Le Moyen Âge Triomphant- Etat des lieux

Atelier "Sant Johan" Brouillamnon Plou.
Article écrit par René Johannot le 2 février 2007 publié sur ce site le 22 octobre 2010.




LE MOYEN ÂGE TRIOMPHANT

 Etat des lieux et observation de la période allant de 1180 à 1234

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 Sommaire

1) - Les pourtours de la France médiévale vers 1108.

11) - Evolution du domaine royal de 1060 à 1241.

111) - Découpages territoriaux et compositions ethnique et culturelle
           de la France médiévale.

1V) - La diversité linguistique.

 V) - La diversité du droit.  

 V1) - La diversité géographique.

 V11) - Diversité climatique.

 V111) - Diversité des caractères et des mentalités.

 1X) - La France médiévale de langue d'Oïl.

 X) - La France médiévale de langue d'Oc.

 X1) - Frances(s) d'Oïl et d'Oc, Réunies dans leurs différences.


 

La France médiévale

[1]Le royaume de France en Europe de l'Ouest vers 1108     Sous le règne du roi  Louis VI le Gros



1) - Les pourtours de la France médiévale vers 1108.

     Les frontières maritimes : Manche et Atlantique de la France de cette époque sont sensiblement les mêmes que celles que nous connaissons aujourd'hui.
    Par contre, la frontière maritime Mer du Nord monte un peu plus au nord englobant la Flandre jusqu'à l'estuaire du fleuve Escaut.
En ce qui concerne la frontière maritime méditerranéenne, elle s'arrête à l'Est à la rive droite de l'estuaire du Rhône car la Provence d'aujourd'hui ne fait partie encore partie du territoire Français il faut attendre le traité de Paris de1229 pour qu'elle passe aux mains du roi de France.
    Les frontières terrestres sont bien différentes que celles que nous connaissons actuellement. A l'Est, en partant du sud, la frontière avec ce qui est alors le « royaume  de Bourgogne », suit le fleuve Hérault puis la rivière Ardèche remonte sur une partie le cour du fleuve Loire. Vient alors en prolongement, la frontière avec ce qui est  « le royaume de Germanie » qui suit le fleuve Meuse, longe la limite ouest de la Wallonie et suit le fleuve Escaut jusqu'à son estuaire.
    La frontière pyrénéenne n'inclus pas le pays Basque, ni le Béarn, mais elle englobe toute la Catalogne jusqu'à la ville de Tarragone en Espagne. Cette frontière sépare la France du « royaume de Navarre » et du  « royaume d'Aragon ».
    A l'intérieur de ces frontières, de gros duchés tels que : Le duché de Bourgogne, le duché de Normandie, le duché de Bretagne et celui de Guyenne aussi appelé Aquitaine, sont sous la suzeraineté du Roi de France.
    Les ducs qui sont à la tête de ces territoires - bien que très souvent plus puissant que le Roi - lui doivent « hommage lige »[2] du fait que son pouvoir temporel devient divin par « sacre » légitimé par l'Eglise de Rome. 


11) - Evolution du domaine royal de 1060 à 1241
     Sous le règne du roi Philippe I de France (1060 – 1108), le Gâtinais, (en 1068) le Vexin, (en 1082) le Berry oriental (le Cher actuel), (en 1100) ont été annexés au domaine du Roi.
    Le roi Louis VI le gros (1108 – 1137) durant son règne n'apporte aucun territoire nouveau.
    Son fils Louis VII le Jeune (1137 – 1180) de par son mariage avec Aliénor d'Aquitaine annexe la Guyenne (en 1137) qu'il perd à son divorce (en 1152). Il rattache aussi à son domaine la Champagne (en 1144).
    Durant le règne de Philippe II Auguste (1180 – 1223) le domaine royal va presque doubler de surface. Le roi Philippe Auguste, par « le traité du  Goulet » (en 1200) annexe le Vexin Normand, le comté Eu, une partie de la Touraine, le Perche et le Berry occidental (l'Indre actuel). Viennent bientôt s'ajouter (en 1204)  le pays de Rouen, le Maine, la Touraine entière, l'Anjou et le Poitou qu'il confisque au Roi d'Angleterre pour non respect du traité.
Et pour finir, au terme de la bataille de Muret (le 12 septembre 1213) où sont défaits le Comte de Toulouse Raymond VI et le roi Pierre II d'Aragon par Simon de Montfort, ce sont le Languedoc, le Roussillon et le royaume d'Aragon qui viennent s'ajouter aux possessions royales.


