'influencent plus nos décisions et nos actions.
    Et bien, ce n'est pas si sur !
    Bon nombres de croyances ancestrales médiévales, considérées aujourd'hui comme « déraisonnables », ont traversées les siècles. Nous en avons perdu les origines et les significations, mais nous continuons à les pratiquer.
    A titre d'exemple, au Moyen-Âge, pour que « le nœud de l'aiguillette » ne survienne pas lors de la nuit de noce, on apportait en grande cérémonie aux époux lors du début de leur première nuit « le chaudeau » sorte de soupe ou de bouillon  ou encore de pâté ou fricassée qui après ingestion  des intéressés, étaient censés produire «un échauffement capable de tenir moult temps eux-mêmes et leurs sens en éveil, afin que le démon noueur d'aiguillette ne puisse venir œuvrer à sa triste besogne ».
    Aujourd'hui, la tradition veut que l'on aille réveiller les nouveaux mariés en leur apportant dans un pot -qui ne peut être que de chambre- une mixture la moins ragoûtante possible qu'ils doivent ingurgiter. Hors la joie que cela procure aux noceurs, peut d'entre eux savent le tenant et l'aboutissant d'une telle tradition.


XII) - La communication et l'information en
ces temps médiévaux.

    Une autre réalité est à retenir si nous voulons avoir une approche assez juste de la société médiévale : ce sont les moyens de communication et d'information de cette époque.
    Pour faire savoir quelque chose à quelqu'un, il n'y à que deux moyens : « l'oralité » et « l'écrit ».

(1°) L'oralité
    Dans «  l'oralité », l'homme médiéval a deux possibilités de communiquer :
    - La première, c'est d'aller dire lui-même cette chose à ce quelqu'un. C'est « l'oralité directe ».
    - La seconde, c'est de faire dire, par une tiers personne, cette chose à ce quelqu'un. C'est  « l'oralité indirecte ».
    Sachant que pour la population servile, ainsi que pour ceux qui tiennent une terre servile, le déplacement d'un fief à un autre n'est possible que seulement après l'autorisation très souvent refusée du seigneur à qui on appartient ou à qui la terre appartient, cela limite fortement « l'oralité directe ».
    C'est donc très majoritairement, « l'oralité indirecte » qui est utilisée avec ce que ça comporte comme risque de déformation de la chose à dire. Et connaissant l'imaginatif mystique débordant de l'époque qui vient d'être décrit au chapitre précédant, il est à peu près certain que cette déformation de l'information est lieu.
    L'oralité directe » est donc l'apanage des nobles, des gens d'église et de certains bourgeois dont les déplacements d'un lieu à un autre sont libres et sans entrave.

(11°) L'écrit
    Avec l'écrit, l'homme médiéval a là aussi deux possibilités de communiquer :
    - Soit il écrit lui même l'événement à faire savoir à l'autre, ce qui sous-entend alors qu'il sait aussi lire. C'est « l'écrit direct ».
    - Soit il fait écrire par une tiers personne cet événement à faire savoir à cet autre. C'est « l'écrit indirect ».
    Ce qui suppose que s'il n'écrit pas lui-même c'est :
    - Soit parce qu'il ne sait pas écrire donc lire.
    - Soit parce qu'il dispose d'un secrétaire pour faire à sa place cette besogne
    Dans le premier cas il ne contrôlera pas l'information qu'il veut communiquer. Cette dernière devenant tributaire de celui qui va l'écrire. Et là aussi le risque de déformation de l'information - pour les mêmes raisons que pour l'oralité – sont presque inévitables.
    Dans le second cas, il pourra contrôler l'exactitude de la transcription de l'information qu'il veut communiquer.
    Mais si le message écrit à transmettre peut être déformé lors de son émission, il en est de même lors de sa réception.
    - Soit il arrive à son destinataire, lettré  dans ce cas il n'y a pas de déformation.       
    - Soit il arrive à son destinataire illettré qui pour en prendre connaissance, est obliger de faire appel à un lecteur, dans ce cas le risque de déformation est existant.
    L'écrit indirect est donc le lot du petit peuple médiéval qui dans sa majorité, avec certains de la petite bourgeois et certains de la petite noblesse, ne savent ni lire ni écrire.
    Seuls les gens d'église, la grande noblesse et la grande bourgeoisie bénéficie de l'écrit direct qui est garant d'une information exacte.
    S'il en est ainsi de l'écrit direct pour l'information des événements, il en est tout autrement des récits de grands événements passés et des biographies des grands hommes de l'époque qui eux s'enveloppent de cet imaginatif mystique voire féérique qui se veut enjoliver la réalité.
    Quoiqu'il en soit, le délai entre l'envoi et la réception d'un message oral ou écrit est dépendant du temps que met le messager à parcourir la distance qui sépare l'envoyeur du destinataire et de la qualité du messager.
    Dans le cas d'un message oral, la déperdition de son contenu et aussi tributaire de la mémoire de celui qui le transporte. Plus le temps de transmission est long et plus le contenu du message oral à des chances de s'éroder et peut-être de perdre l'essence même de son contenu.
    Dans le cas d'un message écrit, si le messager est un homme de métier, le message sera acheminé dans un délai qui correspondra uniquement au temps de voyage. Si le messager est un marchand ou un colporteur qui doit s'arrêter souvent pour son commerce, le délai risque d'être fortement allonger.
    Bref, pour résumer, au Moyen Âge, l'information la plus rapide et la plus exacte possible est celle qui circule entre la grande noblesse, les gens d'église et la haute bourgeoisie.
Les autres gens doivent se contenter d'une information dont l'exactitude est souvent approximative et qui leur parvient dans des délais qui peuvent être de plusieurs mois.


 XIII) - Relations humaines et sociales en ces temps médiévaux

    Si aujourd'hui, il nous est facile de mémoriser le visage et le physique du président de la République, des différents ministres du gouvernement, de députés,de sénateurs, de conseillers régionaux et généraux c'est parce que les médias audio-visuels nous transmettent presque sans interruption leurs images et leurs discours.
    Mais au Moyen Âge, rien de cela n'existe.
    Le « vilain » qui ne peut pas quitter le territoire du fief, ne connaît que ses voisins proches, celui qui est un peu responsable du village, son curé, le régisseur du seigneur dont sa terre dépend.  Et peut-être, avec un peu de chance, à t'il vu de ses yeux le seigneur lui-même et sa famille. Son  cercle relationnel s'arrête là.
    Il sait peut-être que son seigneur est le vassal d'un comte ou d'un duc qu'il a peu de chance de rencontrer.
    Il sait peut-être aussi que son curé dépend de l'évêque du diocèse qu'il verra peut-être un jour.
    Il sait que le roi - qu'il appelle « notre gentil sir » - existe bien, mais il ne le verra certainement jamais et la seule représentation qu'il en a est celle qu'il peut s'en faire par les récits des prouesses royales souvent guerrières qu'il entend de ça de là ou à partir de l'effigie du souverain sur la face d'une pièce de monnaie qu'on lui a montré.
    Son univers relationnel est donc tout aussi restreint que son univers géographique.
    Pour l'habitant d'une cité ce cercle relationnel est plus étendu. La concentration de population que représente une ville en est une des raisons principales. Il faut toute fois y ajouter les libertés de mouvements et de déplacements du citadin qui sont incontestablement  les autres facteurs essentiels de cette expansion relationnelle.
    Cet habitant citadin connaît d'abord son curé, puis ses voisins de quartier qui sont aussi souvent de la même corporation que lui.
    Il connaît ensuite les échevins, les magistrats de sa cité, le prévôt et le bailli.
    Il voit fréquemment la famille seigneuriale de sa cité, puis aussi les grands ecclésiastiques attachés aux églises et abbayes  internes et externes de la ville.
    Bien que partielle, il a une plus large et plus complète représentation du monde que celle du paysan. Cela est dû en particulier, d'une part à ce qu'il peut voir et apprendre lors de ses propres voyages, et d'autre part aux contacts directs et indirects qu'il peut avoir, dans sa cité, avec toutes sortes de voyageurs. Ces visiteurs qu'ils soient pèlerins, négociants étrangers ou même gens de guerre, ont dans leurs besaces plein de récits décrivant les territoires de France et ceux des autres pays allant au delà des mers jusqu'en orient.
    Quoiqu'il a lui aussi peut de chance d'approcher le roi, ce dernier est moins éloigné de lui qu'il ne l'est pour le « Vilain ». Le prévôt qu'il connaît en parle et fait lire sur la place publique les ordonnances royales. Les soldats de passage, qui ont guerroyé avec le souverain, le décrivent avec assez de précision pour qu'une représentation mentale puisse se cristalliser.
    Le champ relationnel du citadin médiéval, qu'il soit modeste habitant de la cité ou bourgeois, ou même petit seigneur, est donc proportionnel à l'étendue de sa vision du monde qui rarement va au delà de la province et au mieux du royaume.
    Les membres de la haute noblesse et les grands prélats de l'église ont eux une perception du monde bien plus complète et un champ relationnel bien plus étendu, mais que limite indirectement son élitisme.     Le relationnel des grands féodaux et prélats s'alimente exclusivement des rencontres nécessaires à leurs ambitions d'expansions politiques et territoriales. Ils se connaissent tous et se rencontrent fréquemment. Ils se lient d'amitiés souvent pour des raisons d'intérêts ou se querellent aussi pour les mêmes motifs. Pour eux le roi, qu'ils connaissent et qu'ils approchent sans difficulté est une réalité, une incarnation du pouvoir et du royaume de France. Mais plus ils sont proches de la sphère décisionnelle royale, plus ils s'éloignent des gens du peuple et de leurs préoccupations quotidiennes, au point d'en faire totalement abstraction. Le peuple est pour eux, un moyen d'action et non une raison d'agir.
Le relationnel des « grands  seigneurs et prélats est donc celui assez restreint de l'élitisme et il est inversement proportionnel à l'étendue de leurs connaissances du monde de cette époque.


XIV) - Connaissances scientifiques techniques, littéraires et artistiques en ces temps médiévaux

    Sauf pour l'architecture, cette époque moyenâgeuse est plutôt une période de latence. Les bases d'une évolution progressive –dues en grande majorité aux savants arabes, grecs et romains sont bien là et constituent un corpus utilisable assez universel.

(1°) Sciences et techniques.
    Concernant les sciences et les techniques, le Moyen-Âge dispose des écrits et des avancées arabo-gréco-romaines, parmi lesquels on peut citer :
    - Au troisième siècle avant J.C.
Les « Eléments » d' « Euclide » synthétisent les connaissances géométriques grecques.
«Archylas» semble vouloir rapprocher l'enseignement du « Trivium » (grammaire, dialectique, rhétorique) avec celui du « Quadrivium » (arithmétique, géométrie, astronomie et musique).
    - Au premier siècle après J.C. :
« Pline l'Ancien » avait écrit son « histoire naturelle ».
« Héron d'Alexandrie » grand mathématicien et mécanicien avait inventé diverses machines dont sa fameuse fontaine de Héron.
Le médecin grec « Diocoride » avait établi en cinq livres, un traité de pharmacologie à partir des plantes médicinales.
    - Au deuxième siècle :
« Galien », lui aussi médecin grec, écrit plusieurs traités médicaux .
 « Claude Ptolémée » astronome mathématicien et géographe grec avait élaboré un ouvrage sur la cosmologie géocentrique « Géographie » .
    - Au cinquième siècle :
«Cassiodore» reprend les travaux d'« Archylas » et actualise les enseignements du « Quadrivium » et du « Trivium ». Il est suivit dans cette démarche par « Martianus Capella », puis par « Boéce ».
    - Au sixième siécle « Béde le vénérable » introduit dans le monde chrétien, comme référence de l'instruction, l'enseignement des sept arts ou sciences (grammaire, dialectique, rhétorique, arithmétique, géométrie, astronomie et musique).
    - Au huitième siècle :
« Alcuin » introduit et développe l'enseignement des sept Arts ou Sciences dans les écoles de Charlemagne.
    L'évolution purement moyenâgeuses des sciences et techniques se constate par :
    - Les premières léproseries qui apparaissent en France vers 570. 
    - La première école de médecine qui est fondée à Salerne en Italie vers 750.
    - En Allemagne, l'abbé de Fulda « Raban Maur » écrit de 842 à 847 son Encyclopédie « De rerum naturis ».
    - Et, dans ce même temps (845 – 870) en Irlande le moine « Jehan Scot Erigène » s'emploie à généraliser le système planétaire héliocentrique d' « Héraclide ».
    - En 970,  « Gerbert d'Aurillac introduit les chiffre arabes et l'abaque (boulier compteur) et œuvre à leur propagation.
    - Au début du XI e siècle, après avoir restauré l'enseignement de la médecine grecque, le médecin d'origine tunisienne « Constantin l'Africain » traduit en latin les version arabes de la majeur partie des traités de médecine de l'époque.
    - Au début du XII e siècle le philosophe et médecin arabe « Averrès » grand adepte des enseignements d' « Aristote » publie « le Traité universel de la médecine ».
    - A cette même époque, le juif « Savasorda de Barcelone » est l'auteur du traité d'arpentage consacré aux  calculs des surfaces. Cet ouvrage est le premier à traiter des équations du second degré.
    - Au début XIII e siècle « Albert le Grand » philosophe Allemand publie divers traités concernant la chimie, la botanique et la géologie.
- En 1202 le mathématicien italien « Leonardo Fibonacci » dit « léonard de Pise » publie son livre « Liber abbaci » (livre de l'abaque) traitant de l'arithmétique et de l'algèbre.
    - D'avant 1244, jusqu'en 1258 le Dominicain français « Vincent de Beauvais » travaille à une œuvre qui rassemble l'histoire de monde depuis la création jusqu'au au XIII e siècle et dont le titre est « Speculum majus » (grand miroir). Cette œuvre considérable de plus de 10 000 chapitre qui sont répartis en 80 livres se divise en trois parties distinctes :
    - Le « Speculum naturale » (miroir naturel) qui recueille les connaissances de l'époque en science naturelle.
    - Le « Speculum doctrinale » qui rassemble les connaissances de l'époque sur les arts et le savoir humain.
    - Le « Speculum historiale » qui retrace l'histoire des hommes de l'origine jusqu'au XIII e siècle, avec son prolongement prévu jusqu'en 2376 siècle. Il sera complété sans relâche jusqu'à la fin du XV e siècle.
    En chimie, appelée « Alchimie » au Moyen-Âge,  les avancées, pour l'essentiel minérales, sont timides. A cela, une raison majeur freine son évolution, l'opposition de l'Eglise.
    En effet l'Eglise de cette époque juge  qu'il y a sorcellerie, chaque fois qu'une découverte met en cause « l'ordre naturel et spirituel de Dieu »
    Les alchimistes médiévaux ne voulant pas allumer eux-mêmes les bûchés qui pouvaient les brûler, se gardaient bien de mettre par écrit les découvertes qu'ils faisaient.
    Toutefois, on identifie une constance dans leurs pratiques. Par exemple celle de l'alliance entre le principe mâle et le principe femelle dont découle aussi l'alliance de l'actif avec le passif.
    Le secret espoir de l'alchimiste c'est bien sur transformer le métal ordinaire en métal précieux. Et comme à cette époque seule l'apparence des choses permettait de les identifier, car la composition moléculaire interne étant pour eux inconcevable, il y eu quelques succès.
    Certains alchimiste obtiennent  ce qu'ils crurent être de l'argent en mélangeant de l'arsenic (principe actif – agent mâle) au cuivre (principe passif – agent femelle) ce qui produit un métal d'aspect blanchâtre approchant de celui de l'argent.
    A part cela, ils savent obtenir le bismuth, le foie de souffre (soufre mou), l'antimoine, l'alcali volatil fluor (ammoniaque).
    Ils volatilisent le vif argent (mercure).
    Ils distillent l'alcool.
    Ils obtiennent l'acide sulfurique par sublimation du soufre.
    Ils préparent « l'eau régale » (acide chlorhydrique + acide nitrique).      Ils savent préparer différentes sortes d'éther.

(11°) Littérature
    Concernant la littérature, le Moyen-Âge dispose des œuvres littéraires gréco-romaines, parmi lesquels on peut citer :
    De l'école grecque.
    - Les œuvres poétiques d « Homère »  notamment « l'Iliade » et l'Odyssée » qui sont parues vers 850 avant J. C.
    - Celles d' « Hésiode » avec « Théogonie » ou généalogie des Dieux et « Les Travaux et les Jours » écrit vers 800 et 750 avant J. C.
    - Les « fables » de « Esope » et les poèmes de « Sappho » écrits vers 600 avant J. C.
    - Les « Odes » du poète grec « Anacréon » VI e siècle avant J. C.
    - Les « Épinicies » ou « Odes triomphales », poésies lyriques de « Pindare » . V e siècle. avant J.-C.
    - « Les Perses » tragédie écrite par « Eschyle » vers 472 avant J. C ; puis  la trilogie « Orestie » (« Agamemnon », « Les Choéphores », « Les Euménides ») vers 458 avant J. C.
    - Les œuvres de « Euridipe » avec « Médée » en 431 avant J. C. et « Hippolyte » en 428 avant J. C. ; « Iphigénie à Aulis » et « Les Bacchantes » en 405 avant J. C.
    - Les tragédies de « Sophocle » avec « Antigone » en 442 avant J. C. ; « Oedipe Roi » en 425 avant J. C. ; « Electre » en 415 avant J. C.
    - Les comédie d'« Aristophane » avec « Les Nuées » en 423 ; « Les Guêpes » en 422 ; « Les Oiseaux » en 414 ; «  Lysistrata » en 411 ; « Les Grenouilles » en 405 .
    - Les œuvres d' « Aristote » avec « Métaphysique » et « La Poétique »au IV e siècle avant J. C.
    - Celles de « Platon » avec « Le Banquet » écrit au IV e siècle avant J. C.
    - Celles de « Théocrite » avec « Idylles »  écrit au III e siècle avant J. C. et de « Plaute » avec « Pseudolus » écrit en 191 avant J. C.
    - Enfin, les œuvres de « Plutarque » avec « Vies Parallèles » écrite à la fin du premier siècle après J. C. et de « Lucien de samosate » avec « Dialogues des Mortes » écrit au II e siècle
    De l'école latine on peut citer en autre :
    - Les comédies de « Térence » avec « L'Adrienne » écrite en 166 avant J. C. et « L'Eunuque » écrite en 161 avant J. C.
    - Les poésies de « Lucrèce »  avec « De Natura Rerum » au 1er siècle avant J. C.
- « Les Verrines » est écrit par « Cicéron » en 70 avant J. C. et le poète « Catulle » publie « Les Noces de Thétis et de Pelée ».
    - «  De Bello Gallico » (la guerre des gaules) que « Jules César » rédige au milieu du 1er siècle avant J. C.
    - Les poésies de « Virgile » avec « Les Bucoliques » écrit en 42 avant J. C. et « Enéide » écrit en 29 avant J. C.
    - « Les Satires » écrit par « Horace » en 35 avant J. C. et « Epîtres » écrit en 30 avant J. C.
    - « L'Art d'aimer » écrit par « Ovide » au 1er siècle après J. C. et « Les Métamorphoses » écrit de 2 à 8 après J. C.
- « Satiricon » écrit par le romancier « Pétrone » au 1er siècle après J. C.
    - Les « Lettres à Lucilius » rédigé par « Sénèque » en 63.
    - « Epigrammes » écrit par le poète « Martial de 80 à 102.
    - « L'Âne d'or » ou « les Métamorphoses écrit par « Apulée » au II e siècle.
    - « Les Anales »  rédigées  entre 115 et 117 par « Tacite » et « La Vies des douze Césars » écrit par « Suétone ».
    - Enfin « Ennéades » écrit en 247 par « Plotin » et « Le Code Théodosien » sur la demande de « Théodose II » empereur d'Orient en 438.
    L'évolution purement moyenâgeuse de la littérature se constate par les œuvres suivantes :
- C'est de 575 à 594 que « Grégoire de Tours » écrit  « l'Histoire des Francs ». Cette période voit en Gaule, la disparition du latin comme langue parlée.
    - En 881 est écrit le plus ancien poème connu en langue d'oïl : « Séquence de Sainte Eulalie ».
    - La moitié du XI e siècle voit paraître  le livre « Source de vie » écrit par d' « Avicébron ».
    - Vers 1065, c'est « La Chanson de Roland, chanson de geste française qui voit le jour.    
- Au début du XII e siècle « Avempace » écrit « Le Régime du solitaire.
- Un peu plus tard dans ce même siècle, c'est l'ouvrage intitulé «  Raoul de Cambrai » qui est écrit, c'est la chanson de geste, poème de la révolte féodale.
    - La deuxième moitié du XII e siècle  voit s'écrire un drame semi liturgique intitulé « jeu d'Adam » .
    - C'est en ces mêmes temps qu' « Averroès » écrit « L'incohérence de l'incohérence » ; « Chrétien de Troyes écrit son roman « Lancelot ou le Chevalier à la charrette » suivi vers 1177 d'un second roman qui a pour titre « Yvan ou le Chevalier au lion ».
- Fin du  XII e siècle le trouvère « Béroul » écrit la légende de « Tristan et Yseut ». « Chrétien de Troyes » écrit « Perceval ou le Conte du Graal » ; « Moïse Maimonide » achève un ouvrage qui a le titre de « Le Guide des égarés ».
    - Fin du XII e début du XIII e siècle, « les Assises de Jérusalem » recueille les coutumes en vigueur dans le royaume de Jérusalem et de Chypre.
    - Cette même période voit naître « Le Roman de Renart » qui rassemble en une seule œuvre les contes médiévaux.
    - Début du XIII e siècle l'Allemand « Johann Heinrich Füssli » écrit « La Chanson des Nibelungen ». Jehan Bodel est l'auteur d'une pièce intitulée « Jeu de saint Nicolas ».
    - Cette période voit naître « Huron de Bordeaux » chanson de geste français puis, un roman en prose mêlée de vers qui a pour titre «  Aucassin et Nicolette ». « Garin de Monglane écrit « Aimen de Narbonne ».
    - Puis paraît le livre qui emprunte le personnage central à « Chrétien de Troyes » intitulé « Lancelot du lac ».
    - Enfin, Guillaume de Lorris écrit la première partie du « Roman de la Rose ».
    - Dans le courant du XIII e siècle, « Jacques de Voragine » écrit un recueil de la vie des saints qu'il nomme « Légende dorée ».