Configuration du royaume de France de 1180 à 1328

[3]

Louis VIII le Lion (1223 – 1226) doit faire respecter le traité du Goulet conclu en même temps que son mariage avec Blanche de Castille et remettre de l'ordre dans ses nouveaux territoires d'Occitanie. Ces tâches ne l'empêchent pas d'ajouter l'Auvergne au domaine royal.
Louis IX n'a que 12 ans lorsqu'il est sacré Roi de France, et c'est sa mère Blanche de Castille qui assure la régence du royaume jusqu'au 25 avril 1234, date de la majorité de Louis. Les possessions annexées par son père et son grand père sont sans cesse contestées et donne lieu à des incursions armées qui déstabilisent une bonne partie du royaume.
Louis IX, avec beaucoup de finesse diplomatique, va fixer la paix aux frontières de ses possessions[4] :
- Au Sud Est par le traité de Corbeil (en 1258) avec Jacques I d'Aragon en lui échangeant le Roussillon et la Cerdagne contre la Provence et l'acquis définitif du Languedoc.
- Au Sud Ouest avec Henri III d'Angleterre à qui il donne par le traité de Paris[5] (en 1259), le Quercy, le Limousin et le Périgord reconstituant ainsi la grande Aquitaine ; en échange de l'acquis définitif de la Normandie, le Maine, l'Anjou, la Touraine et le Poitou.


Carte du Royaume de France à la fin du règne de Louis IX

[6]


 

III) - Découpages territoriaux et compositions ethnique et culturelle de la France médiévale

Les frontières  de la France médiévale qui donne lieu à cette description venant d'être définies, regardons maintenant à l'intérieur de ses limites, qu'elles sont les découpages territoriaux,  les organisations politiques de ce territoire ainsi que ses compositions ethniques et culturelles, voire spirituelles.


 

1V) - La diversité linguistique

     Tout d'abord une réalité s'impose, il y a dans cette France médiévale, deux Frances bien distingues.
    Celle du sud qui parle la langue d'Oc[7] (pour nous aujourd'hui l'occitan).
    Celle du nord qui parle la langue d'Oïl[8] (le parlé Roman, pour nous aujourd'hui l'Ancien français).
    Entre les deux, au sud du fleuve Loire, et au nord du Limousin et de l'Auvergne, se dessine une bande de terre en forme de croissant ou va s'inter influencer ces deux langages.
    Cette bande de terre en « croissant » large d'une soixantaine de kilomètres en sa partie la plus large, traverse, d'Ouest en Est, le nord du Poitou, le milieu du Berry. La  pointe Ouest de ce croissant prend approximativement naissance au environ de la ville de Fontenay le Comte, et se termine par sa pointe Est qui se situe sur la ville de La Charité sur Loire. La ligne médiane de cette bande de terre passe  à peu près par les Villes : de Fontenay le Comte,  Parthenay Châtellerault, Issoudun, Bourges, et la Charité sur Loire.
    Au sud de cette ligne médiane les mots de langue d'Oc prédomineront dans les dialectes parlés, alors qu'au nord de cette même ligne médiane ce sont les mots de la langue d'Oïl qui s'imposerons.

 Carte des zones de langues d'Oc et Oïl de la France médiéval sous Saint Louis


Zone du parlé de la langue d'Oïl

Zone du parlé de la langue d'Oc

Zone du « Croisant » où il y a inter influence des deux parlés Oïl et Oc

    A la différence de langage[10], entre ces deux Frances, on constate que viennent s'ajouter des différenciations de cultures, de mentalités et de droits. Notamment celles issues du passage ou de l'occupation de peuples guerriers venus de Germanie ou du Maghreb.


 

V) - La diversité du droit  

     Si la « loi Salique »[11] des Francs du même non, issue des « coutumes » et le « droit d'aînesse et d'hérédité »[12] introduit par Hugues Capet, sont les bases du droit dans les territoires au nord du fleuve Loire et dans le nord du Poitou, il en est autrement pour la partie sud et en particulier en duché de Guyenne (Aquitaine) et en comtés de Toulouse, d'Auvergne de Béarn et de Foix ou le « bréviaire d'Alaric[13] », issu du droit romain, a constitué un des fondements du droit occitan.


 

V1) - La diversité géographique

    La configuration géographique marque aussi une différence entre le nord et le sud du fleuve Loire[14].
    Au nord, c'est plutôt le règne du « plat pays », des grandes plaines (Beauce Brie Bassin Parisien, l'Artois) et des grands plateaux (Champagne). Même si le paysage s'agrémente de ça et là de collines et de vallon, ces territoires engagent d'abord le paysan médiéval à la culture des céréales, des légumes, de la vigne, à l'implantation de vergers et à l'établissement de prairies aux herbes grasses. Dans ces herbages, les chevaux et les bovins qui y pâturent, sont élevés, les premiers pour aider et transporter l'homme dans ses déplacements ; les seconds, certes pour le lait et la viande, mais aussi comme bêtes de somme utiles aux charrois et aux labours. Ce territoire est aussi l'espace ou s'étendent les grandes forêts de feuillus où le gibier est abondant. C'est enfin un pays où l'eau est omniprésente. Les fleuves, rivières, ruisseaux coulent en permanence, seul le débit varie d'une saison à l'autre. L'homme médiéval et les animaux quelque soit la saison, ne manque que très rarement d'eau, même s'il faut être plus nuancé pour les cultures, lorsque les pluies manquent ou sont rares.
    Au sud, passées les grandes pleines du Berry, ce sont les petites et moyennes montagnes aux flancs desquelles, il est malaisé de cultiver, qui occupent principalement l'espace  (Limousin, Auvergne, Cévennes, Périgord, Quercy, Ardèche, monts du Minervois et des Corbières, Ariège, Pyrénées Provence basses Alpes). Presque seules, les vallées de ces montagnes peuvent être mises en culture. Alors c'est l'élevage des moutons et des chèvres qui domine l'activité paysanne, malgré les grandes plaines Garonnaises et Audoise qui sont elles, propices à la culture avec le bassin aquitain qui est souvent à cette époque sous obédience Anglaise. Les forêts giboyeuses sont celles qui se développent en petites et moyennes montagnes ou le châtaigner et les résineux prédominent. Puis sur les plateaux calcaires (Larzac, Causses Provence) c'est la garigue et le maquis qui occupent l'espace. Dans ce sud, l'eau est une denrée précieuse, certaines  rivières et ruisseaux ont des périodes ou leurs cours sont à sec. Concernant la pluie, les précipitations au sud sont sensiblement les mêmes qu'au nord, seulement elles sont concentrée sur un nombre de jours de moitié inférieurs et elles sont très souvent brutales et dévastatrices. En ce pays, l'Homme du Moyen Âge et les animaux peuvent manquer d'eau.