(111°) Expressions artistiques
    Concernant l'expression artistique, là aussi, le Moyen-Âge fonde ses avancées évolutives à partir des aboutissements esthétiques grecs, romains et « barbares ».

(1V°) Art grec
    Des Grecs, cette époque médiévale hérite de leur théorie des proportions qui font d'eux les maîtres incontesté des représentations du corps humain. Le sculpteur « Phidias » qui a œuvré aux sculptures du grand temple d'Olympie et à qui on doit la colossale statue « Chryséléphantine », de « Zeus » aujourd'hui disparue ; ainsi que le sculpteur « Polyclète d'Argos » auteur de la statue « Doryphore » (porteur de lance) en sont, parmi d'autres, des exemples significatifs.
    L'art grec c'est aussi l'iconographie de ses céramiques qui s'inspire' de la mythologie et de la vie quotidienne. La mosaïque, la peinture murale, et le travail des métaux précieux font aussi partis des savoir faire artistiques des Grecs.
    En architecture c'est la colonnade et l'entablement (dorique, ionique, corinthien) qui restent les éléments principaux des constructions grecques. Toutefois certaines sépultures sont aussi utilisées comme supports artistiques.

(V°) Art étrusque
    De cet art, le Moyen Âge retiendra la stylisation des traits du visage dans la représentation humaine sculptée ou peinte, ainsi qu'une exceptionnelle maîtrise dans la confection de poteries et de bijoux.
    On ne connaît presque rien de l'architecture étrusque.

(V1°) Art romain
    Avec la diversité des monuments (arc de triomphe, arène, forum), l'architecture romaine et son statuaire, d'inspiration grec, apporte la connaissance de la voûte et de l'arc aux travaux architecturaux du Moyen Âge.
    La spécificité artistique romaine se manifeste d'une part dans les sépultures où on trouve des sarcophages de marbre décorés de bas reliefs inspirés de scènes mythologiques ; d'autre part dans la sculpture de bustes ; et enfin dans les mosaïques et les fresques.

(V11°) Art paléochrétien
    L'architecture des premières églises – décorée de fresques et de mosaïques - basée sur le plan basilical romain ainsi que les sarcophages sculptés de bas-reliefs représentant des scènes religieuses, vont fortement influencer les bâtisseurs et artisans du Moyen Âge.

(V111°) Art barbare dit aussi pré-mérovingien.
    De cet art dit « barbare », le Moyen Âge hérite d'une expression artistique qui s'exprime surtout dans la fabrication et la ciselure d'objets métalliques (boucles de ceintures, broches, armes) de motifs d'abord géométriques puis figuratifs.

(1X°) Art viking
    Le Moyen Âge s'inspirera de cet art scandinave pour ses représentations d'animaux fantastiques (dragon, chimère, licorne) dans son statuaire religieux (style Ringerike) et dans ces motifs d'entrelacés et de spirales (style Urnes).

    C'est à partir de ces héritages d'esthétique et d'harmonie que va s'élaborer et évoluer l'expression artistique et architecturale médiévale.     Cette évolution est effective à partir de trois styles ou arts principaux :
        - L'Art Mérovingien du Ve auVIIIe siècle.
        - L
'Art Carolingien du VIII e au X e siècle.
        - L'Art Roman  du XI e au XII e siècle.
    -L'Art Gothique du XIII e au XV e siècle (début de « la Renaissance »).

(X°) Art et architecture Mérovingiens.
    Le fondement de l'expression artistique Mérovingienne est donc l'art antique et plus précisément, l'art romain.
On retrouve dans l'architecture Mérovingienne l'appareillage harmonieux de la pierre et de la brique et des éléments décoratifs de bâtiments en terre cuite si chère aux romains (le baptistaire de Poitiers réédifié au VII e siècle). Les nombreuses basiliques, baptistaires, monastères et églises construits sous la dynastie Mérovingienne ont une frappante similitude, dans leurs formes, leurs ordonnances et leurs décorations (mosaïques, fresques murales) avec les grands monuments romains.
    De ce constat, il serait facile de dire – par ceux qui considère la descendance des barbares comme des être incultes -  que les Mérovingiens n'ont pas d'expression artistique qui leur est propre et que celle qu'ils utilisent est empruntée à l'ex empire romain. Mais ce serait allé un peu vite !
    C'est dans la sculpture des chapiteaux que s'identifie une certaine création purement Mérovingienne qui s'est développée surtout dans le Sud Ouest, aux pieds des Pyrénées. Tous les chapiteaux merveilleux qui ornent les basiliques d'Ile de France, du Centre et de Bourgogne construites à cette époque sont tous sculptés dans le marbre blancs des Pyrénées dans des ateliers se situant non loin des gisements de marbres. C'est encore dans ce marbre blanc des Pyrénées que sont ouvragés les sarcophages dits d'Aquitaine. On dénote dans la sculpture ornementale de ces sarcophages Mérovingiens des inspirations syriennes, orientales et égyptiennes Copte.
    L'art Copte a influencé fortement le décore du manuscrit qui est à l'origine de l'enluminure. C'est cette activité picturale qui donne vers 800, le "Sacramentaire de Gellone" qui est un fleuron de la Bibliothèque Nationale.
    Enfin on ne peut parler de l'art Mérovingien sans y inclure l'art du métal et de l'orfèvrerie cloisonnée et la damasquinure qui annonce déjà ce que sera la renaissance Carolingienne.

(X1°) Art et architecture Carolingiens
    L'expression artistique et architecturale propre à l'époque médiévale apparaît au début du Haut Moyen Âge avec l'émergence de l'Art Carolingien.
    L'architecture carolingienne se constitue d'une subtile reproduction de l'art romain et de l'art byzantin. En cela, le palais de Charlemagne à Aix la Chapelle témoigne de cette harmonie notamment la Chapelle palatine édifiée entre 774 et 794, qui est à la fois de disposition architecturale polygonale romaine et d'inspiration byzantine que révèle une  coupole octogonale. L'architecture carolingienne se spécifie dans ses monuments - presque essentiellement religieux - par l'existence de la contre abside, de tours et de flèches.
    L'art Carolingien se dévoile aussi par ses enluminures qui ornent les manuscrits de l'époque, ses émaux cloisonnés (« Alpais »), ses fresques presque naïves et ses œuvres d'orfèvrerie et de bijouterie.

(X11°) Art et architecture Romans
    L'art Roman rassemble les orientations architecturales et statuaires des ordres monastiques « Bénédictin » et « Cistercien » qui vont vers la simplification, le symbolisme voire l'abstraction. L'abbaye de « Sainte Foy » à Conques et l'église de « saint Sernin » à Toulouse  témoignent de ce dépouillement (sculpteur table d'autel Bernard Gilduin).
    Mais c'est sûrement la plus grande église de l'époque  « l'abbatiale de Cluny  » ( maîtres d'œuvre, abbé Mayeul pour Cluny I, abbé Odilon pour Cluny II et abbé Hugues pour Cluny III) qui confirme le mieux l'intégration de la sculpture comme partie intégrante de l'édifice  avec les décorations des chapiteaux et des colonnes ainsi que des arcs et des tympans.
    Cette architecture a permis de construire entre autre : l'Abbaye de Saint Michel de Cuxa fondée au IX e siècle ; l'abbatiale de Jumièges du milieu du XI e siècle ; la tour porche de l'abbatiale de Saint Benoît sur Loire vers 1025 (abbé Gauzelin) ; l'église Saint Etienne de Nevers construite entre 1070 et 1100 ; l'abbaye de Fontfroide fin XI e siècle ; l'église de Moissac fin XI e siècle ; l'abbaye de Fontevraud du XII e siècle ; l'abbaye de Fontenay en 1119 ; la Cathédrale Saint Lazare à Autun vers 1120 ; la façade et le chevet de l'abbatiale de Saint Denis (abbé Suger) ; l'église Notre Dame le Grande de Poitiers.
    L'Art Roman s'inscrit également dans les réalisations : d'enluminures de couleurs intenses à motifs figuratifs ou végétaux rehaussés de feuille d'or (le bible d'Etienne Harding) ; dans la peinture des fresques murales à thèmes religieux, comme à « Saint Savin » en Poitou; dans des émaux cloisonnés et à champlevés (Alpais)aux couleurs somptueuses ; dans des mosaïques ; et dans la fabrication d'objets de petite taille en bronze, en or ou en argent, comme des châsses, des reliquaires, des crucifix.

(X111°) Art et architecture gothiques
    L'Art Gothique est la pure expression moyenâgeuse qui trouve son aboutissement dans le gothique flamboyant.
    En architecture, cet art a permis de donner aux monuments une finesse et un élancement jusqu'à lors inégalé. C'est la parfaite maîtrise de l'utilisation de l'arc ogival, de la voûte sur croisée d'ogive et de l'arc-boutant, qui permet l'élévation de ces extraordinaires monuments Percées de grandes ouvertures par où entre la lumière.
    Si certaines demeures, hôtels et châteaux ont, dans leur construction, bénéficié des avancées architecturales du gothique, ce sont surtout les églises chapelles cathédrales et abbayes  qui en constituent la majorité des réalisations.
    Cette lumière, qui par ces hautes baies, entre à flot au cœur même des bâtiments, donne naissance au vitrail et à sa symbolique ou Dieu est lumière et les couleurs du verre sont les joyaux de la Jérusalem céleste.
    Les monuments témoins de cet art sont entre autre : les cathédrales Saint Etienne de Sens, Saint Maurice d'Angers, Notre Dame de Laon et Saint Pierre de Poitiers dont les construction débutent respectivement en 1130, 1140, 1160, 1166 ; l'actuelle cathédrale Notre Dame de Chartres dont la construction dure de 1194 à 1230 ; la cathédrale Saint Etienne de Bourges qui fut construite de 1195 à 1255 ; l'abbatiale Notre Dame de Reims dont la construction débute en 1210 sur les ruines laissées par l'incendie de l'église carolingienne (Jehan d'Orbais, Jehan le Loups, Gaucher de Reims et Bernard de Soisson ; La Merveille du Mont Saint Michel qui date du XIII e siècle ; la cathédrale Notre Dame de Paris 1160 à 1258 (Maurice de Sully,Jehan de Chelles, Pierre de Montreuil) ; la Sainte Chapelle de Paris dont la construction demandée par Saint Louis dure de 1239 à 1248 ; la cathédrale Notre Dame d'Amiens dont la construction dure de 1220 à 1279 (Robert de Luzarches, Thomas et Renaud de Cormont) ; la cathédrale Sainte Cécile d'Albi dont la construction commence en 1282 pour se finir en 1382
    L'art gothique c'est aussi les enluminures, miniatures et lettrines du « Psautier d'Ingeburge » 1200, la Bible du cardinale Maciejowski 1250, la bible de Souvigny, du Psautier de Saint Louis.
    C'est également les œuvres d'orfèvrerie de Nicolas de Verdun notamment « l'ambrons émaillé de Klosterneuburg  (Autriche) ».
    Dans le statuaire l'art gothique se signale dans les personnages représentés par des drapés dont les plis d'abord légers et nombreux deviendrons dans une seconde période plus lourd et moins importants, ainsi que par l'apparition d'un net culte de la vierge. Les autres motifs s'inspirent très souvent de la nature.

(X1V°) Appartenance des savoirs
    Quelles soient scientifiques, techniques, littéraires et artistiques, toutes ces connaissances sont concentrées dans les mains d'un petit nombre d'érudits qui appartiennent presque toujours :
- soit à l'église,
- soit à une petite partie de la grande noblesse et de la grande bourgeoisie,
- soit sur les plans purement esthétique et technique,  au grand artisanat tel qu'on l'entend au Moyen Âge. (pas de séparation entre l'art et l'artisanat)
    Ce sont les moines qui, dans les hospices, soignent les malade en se servant de leurs connaissances médicales qu'ils ont acquises pour une partie dans les livres romains et grecs et pour une autre partie, dans les traductions des précis médicaux arabes .
    Ce sont encore les moines dans leurs monastères qui copient et traduisent les manuscrits laissés par les auteurs antiques pour leur diffusion.
     Ce sont eux aussi qui copient et enluminent les œuvres écrites par les poètes, romanciers et chroniqueurs médiévaux.
    Ce sont souvent des abbés qui sont alchimistes, mathématiciens, géographes, astrologues et architectes.
    Ce sont eux aussi qui enseignent et qui sont précepteurs des enfants royaux et de ceux de la haute noblesse voire même de ceux de la haute bourgeoisie.
    Une exception cependant dans cette monopolisation ecclésiastique des savoirs, ce sont les barbiers qui sont chirurgiens.
    Le petit peuple et les petits bourgeois sont tenus éloignés du savoir et de l'instruction ce qui fait d'eux une multitude facile à manipuler, à tromper et à exploiter.
    Ils sont à cent lieues d'imaginer même, qu'il puisse avoir existé avant la venue du Christ, des hommes savants qui ont écrit et décrit tout ce qu'ils ont pu comprendre du monde de leur époque. Et que ceci, ajouté à cela, formaient déjà une grande masse de connaissances d'où pouvait partir de nouvelles découvertes, de nouvelles idées et de nouvelle théories capables un jour de remettre en cause les dogmes religieux, et les gouvernements autocratiques d'un roi, d'un seigneur ou d'un prélat.


XV) - La vie quotidienne des femmes et des hommes en ces temps médiévaux

    L'organisation politique médiévale est avant tout basée sur une structuration hiérarchique et pyramidale des classes sociales qui composent la société féodale, où chacune de ces classes est soumise à d'autres et où chacun de ses sujets est soumis à quelqu'un d'autre.
Ainsi le « vilain » et le bourgeois (sauf le bourgeois royal qui doit obéissance qu'au roi) sont totalement soumis à leur seigneur ; ce même seigneur (qui est un vavassal) est à son tour soumis à un seigneur plus important ; Ce grand seigneur (qui est un vassal) est  à son tour également soumis à un comte ou à un duc ; ce comte ou ce duc (qui sont des suzerains) doivent eux,  soumission au roi.
Seule l'Eglise catholique qui a sa propre organisation échappe à cet ordonnancement hiérarchique féodal. Ainsi ses membres ne peuvent ni être jugés ni contraints par l'autorité royale.
Les dignitaires ecclésiastiques, étant eux même seigneur d'église ne dépendent d'aucun seigneur de noblesse. Ce qui ne veut pas dire que le roi n'a pas autorité sur le bien fondé ou non des revendications des prélats.
Ainsi, par exemple, le roi Saint Louis s'opposa fermement aux évêques et archevêques du royaume de France, lorsque ces derniers voulurent rende l'absolution obligatoire, au terme une excommunication sous peine de confiscations à leurs profits, des biens des ex-excommuniés récalcitrants. L'autorité du roi fut elle dans cette affaire, qu'on entendit plus pendant longtemps l'église reparler de ce sujet.