 

V11) - Diversité climatique

    Parlons aussi de la différence des climats entre le nord et le sud du fleuve Loire et en particulier des jours d'ensoleillement et des températures moyennes.
    Il y a, en moyenne, dans le sud, 360 heures d'ensoleillement rien que pour le seul mois de juillet, avec une moyenne de 22 ° en été et de 6 ° en hiver ; alors que le nord a 1700 heures d'ensoleillement sur toute l'année avec une température moyenne de 16 ° en été et de 3 ° en hiver.
    Au Moyen Âge, Le pays d'Oïl est donc plutôt un pays de laboureurs, alors que le pays d'Oc est de prédilection, un pays de bergers.


 

V111) - Diversité des caractères et des mentalités
     De telles différences, d'activités agraires, de climat et de lumière, engendrent des hommes différents et  de là, des mentalités différentes[15].
    Au nord, le cultivateur évolue, dans un espace relativement réduit, dans la patience et l'attentisme que lui commandent ses cultures. Les températures moins indulgentes et les ciels bas, le poussent à se protéger de ces rudesses climatiques dans un habitat construit pour y trouver de la chaleur.
    Au sud, le berger se déplace dans l'espace et sur la distance que lui impose la recherche de nourriture de son troupeau. La clémence des températures et la luminosité du ciel l'incitent à être dehors et à moins attendre de protection de son habitat. Celui-ci est construit pour y trouver la fraîcheur.
    Ces réalités différentes engendrent du côté nord du fleuve Loire, des hommes médiévaux plutôt réservés, et assez  posés qui agissent au  rythme des saisons et qui ont besoin de certitudes et de repères bien encrés pour faire face aux aléas de la vie. Ce sont des précautionneux qui se projettent dans l'avenir afin de laisser que peut de place à l'imprévu. Ils ajustent leurs actions afin de minimiser les résultantes des impositions de la  nature. Leur spiritualité s'épanouit dans le mystère et la sublimation de leur dure vie qui devient ainsi la clef du Paradis et de l'éternité
    Au sud, les hommes médiévaux sont au contraire assez ouverts, réceptifs à la nouveauté, peut être moins prévoyants, s'adaptant rapidement aux circonstances de la vie. Ce sont des hasardeux qui prennent la vie au jour le jour sans trop essayer de modifier leur destinée. La nature dont ils dépendent, guide leurs agissements. Leurs croyances s'ouvrent aussi sur le mystérieux, mais pas sur la sublimation des souffrances de l'existence. Pour eux, seule l'irréprochabilité de sa propre destinée est capable d'ouvrir la porte de paradis et à la vie éternelle.
    Là encore, dans la caractérologie médiévale la nuance s'impose, surtout en Occitanie où le nord de ce territoire (sud du Berry, limousin Auvergne) doit être distingué du sud (pourtour méditerranéen, grandes plaines garonnaise et audoise, basses Pyrénées, Provence, bases Alpes). Certains traits de caractère des Occitans médiévaux du nord est plus proche de celui des hommes de langue d'Oïl. En effet, l'Auvergnat le Limousin ou le Berrichon du sud sont plus hommes d'intériorité que d'extériorité comme le sont les Toulousains, les Audois, les Ariégeois et les Provençaux.