XV1)- La généralité des conditions de vie

(1°) Environnement de la vie quotidienne
    La Vie et l'économie médiévales sont toutes entières tournées en premier lieu vers l'agriculture, puis vient ensuite le commerce. Cette société a donc une forte culture rurale.
    Cette agriculture dont les cycles d'assolement sont par ailleurs assez bien organisés (voir 2éme partie) ne possède des systèmes d'amendement et d'irrigation très rudimentaires.
    Cela a pour conséquence directe l'obtention de récoltes pauvres et du bétail difficile à nourrir que les épidémies, ainsi favorisées, déciment régulièrement.
    La vigne est cultivée partout, les élevages du mouton, du porc et des volailles sont très importants. Ils permettent un entretien des terres en jachères et des taillis.
    Les ruches font parties du paysage médiéval.
    La terre cultivable manque encore, mais le paysan est trop occupé à faire produire celle existante pour pouvoir consacrer de son temps au défrichage pourtant nécessaire à la satisfaction des besoins de nourriture de la population.
    Dans les champs sont cultivées des plantes oléagineuses. Le colza, le tournesol sont très répandus et tout comme l'olivier dans le midi, les huiles qui en sont extraites sont précieuses pour l'éclairage et la conservation. 
    L'importance du bétail est primordiale dans la société moyenâgeuse.     - C'est d'abord autre que la force de l'homme, de l'eau et du vent, l'une des plus importante force motrice de l'époque. Le cheval, le mulet, l'âne, le bœuf sont les seules forces de traction possibles avec lesquels on laboure, herse, roule  transporte, tire, traîne.
    - C'est ensuite, au pire aller, et seulement en cas de grande famine,une source de nourriture.
    - C'est enfin vivant ou mort, une source importante de matières premières. On fait du mortier avec le sang de bœuf. La laines des mouton, les peau de bêtes, les boyaux, les nerfs, la corne, la graisse sont employés à des usages domestiques quotidiens et sont des matière de première nécessité.
    - La laine qu'on a filée, le lin et le chanvre servent au tissage.
    - Le tissu obtenu est long à fabriquer et coûte très cher.
    - Les vêtements fabriqués avec ces tissus sont solide au point de durée toute une vie et être transmit à l'autre génération.
    - On se lave avec des cendres et rarement.
    - On s 'éclaire au suif, au bois trempés dans la résine, à l'huile et à la cire.
    - On se lève et on se couche avec le soleil.
    - Le gibier est très abondant, il pullule même au point de mettre en danger les récoltes.
- Seuls les porcs et la volaille sont consommés comme viande de boucherie le reste des besoins nécessaire  sont fournis par la chasse et dépendent donc du seigneur qui est le seul à pouvoir chasser.
    - Le bois, qui est aussi abondant, est fortement utilisé dans le construction des châteaux, des habitations et de leurs dépendances. Ce bois est d'ailleurs outrageusement gaspillé par les seigneurs et les prélats.
    - Le commerce local est un commerce d'échange de produits, de denrées et de services.   
    - Le grand commerce, celui des épices, des soieries, des pierres précieuses et des objet d'orfèvrerie reste le monopole des grandes cités et des grands marchands. Il s'adresse presque uniquement aux nobles et aux grands bourgeois et au clergé, car les charges de transport et les taxes diverses multiplient par dix le prix d'origine des produits. Par exemple, le poivre est à l'époque au même prix que l'or. Un manteau de  fourrure de marte ou d'hermine est moins coûteux qu'une tunique de soie. Ces richesses venant d orient en passant par l'Occitanie est certainement à l'origine de l'idée reçue de l'époque a savoir que tous les châteaux de cette contrée du sud du royaume regorgent de richesses et de trésor. Il est vrai que les troubadours dans leurs louanges et descriptifs des cours du sud y ont fortement contribué.
    Cette société médiévale commence à se spécialiser en fonction des ressources ou des savoirs faire..
    En ce qui concerne le travail du fer et des métaux, du charpentage et du charronnage, du tannage et du travail du cuir, les fabrications d'objets ne dépassent que rarement le stade de l'artisanat. Par contre la renommée des tissages de Flandre encourage de plus grandes fabrications.
    Que se soit l'artisanat ou la spécialisation manufacturière et leurs commerces, ces activités, se concentrant dans et autour des cités, vont fortement contribuer à la croissance de leur population qui pour une partie se compose d'hommes libres qui viennent des campagnes et qui veulent créer de la richesse et s'enrichir.

(11°) Conditions  de vie
    La durée moyenne de vie d'une femme et un homme en ces temps médiévaux, quelque soit sa classe sociale est de 35 ans.
    Les causes d'un si court passage en ce monde sont - comme encore aujourd'hui dans les pays du tiers monde- la sous alimentation et les épidémies découlant du manque d'hygiène, alors que la médecine en est à ses premiers balbutiements.
    Les femmes elles, ont un handicap supplémentaire, mariées très jeunes, elles doivent faire face aux nombreuses maternités qui tuent presque aussi sûrement qu'un coup de couteau dans le cœur.
- Cinq enfants sur 20 meurent avant la fin de leur première année.
    - Sur les 15 à 20 maternités d'une femme, si l'une de ces dernières ne la tue pas, elle peut espérer avoir à en élever en moyenne 4 ou 5.
    - Constamment la forte natalité met en péril la suffisance alimentaire ; et les carences nutritionnelles sont omniprésentes.
    Après l'âge de 2 ou 3 ans, l'enfant vivant est assez fort pour que son organisme s'adapte à boire de l'eau souillée, à manger des viandes fortement faisandées voire même pourries et un pain de son mal battu.     Ceci étant acquis, il faut à cet enfant résiste au froid et au chaud, aux parasites de toutes sortes, aux infections des plaies, aux maladies contagieuses comme la variole, la dysenterie, le choléra et bien d'autres encore, quand se n'était pas la peste qui l'emporte.
    La peur, que de tels fléaux inspirent à la femme et à l'homme du Moyen Âge, est telle, qu'elle les pousse à abandonner leurs enfants malades et à se détourner de leur famille mourante.
    En ces temps médiévaux, il est plus facile à la femme et à l'homme  de mourir que de guérir.
    Où se portent leurs regards, il n'est pas un jour où ils ne voient pas chez eux ou chez les autres un malheur qui prend une vie.
    A force de regarder et de vivre tant de peines, leurs cœurs s'endurcissent, et la mort qu'ils croisent quotidiennement leur devient familière.
    Une sorte de fatalisme s'installe qui leur fait être indifférents aux malheur des autres, mais pas insensibles car ils savent que demain c'est chez eux que ce malheur frappera.
    Alors ils font tout pour conjurer cette fatalité. Ils en appellent à Dieu, aux Saints, à la Sainte Mère. Puis quand les cieux n'entendent pas leurs désespoirs, ils se tournent vers ceux qui ont le pouvoir de conjurer les sorts (Sorciers et sorcières, mages et rebouteux).
    La femme et l'homme du Moyen Âge sont donc plus endurcis à la souffrance que nous ne le sommes de nos jours. Ils regardent la mort droit dans les yeux chaque fois qu'ils la rencontre et c'est souvent. Ils ne la rejettent pas comme nous la rejetons aujourd'hui dans notre subconscient pour qu'elle nous devienne étrangère.
    L'homme médiéval est en moyen plus petit que l'homme d'aujourd'hui, mais il est incontestablement plus robuste. Il est issu de plusieurs ethnies : celte, latine, germaine, arabe et scandinave qui fixent une différence d'aspect physique.
    - Les origines germaine et scandinave se retrouvent dans la blondeur des cheveux, le bleu des yeux et une taille plus élevée.
    - Les origines Celte, latine et arabe se révèlent par des cheveux bruns et des yeux noirs et une taille moins grande.
    - Les innombrables  métissages apportent la diversité par le châtain des cheveux, le vert et le marron des yeux et une taille variable.
    Bref, la femme et l'homme du Moyen Âge dans leurs aspects physiques, ressemblent assez à la femme et à l'homme d'aujourd'hui.
    Bien que les malheurs les affligent, physiquement, ils ne vieillissent pas plus vite que nous aujourd'hui, et cela malgré une détérioration visible de l'aspect (déformation des membres dues à des fractures mal réduites, mâchoires édentées dues à la mauvaise hygiène et aux carences alimentaires, cicatrices de tous genres dues plaies ouvertes.
    En contre partie d'une espérance de vie courte, la femme et l'homme de ces temps médiévaux sont matures bien plus jeune que nous le somme de nos jours.
    - A 20 ans ils ont déjà vécu les 2/3 de leur vie.
    - L'enfant garçon ou fille est aimé de sa famille, mais il n'est pas roi.
    - Lorsqu'il a 5 à 6 ans, on lui donne ses premiers habits, il est alors considéré comme un adulte en puissance, petit certes, mais adulte quand même, et il est responsable de lui-même.
    - Garçon, il apprend durement et sans ménagement un métier qu'il va exercer tout en se développant physiquement et en se mesurant sans cesse à ses aînés jusqu'au jour où il devient leur égal. A 15 ans tout est fixé et doit être établi. C'est pour lui le temps du mariage et de la fondation de sa propre famille.
    - Fille, elle apprend à être maîtresse de maison et mère. Pour cela dès 6 ans elle aide aux tâches ménagères et garde les frères et sœurs plus petits A 13 ou 14 ans il n'est pas rare qu'elle soit mariée est dans ce cas, elle aide presque toujours son époux aux champs ou dans ces activités professionnelles en plus des tâches que lui commande la tenue de sa maison.
    Bien que souvent illettrés, il ne faudrait pas croire que la femme et l'homme du Moyen Âge, même de condition modeste, soient moins intelligents que nous le sommes de nos jours.
    - Le nom et la position des étoiles dans le ciel n'a pas de secret pour eux et leurs indiquent l'avancée des saisons.
    - Le degré de la luminosités de ces astres, leurs fait entrevoir le temps du lendemain.
    - Il n'est pas en le royaume, une herbe, un arbre ou un buisson dont ils ignorent le nom et les propriétés alimentaires ou  médicinales.
    - Même s'ils ne connaissent pas les fonctionnements biologiques de leur corps, ils savent parfaitement comment l'utiliser sans le fatiguer inutilement.
    Nul ne doute qu'ils seraient émerveillés en nous voyant nous hommes du 21 e siècle si savant, mais ils seraient aussi consternés par l'ampleur de nos ignorances  des choses naturelles qui nous entourent et qui nous font peu à peu en détruire l'équilibre vital.