1X) - La France médiévale de langue d'Oïl

     La France de langue d'Oïl est l'aboutissement de l'inter pénétration de la culture originelle Gallo romaine, par les cultures Franque - Salique et Burgonde.
    Les Francs - Saliques occupèrent l'Austrasie [16], ainsi que la Neustrie [17] . Ce sont des guerriers qui ne connaissent pas grand chose de la culture des terres, pourtant la faiblesse du commerce et de l'artisanat leur fait prendre conscience que la possession de la terre est la seule façon d'acquérir un revenu et des richesses. Ils vont donc s'appuyer sur les savoirs faire des populations qu'ils ont asservies, pour mettre en valeur et en rapport les terres des anciennes "Villa romaine rustica" (maison rurale) qu'ils s'approprient presque toujours en imposant leur force, et qu'ils font administrer par des " villicus" (gérants).
    Quand il n'existe pas de terres cultivables anciennes à s'approprier, le guerrier Franc va se définir un territoire qu'il déclare être sa possession qu'il légitime par sa capacité à la défendre de toute incursion extérieure. Les populations (paysans, esclaves, artisans) vivant sur ce territoire sont fortement invités à défricher et mettre en rapport les terres ainsi acquises. En contrepartie, ce guerrier Franc "maître" des lieux - qui bientôt se fera appeler "Seigneur" "Senior" - leur fait bénéficier de sa protection. 
    Cette pratique d'appropriation foncière, fonde une certaine élite Franque qui se désigne comme "Nobilitas" en latin, et francisé en "Noblesse".
    Afin donner un cadre juridique à cette organisation, les Francs - Saliques rassemblent vers le début du VI e siècle, « les coutumes » en une loi qui porte leur nom, la « Loi Salique »
    Quand aux Burgondes, d'origine scandinave, venus lors de la vague d'invasion des Ostrogoths et des Vandales, ils fondèrent le « royaume de Burgondie »[18] qui préfigure le grand comté de  « Bourgogne ». Ils s'implantent sur les territoires qu'ils occupent en appliquant sensiblement le même processus d'appropriation foncière que celui des Francs.
    Leur organisation juridique trouve ses fondements en 517, dans  un recueil écrit en latin, « la Gombette loi »qui rassemble les « usages germaniques » et le « droit romain ».
    C'est « Clovis 1er » (481 – 511) qui unifie les royaumes francs de Neustrie et d'Austrasie et qui tente d'y adjoindre le royaume de Burgondie, en signant un pacte de non agression avec le roi Burgonde « Gondebaud » et en épousant son héritière « la princesse Clotilde ». Il installe alors sa capitale à Paris. Il est le premier roi de la dynastie Mérovingienne. Il faut attendre les héritiers de Clovis pour que la Burgondie devienne Franque.
    Ce sera le derniers Mérovingien « Dagobert 1er » roi des Francs (626 - 639) qui imposera son autorité dans tout le royaume Francs (Austrasie, Neustrie, Burgondie, Aquitaine, la Gascogne, et une partie de la Bretagne) après Metz, installe sa capitale à Paris.
A chaque mort d'un roi Franc Mérovingiens puis Carolingiens, les territoires du royaume, qui se divisent alors entre les héritiers, doivent être réunifiés par l'un d'eux, soit par la guerre pour le plus fort, soit par des assassinats pour le plus fourbe, soit  par des subtiles alliances pour le plus habile.
    Malgré une certaine sédentarité, la grande affaire pour un Francs, c'est la guerre. La guerre contre qui ou contre quoi ? Là n'est pas la question ! On se rassemble chaque année, tous les mois de mars[19] pour y partir, sachant qu'on trouvera toujours un bon prétexte pour la faire.
    A l'appel du roi, tous les hommes libres doit répondre au « ban de l'ost » (ban = droit du roi de commander et de contraindre. Ost = service de guerre des vassaux) en assurant individuellement, ses propres ressources en nourritures nécessaires à trois mois de campagne et un équipement en armes pour six mois. Ces ravitaillements et équipements coûtent très cher au guerrier Francs[20]. Ces coûts justifient, sans l'excuser, la pratique du « pillage » comme un acte indispensable pour compense en partie les frais engagés, et cela tous les ans. Certains guerriers Francs se ruinent dans cette pratique martiale et demandent alors protection et appui au roi ou à des guerriers plus puissants et fortunés.