(111°) Le peuple des campagnes
    Dans les campagnes du royaume de France, les pauvres n'ont pas de chemise mais leur vêtement bien que simple et grossier, est décent.
    En générale le « Vilain » marche pieds nus toujours en été, et parfois même en hiver.
    L'enfant de « Vilain » vit nu tant qu'il ne fait pas trop froid.
    Les champs et les prés fournissent le matelas de paille ou de foin et les tapis de sol, en même temps que le pain et le fourrage. On dort sur des paillasses à même le sol qui lui est jonché d'herbes coupées où sur un plancher de bois au dessus des vaches, des chèvres et des moutons qui sont abrités dans la chaumière.
    Le « Vilain » ne prélève pas de gibier pourtant surabondant, seul le seigneur peut lui en donner ou vendre. 
    Il ne peut pas couper le « haut bois » (les arbres), car c'est  aussi  l'apanage du seigneur qui l'autorise qu'à la coupe du taillis et aux fagots de ramée.
    Si le « Vilain a besoin de bois de charpente pour sa chaumière ou pour construire une charrette ou une clôture indispensable à la protection des cultures contre les sangliers lapins et lièvres qui mettent régulièrement à mal les futures récoltes, il lui faut demander l'autorisation du seigneur.
    La maison du « Vilain » est construite en torchis de paille enchâssé par une charpente de bois. Elle est couverte d'un toit en chaume à deux pans. Seul le pignon ouest du coté des vents dominant, auquel est adossé la cheminée est en pierres maçonnées à la chaux.
    Ce même pignon de pierres permet souvent d'y appuyer un appentis de bois à claire-voie, couvert de fagots de brindilles serrées. On y remise le fourrage et le bois de chauffage. Les volailles y pondent et y couvent.
    C'est le mur qui regarde le sud qui possède toutes les ouvertures. En son milieu, une porte base permet l'accès à intérieur. De chaque coté de cette porte, deux fenêtres à volets assurent le passage de la lumière du jour.
    Sur l'arrière de la chaumière un enclos fait de baliveau et de pieux renferme les oies et les cochons.
    La vache, la chèvre et le mouton - biens précieux - partagent, avec la famille, l'intérieur de la maison.
    L'aire habitable, dont le sol est en terre battue, est séparée en deux dans le sens de la longueur, par une barrière mi-haute faite de bois tressés.
    Côté cheminée, deux tiers sont réservés à la famille. L'autre tiers, côté pignon en torchis,  accueille les animaux.
    Au dessus de la partie bergerie, à la hauteur de la naissance des pans du toit, et sur toute la largeur de la chaumière,  est charpenté un plancher disjoint couvert de paille et de foin sur lequel dort toutes la maisonnée.
    L'hiver, pour éviter l'incendie, le feu de l'âtre est éteint la nuit, et la seule source de chaleur est alors celle que dégage les animaux qui reposent juste en dessous des couches.
    Deux bancs et une table faite de planches reposées sur deux tréteaux occupent le milieu de la partie réservée à la vie de la famille. Souvent, au printemps et en été, de l'herbe fraîche ramassée par les enfants est épandue sur le sol.
    Au pied d'un mur, un coffre bas, voire deux, constitue le seul réel mobilier. On y range le peu de vêtements que l'on a, le cuir qui sert à la confection de lanières ou de ceinture, un peu de toile de lin dans laquelle on taille braies et tuniques suivant le besoin.
    La vaisselle est rare et quand elle existe elle est en bois. On mange la soupe de choux et d'oignons à plusieurs dans la même écuelle. La nourriture est presque toujours placée sur un morceau de pain dur, quand il y en a.
    Sous la fenêtre des jarres de terre cuite renferment les salaisons de viande de porc.
    Les seaux de bois cerclés  contiennent la réserve d'eau pour le besoin du jour.
    Dans la cheminée un grand trépied de fer soutien une marmite elle aussi en fer Plus rarement dans certaine maison on trouve près de l'âtre, une huche à pain.
    Le feu flambe que pendant la journée, et toujours sous la surveillance d'un adulte.
    L'incendie est aussi craint que l'enfer. Il est vrai que dans une telle maison, la moindre étincelle peut avoir des conséquences dramatiques. Ce qui explique que la réserve de grain de la famille, faite de gros récipients en terre cuite, est souvent enterrée à l'extérieur de la chaumière et surveillé par le même adulte qui veille sur le feu.
    L'été, la vie de la famille se déroule dehors, sur le devant du logis en général à l'ombre d'un ou deux arbres plantés à plusieurs coudées de l'habitation.
    Une chaumière abrite en moyenne une dizaine d'âmes sur trois générations.
    Le « Vilain » et sa famille vivent au rythme des saisons.
    Ils connaissent parfaitement la nature qui les environne et savent bien avant la récolte si cette dernière sera abondante ou pauvre.
    Ils demandent beaucoup à Dieu, soit pour arrêter le vent asséchant, soit pour rafraîchir l'ardeur du soleil par la venue d'une bonne pluie ou le contraire.

(1V°) Le peuple des cités
    L' habitant des cités n 'est pas directement dépendant de dame nature qui décide de la qualité des récoltes.
    Mais lorsqu'il y a disette ou famine, c'est que le pain manque pour tout le monde. Et bien que son revenu ne subsistance lui vienne de son commerce ou de son artisanat, sur lequel la nature n'influe que peu, l'habitant des cités sait que l'argent qu'il gagne ainsi, n'achètera pas ce qui n'existe plus.
    Alors il fait siennes les préoccupations du peuple des campagnes et il s'intéresse de très près aux phénomènes climatiques dont dépend l'existence de la nourriture qu'il achète pour se nourrir lui et sa famille.
    A première vue, il semble que le citadin vit mieux que le Vilain.
    - Il a sûrement moins froid et son travail peut le tenir à l'abri des ardeurs du soleil.
    - Ses habits sont plus élaborés.
    - Il est rare qu'il marche nu pieds.
    - Il peut facilement se procurer le nécessaire à ses besoins.
    - Il n'est pas soumis de la même façon que le « Vilain aux corvées seigneuriales qui sont remplacées dans son cas, par le paiement de taxes ou des fournitures gracieuses d'ouvrages.
    Mais ceci sont de bien piètres avantages à côté d'autres inconvénients
- La cité, concentrant beaucoup de richesses, intéresse l'avidité de certains seigneurs un peu brigands qui sont à l'affût du moindre faux pas dans la gouvernance des notables pour fondre sur elle toutes armes dehors.
    - Elle peut aussi, du fait de des richesses qu'elle représente,  être l'enjeu et l'objet de désaccord entre l'autorité royal et la revendication seigneuriale d'un grand noble, et dans ce cas c'est souvent par un siège éprouvant et une répression terrible qui inclus le pillage des biens.
    - La concentration de population sur une surface restreinte comme l'est une cité médiévale ceinturée de murailles, est idéale pour la propagation fulgurante des épidémies et des incendies. Quand cela survient, c'est lui le citadin qui est le premier touché. Les ravages tant matériels mais surtout humains que font de tels fléaux sont à peine imaginables.
    Un autre phénomène d'ordre social est aussi spécifique à la cité, c'est la charité. Certes elle existe aussi dans les campagnes, mais le don de nourriture ou d'argent fait alors est basé uniquement sur la solidarité et l'aide.
    Dans la cité l'aumône est devenue une institution qui permet au citadin qui la pratique de gravir l'escalier qui le mène au paradis sans pour autant avoir à se plier aux contraintes morales qu'impose l'exemplarité d'une pieuse vie.
    Donnez de l'argent à un pauvre n'est plus, de par les « indulgences » instituées par l'église, un geste de solidarité et d'aide à l'autre. Non, l' institution des indulgences a transformé l'aumône en un geste égoïste, qui assure, sans effort, une place dans le royaume céleste.
    Alors, chaque cité à ses pauvres mendiants attitrés pour permettre aux gens aisés d'acheter à l'Eglise leur place au paradis. Et n'est pas mendiant d'une cité qui veut.  Seuls le sont : les vieillards nécessiteux, les infirmes et impotents, les enfants  âgés de moins de 6 à 7 ans orphelins non recueillis.
    Quand aux lépreux, la cité leurs est presque totalement interdite, ils se tiennent donc hors des remparts et les aumônes, souvent  de nature alimentaire, qu'ils reçoivent des bourgeois est indirecte. Elles sont déposées dans un endroit souvent consacré par l'église, où les malades viennent les chercher (léproseries, maladreries).

(V°) La noblesse  seigneuriale
    L
es seigneurs grands ou petits en importance, tout comme les chevaliers du Moyen Âge, appartiennent tous à la noblesse d'épée.
    On peut être seigneur et ne pas être chevalier. Et on peut aussi être chevalier sans être seigneur (Chevalier errant).
    Les seigneurs détiennent l'exclusivité de l'art de la guerre et de ce simple fait, ils ont l'énorme pouvoir de la force armée.
    Si ses racines sont romaines, la noblesse moyenâgeuse du royaume de France puise ses origines dans les successives invasions des peuples germaniques, et en particulier dans la prédominance hégémonique des Francs.
    Aux yeux des Gallo romains qui avaient subi ces invasions, ces hommes nomades venus de l'Est portent en eux l'essence même de l'image qu'ils se font de la liberté, anarchique certes, mais liberté quand même.
    Ceci est si vrai, que le mot Franc entre dans leur langage courant et donne les mots: affranchie, franchiser, franchise, franche qui expriment sans ambiguïté la notion de liberté.
  Au haut Moyen Âge, cette spécificité franque de la noblesse seigneuriale s'est enrichie d'un apport scandinave (invasions vikings).
   Ces seigneurs sont avant tout des guerriers mais leur seconde occupation quotidienne est la chasse. Cette activité n'est ni un passe temps, ni un loisir, encore moins un sport, c'est une absolue nécessité de protection de l'agriculture médiévale contre les pillages qu'exercent les gibiers qui pullulent tant dans les bois que dans les plaines.
    D'une chasse d'un jour, un seigneur et ses gens, ramènent au château une grande quantité de perdreaux et de coqs de bruyère, de nombreux lièvre et de chevreuils. Il n'est pas rare qu'il y ai quelques sangliers, quelques cerfs et des centaines d'oiseaux comme la cailles et l'ortolan. Dans certaine région d'Occitanie, l'ours fait parti du tableau de chasse.
    Il règne dans les châteaux de cette époque de continuelles odeurs de sang, de peaux enlevées, de chaires, de fumés et de viandes grillées ; auxquelles s'ajoutent celles des chiens, des faucons et des éperviers de chasse et des hommes.
    Mais toute cette profusion de viandes, en ces temps anciens, ne se conserve pas.
    Certes, on connaît le pouvoir de conservation du sel (salaisons), mais il manque cruellement.
    La centaine d'individus vivant dans le château d'un petit seigneur et sa meute de chiens se nourriront de ces aliments carnés jusqu'à ce que les viandes soient à la limite du pourrissement.
    Les vilains de la seigneurie ne bénéficient pas ou très peu de ce gibier.
    Les cheminées dévorent d'énorme bûches et cela toute l'année car la cuisson des viandes et des mets exige le feu à tenir.

(V1°) La vie quotidienne au château
    Un seigneur, son épouse et leur famille vivent en pleine liberté. Ils ont un peu près le droit de tout faire avec les personnes et les biens qui demeurent sur ses terres.
    En dehors de son fief, l'erreur première qu'un seigneur ne doit pas commette, est celle de se frotter à plus fort que lui.
    La vie quotidienne seigneuriale – avec les nuances qui s'attachent sa position et son rang – est assez ressemblante à celle des autres hommes et femmes.
    - Ils mangent avec leurs mains.
    - Ils dorment sur des paillasses ou des matelas de plume suivant leurs aisances pécuniaires.
    - Ils ont froid l'hiver et pour trouver un peu de chaleur, il leurs faut vivre avec leur domesticité dans la salle où les marmites accrochées aux énormes crémaillères et les broches bouillent et rôtisses les gibiers de la dernière chasse.
    - Suivant leur fortune, une autre cheminée est pourvue en feu, celle de la grande salle de réception et d'armes.
Ils se lavent peu en hiver.
- C'est la douceur du printemps qui le fait se baigner dans l'étang ou dans la rivière.
    - Pour la châtelaine et ses filles ces bains en plaine nature sont remplacés par des bains dans des baquets de bois.
    - L'été, toute la famille seigneuriale aime à vivre sous la tente dressée sur le pâti hors du château.
    - Tous les objets et vêtements bijoux armes, harnachements et vaisselles sont rangés dans des coffres, pas de haut mobilier, il faut pouvoir partir vite en cas d'assaut réussi du château en laissant le moins possible de biens personnels.
    Les revenus du seigneur lui viennent des prélèvements sur la population (impôts) et sur les  produits consommables ou de production (taxes et redevances) que lui octroient ses privilèges et ses droits.
    Pour cela, rien ne doit lui échapper à savoir :
    - le nombre de charrettes de foin entrées, le nombre de boisseaux de grain d'une récolte.    
    - Le nombre de muides de vin résultant de la presse de son pressoir.
    - Le nombre d'onces de farine broyés par son moulin,
    - Le nombre de pains cuits dans son four, le nombre de marchandises traversant ses terres,
    - Le nombre de marchandises achetées ou vendu sur son fief,
    - Le nombre de poissons pêchés dans ses étangs ou dans les rivières de son domaine,
    - Le nombre de cochons qui s'élèvent dans ses bois,
    - La quantité de bois de charpente et de chauffage prélevé dans ses forêts etc.
    Sur toutes ces activités le seigneur prélève ses droits.
    Le seigneur doit aussi trancher les différents entre les vilains de son fief.
    Il doit recevoir leur demande d'autorisation de mariage.
    Il s'assure, lors d'un décès d'un des habitants de ses terres, que la redevance autorisant la succession aux descendants lui a bien été versée.
    Les dépenses du seigneur viennent de l'entretien de sa famille en vêtements, fourrures, bijoux armes et son pourvoiement en chevaux, chiens de chasse et faucons, qu'il se doit d'entretenir.
    Elles proviennent aussi des nécessités d'entretien du château et de ses dépendances.
    Il doit prévoir aussi les financements des vivres, armes, et chevaux d'un départ à la guerre au simple appel de son suzerain.
    Il doit s'attendre, si son suzerain à des enfants en âge d'être mariés ou d'être fait chevalier ou encore pouvant être prisonniers, à participer au financement des cérémonies ou de la rançon.
    Il doit financer quatre déplacements par an chez son suzerain pour des réunions de justice et de conseils.
    Il doit aussi prévoir le financement  de l'entretien de bouche et de logement si son suzerain et sa suite viennent séjourner en son château.



(V11°) Les femmes de noblesse
    La femme noble n'a légalement aucun droit, que des devoirs :
    - Elle se doit d'être obéissante, fidèle et vertueuse.
    - Elle doit accepter sans faire le moindre reproche à son époux ses nombreuses concubines et ne pas considérer les bâtards qui naissent de ces adultères autrement qu'elle considère ses propres enfants.
    - Elle peut être répudiée et son mariage peut être annulé quand il plait à son seigneur, l'église grogne un peu, mais cède presque toujours au bon vouloir de l'époux.
    - Elle est choisie en mariage presque toujours pour des raisons d'intérêts ou d'alliance.    
    - Quand son époux meurt, elle ne reste que peu de temps veuve et dans ce cas, elle peut être redonnée en mariage en récompense à un vassal.
    La petite fille noble est élevée dans le culte de l'homme. Elle lui porte une profonde adoration qui inhibe sa propre faculté de raisonnement. Ce phénomène peut être comparait de nos jours à l'attachement hystérique de certains fans à  des chanteurs.
    Grandissant aux côtés de ses frères, elle apprend, tout comme eux, à chasser, monter à cheval et même à manier les armes surtout celles de jet. Vivant comme eux elle reconnaît une supériorité masculine qu'elle ne remettra jamais en question.
    Ce qu'elle a appris en autorité et affirmation de soi, s'appliquera naturellement lorsqu'elle deviendra la Dame d'un seigneur et d'un château et qu'elle aura à commander aux femmes de sa cour et à sa domesticité de sa maison.
    Elle sera capable alors de gouverner la châtellenie lorsque son époux part à la guerre y compris commander les gens d'armes du château si ce dernier est attaqué.
    Si la femme noble aime à écouter le chant et le poème, son admiration va d'abord vers une belle arme avant d'aller à celle d'une robe ou d'une parure.
    Et bien que les troubadours et ménestrels commence à lui faire entendre que la féminité est une spécificité qui ne doit pas être confondue avec la condition masculine, elle n'en est pas encore à se pâmer d'amour pour un jouvenceau qui lui joue du luth en lui déversant une cascade de mots plaisants.
    Mais cela vient doucement, car la femme noble perçoit les avantages qu'elle peut tirer du désir que l'homme peut avoir de sa personne.
    Elle enveloppe ce pouvoir sur la gente masculine, en le sublimant par le sentiment d'amour que ne manque pas d'idéaliser les poètes de l'époque et qui lui fera obtenir une certaine autonomie voire d'autorité sur son époux et seigneur.
    En cela la femme de langue d'Oc est beaucoup plus avancée que celle de langue d'Oïl.
    Malgré cela, la femme noble reste un être assez rude, rompu aux malheurs que même un bonheur a bien du mal à faire sourire.
    Elle se doit d'être forte et digne en toute circonstance même lorsque ses fils meurent à la guerre ou que son époux en revient diminué.

(V111°) L'église
    On ne peut terminer cette approche du quotidien médiéval sans dire qu'au dessus du roi, des seigneurs des bourgeois des vilains, tel un vaste voile enveloppant, l'Eglise de Rome étend sa considérable influence sur les esprits des hommes du Moyen Âge.
    Rien n'est fait, rien n'est pensé sans elle.
    Dans le  plus petit geste individuel ou dans les plus importants événements collectifs, l'Eglise est non seulement présente mais souvent  l'instigatrice de ce geste ou de ces événements. Il ne se passe pas une heure sans que les femmes ou les hommes du Moyen Âge ne pensent ou n'invoque Dieu.
    En fait, l'Eglise c'est pour les gens de l'époque le « monde d'en haut ou d'au dessus » intermédiaire entre la vie terrestre et le royaume de Dieu.
    C'est un monde intermédiaire sacramentel qui a son roi (Pape) ses seigneurs (évêques archevêques, abbés, prieurs) ses bourgeois (curés et diacres), son peuple (moines et nonnes). Qui tous parlent et écrivent une langue (le latin) que ceux d'en dessous  – mis à part quelques érudits – ne comprennent plus, et qui augmente et enrichit les mystères des dogmes chrétiens d'une respectabilité et d'une autorité sacrées que nul ne peut enfreindre, pas même les rois et les empereurs les plus puissants.
    D'ailleurs, sous le règne de Saint Louis (Louis IX), les principales seigneuries épiscopales sont : Laon, Langres, Lisieux, Beauvais, Clermont, Mande, Cahors, Albi, Le Puy, ce qui démontre l'importance de la noblesse d'église.  
    C'est aussi ce «  monde d'au dessus » qui détient les connaissances et qui les enseigne et les mette en œuvres ici bas par ses précepteurs, ses maître d'école, ses architectes, ses ingénieurs, ses juristes ses ambassadeurs, ses secrétaires, ses gestionnaires.
    C'est encore ce même monde d'au dessus qui se charges des pauvres, des fous, des malades, des infirmes de cette terre, bref, tous ceux qui constituent ce qu'au Moyen Âge on appelle les « miséreux »

(1X°) Les miséreux
    Les miséreux font partie de la pauvreté nécessaire aux ex-voto des « aisés », qui construisent par l'aumône leur place au royaume de Dieu.
    Les miséreux sont donc une nécessité sociétale et de ce fait, font partie de la société, puisqu'ils permettent à l'ordre de la noblesse -  malgré sa cruauté féodale - d'être bonne et charitable et à l'ordre ecclésiastique - qui s'impose comme pensée universelle gérante de cette pauvreté - d'être à la fois crainte et vénérée.
    L'église de Rome se veut ainsi être l'intermédiaire obligée pour qui veut s'adresser à Dieu.
    La charité aux miséreux est un devoir de bon chrétien, tout comme l'est le vote dans les devoirs des citoyens dans nos démocraties actuelles.
    Les miséreux ne sont donc pas marginalisés. Comment pourraient-ils l'être, puisqu'ils représentent tout au long du Moyen Âge, un taux moyen de plus de 55 % de la population des villes et des campagnes.
    L'autre raison de la non marginalisaton des miséreux, c'est qu'ils sont la principale source gratuite de production de nourriture.
    Toutefois, il n'est pas rare que le « Vilain » misérable ne puisse consommer un seul grain du blé qu'il a cultivé. Tout lui à été pris par son seigneur et son évêque au titre des divers impôts et redevances. Ainsi il doit pour se nourrir être et  dépendant du "bon vouloir" du seigneur ou de l'abbé.
    Le résultat du combat des cités pour jouir de certaine autonomie administrative, tout en érodant la toute puissance nobiliaire, grignote peu à peu le monopole gestionnaire de la misère que s'octroie l'Eglise de Rome.
    Les villes organisent des secours devant permettre à la nouvelle classe dirigeante, la bourgeoisie, de pouvoir, tout comme la noblesse, acheter par l'aumône, une place au paradis. On voit alors se créer autour de chaque cité des « maladreries », espaces à part, réservoir de misère nécessaire à la pratique de la charité citadine de bonne conscience.
    D'autres lieux de misère sont appelées « léproserie » car c'est cette maladie, la lèpre, qui prédomine dans les fléaux de ce temps là. Ces endroits de misère sont encore plus éloignés que les autres de la cité, car les lépreux représentent une misère si grande, qu'elle ne se mélange pas avec la misère ordinaire.
    Pour la société médiévale, ces enclos représentent un progrès social, alors qu'aujourd'hui, avec le recule il semble bien être les premiers lieux d'installation de l'exclusion sociale.
    Cette misère installée, est donc considérée à l'époque comme un « miracle de Dieu » ; d'où l'appellation dans les grandes cités du lieu où se regroupent les miséreux de « cour des miracles ». La misère est un miracle pour le salut de l'âme.
    Les miséreux sont visités par des familles nobles et bourgeoises, des croyants aisés et des religieux non moins démunis de biens terrestres. Ils y viennent laver les pieds, distribuer du pain et passer du baume sur les plaies. Ils institutionnalisent ainsi une sorte de solidarité fondée il est vrai sur le but égoïste de se sauver soit même des souffrances de l'enfer. Quoique dans l'esprit communautaire du moment, cette démarche qui se veut pieuse forme aussi le vœu de sauver l'humanité entière.
    Cette fraternité (aux yeux de Dieu tous les hommes sont frères) ne touche qu'une partie du flot des misérables.
    Une autre partie est sur les chemins à la merci du brigandage, du rançonnage et de bien d'autres maux. Cette vie d'errance rebondie de bourg en bourg sur les portes fermées des enceintes fortifiées des cités et des châteaux (on a ses pauvres et l'on en accueille pas d'autres).
    Ces miséreux itinérants sont souvent sur les chemins de pèlerinages qui permettent à la fois pour les uns, de se nourrir en mendiant ; et pour les autres, de pratiquer la charité dans la plus grande tradition des pénitents qu'ils sont ou qu'ils se veulent être.
    Sur ces routes, le fou, le mendiant, l'infirme, le proscrit ou la prostituée partage la même condition ; et dans cette jungle de dénuement, ils sont plus souvent proies que prédateurs.
    Le mysticisme de cette époque rapproche les souffrances de cette condition misérable de celles vécus par le Christ pendant la passion au point de les sacraliser. Sacralisation de la misère et de la pauvreté qui font d'elles des conditions enviables.
    Il n'est pas rare de voir un grand bourgeois, un noble ou un laïque qui a commit un crime, se dépouiller, au détriment des siens, de ses biens matériels pour rejoindre une misère purificatrice ou pour devenir ermite.
    Quand aux religieux, devant la ferveur mystique populaire que la misère déclenche chez les fidèles et qu'il entretiennent savamment, leur pragmatisme ecclésiastique leurs fait interpréter ce phénomène comme un retour aux sources même de la chrétienté.
    Face à la montée de la sacralisation du paupérisme, l'Eglise romaine est contrainte, pour mieux la contrôler,  à autoriser la création d'ordres mendiants et à tolérer jusqu'à un certain point, leurs prêches de l'immatérialisme tant qu'elle ne remet pas en cause sa propre richesse.
    On se souvient du sort qu'elle a réservé au « Catharisme » et au « Valdéisme » qui ont osé dénoncer l'incompatibilité des évangiles avec le faste et le luxe des cures, des diocèses et des évêchés.
L'église et la société médiévales ont perçu la pauvreté et la misère  uniquement que d'un point de vue spirituel. Elles ne l'ont jamais appréhende d'un point de vue morale ou pire encore, d'un point de vue humain.
    A cette époque médiévale, rien n'aurait sauvé les miséreux de la misère, puisque cette indigence était sacrée et nécessaire au salut éternel des hommes, enfin de certains d'entre eux.

XV11) Conclusions
    Trop souvent lorsqu'on recherche à mieux comprendre l'époque médiévale française, notre éducation et notre culture de femme et d'homme d'aujourd'hui ne nous permettent pas un positionnement et une appréhension intellectuelle réaliste, donc adaptée.
    Bien que nous en sommes responsables collectivement, nous ne sommes certes pas fautifs de ce que nous sommes n'y de la manière dont fonctionne notre cerveau! Mais cela étant dit, il ne faut pas que nous ayons, comme c'est trop souvent le cas,  la prétention d'amener l'histoire médiévale ou celle d'une autre époque à notre conception des choses, alors que la crédibilité historique demande au contraire d'adapter notre conceptualisation aux réalités environnementales et sociétales dans lesquels des événements passés se sont produits.
    Pour que la signification des choses passées ne nous échappent pas, il nous faut faire abstraction de nos propres acquis civilisationnels (éducatifs et valeurs morales, sociales et politiques),  et de tenter d'acquérir ceux qui sévissaient à l'époque que nous voulons observer et connaître.
    Pour que cette « mise en condition conceptuelle » soit possible, il nous faut apprendre comment fonctionnait la société médiévale. Comment y étaient organisées les populations. Quelles étaient leurs conditions de vie.
    C'est l'objectif de ce travail qui a pour seule ambition de permettre aux lecteurs qui s'intéressent à cette époque médiévale, de s'imprégner de ses réalités de vie, qu'elles soient d'ordre sociétal, organisationnel et économique.
    Il ne fait nul doute que lorsqu'on pose cette imprégnation en préalable à toute lecture de documents descriptifs ou informatifs datant de cette époque, la vision imaginative et l'appréhension d'une situation ou d'un événement que ces documents relatent, en sont complètement transformées dans le sens d'une vision plus correcte et plus véridique.


Notes de références
 
(1)Villa ou Villae en latin : les villas ont leurs origines dans l'organisation foncière de la Gaule gallo romaine.
 La Villa est une entité territoriale presque essentiellement agricole qui vit en économie fermée et qui appartient à un noble romain.
Lors de leur invasion dans ce pays, les Francs ont gardés cette entité territoriale et l'ont développé en augmentant sa superficie.
En France, au nord de la Loire et dans l'Est, une Villa pouvait régenter un domaine de plus de 20 000 ha. Au sud, les villas géraient des propriétés plus petites de 20 à 2000 ha. Ces territoires sont souvent à l'origine des seigneuries, des contés ou des duchés.

(2)ARBON. (850 – 923) : Moine auteur de « De Bellis Parisiacrae Urbis » ouvrage écrit en 886 qui décrit le siège de Paris par les Vikings.

(3)ORDERIC VITAL.  (1075 – 1143) :  Historien  auteur de « Histoire Ecclésiastique » qui relate les invasions Vikings sur le sol du royaume de France. L'auteur écrit cet ouvrage en 1120.
 
(4)ROY. (J. J. E.).  « Histoire singulière de la Chevalerie » . Paris, édition Jean de Bonneau. 1994.

(5)FLICHE. (A. M. V.). (1841 – 1923 : historien auteur de « Histoire de l'Eglise depuis les origines à nos jours ». en 24 volumes  achevé en 1934.
 
(6)EGINHARD ou EINHARD. (770 – 840) : Administrateur royal de Louis 1er le pieux : Auteur de « Vie de Charlemagne » qu'il écrit en 830.

(7)GUENARD. (B.). « Condition des personnes et des terres » in. « Histoire singulière de la Chevalerie » op. cit.
 
(8) Muid : ancienne mesure de capacité qui pouvait varier suivant les villes et les pays. A Paris, le muid valait 268 litres. Un tonneau de l'époque contenait cette quantité.
 
(9) Denier : pièce de monnaie de cuivre qui valait un douzième de sou. Le sous  était un pièce de monnaie en cuivre qui valait un vingtième de la livre. La livre est une pièce d'argent qui valait le prix d'une livre (500g) d'argent.

(10) La dîme : Le paiement de la dîme devint une obligation religieuse en 585 et une obligation civile sous Charlemagne (779 et 794). Les roturiers, les nobles et même le roi y sont soumis. Elle consiste à prélever entre le onzième et le treizième des produits de la terre et de l'élevage. La dîme était destinée à permettre à l'Église d'assurer la subsistance des ministres du culte, l'entretien des bâtiments du culte et l'assistance des pauvres. Juridiquement, les décimateurs, qui percevaient la dîme, étaient les curés des paroisses.
 
(11) 1 arpent = 40 ares = 4 000 m2
  
(12) pôté ou potestate : Ce nom rassemble ceux qui paie les droits seigneuriaux autres que les fermages et les charges des usufruits. En fait, la personne ne paie plus au seigneur pour la culture de son champ (fermage), il paie le seigneur pour le maintien du statut de son champ comme terre franche (pôté ou potestate)


Bibliographie
 
Auteurs anciens :
                   
ABBON (850 – 923) : " De Bellis Parisiacrae Urbis " ; (relate le siège de Paris par les Normands).

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EGINHARD ou EINHARD. (770 – 840) : " Vie de Charlemagne ".
 
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