    Cette demande de protection et d'appui des moins fortunés vers les plus puissants, découlant de la pratique guerrière des Francs, est à l'origine du système féodal et de sa « disposition vassalique ».
Le roi ou le plus puissant exige le service de la guerre et, en contre partie, il attribut au guerrier noble un fief dont la grandeur lui permet d'obtenir au moins le revenu nécessité par  l'exigence. C'est donc un lien personnel qui engage un « inférieur » « le vassal » (en latin vassus ou vassalus) à un « supérieur » « le maître » (en latin dominus). Ce lien fait l'objet d'un serment qui sera renouveler chaque fois que nécessaire et qui deviendra une autre disposition du système féodal, « l'hommage lige ».
    Les nobles Francs instruits ne sont pas nombreux et cette insuffisance les oblige à s'entourer de personnes érudites qui presque toujours sont des gens d'église abbés, moines clercs. Cet entourage savant et cultivé, à prédominance ecclésiastique, va fortement influencer les nobles qu'ils servent. Au point même d'aboutir à leur conversion massive à la chrétienne de Rome. A l'exemple du mérovingien Clovis 1er pour qui on se demande encore ; qui de Clotilde son épouse ou de « Rémi de Reims »[21] (saint Rémi) archevêque de Reims a été le plus influent dans sa décision d'embrasser la religion chrétienne.
    Plus tard, le Carolingien « Charlemagne » (768 – 814) Empereur d'Occident s'entourera :
- En 780 de « Alcuin »[22] diacre puis abbé de Saint Martin à Tours.
-  De « Théodulf »[23] (ou Théodulphe) évêque d'Orléans et abbé de Saint Benoît sur Loire, de Saint Aignan d'Orléans, de Saint Mesmin de Micy  et de Saint Lifard de Meung sur Loire. Du laïc « Paul Diacre »[24] poète, écrivain et historien.
- Puis en 792 du lettré « Eginhard »[25] (ou Einhard) qui sera le biographe de L'empereur et maître d'œuvre dans la construction  de la cathédrale et du palais d'Aix la Chapelle.
    A ce moment, la religion chrétienne, celle de l'Eglise de Rome, est indissociable du pouvoir royal, et de tous les centres décisionnels nobiliaires, ducaux, comtaux et seigneuriaux.
    Désormais, cette église régente la vie privée du moindre petit « serf »[26] à celle des « grands seigneurs » en leur imposant ses exigences morales (plus sévèrement a ceux qui n'ont rien et avec indulgence pour ceux qui peuvent payer), ses exigences économiques (paiement de la dîme), ses exigences politiques (par l'excommunication en cas de désobéissance ou de révolte).
    Quant aux femmes de cette époque, cette église se demande encore si elles ont une âme. Les seules considérations qu'elles inspirent aux élites de ces temps (vers 800), sont celles des alliances qu'elles peuvent permettre par leur mariage et par leur capacité d'enfantement qui permet la descendance.
    Si on ajoute à ce carcan religieux, celui de la féodalité naissante, pour les nobles et le système seigneurial pour le peuple, on a une idée du peu de champ de liberté que peut avoir le paysan, l'artisan et le bourgeois. Seuls les nobles peuvent jouir d'un certain espace et surtout les ecclésiastiques, qui n'ont à obéir qu'aux directives et règles qu'ils s'instituent  à eux mêmes.
    A la mort de « Louis le Pieux » (814 – 840) qui a succédé à Charlemagne,  tout le territoire de cette « Francie occidentale » est une mosaïque de comtés eux même morcelés en seigneuries qui à leur tour sont divisées en fiefs. Dans tous ces découpages fonciers, ce sont les intérêts individuels qui prédominent. Ils sont prétextes à des rivalités que l'on règle par des guerres locales. Le pouvoir royal n'a plus prise sur ses vassaux, d'autant que la loi salique seule, permet au plus fort de se faire élire par son cercle (entourage) d'influence comme successeur d'un seigneur sans descendre de sa lignée. Ce qui permet à la puissante Eglise de faire et défaire les enchaînements filiaux au grès de ses intérêts.
    Pour remédier à cet état de fait, qui, il faut l'admettre, exacerbe les rancœurs et multiplie les querelles nobiliaires ; mais aussi pour remettre l'Eglise à sa place dans sa vocation spirituelle, « Hugues Capet » (987 – 996) - premier roi de la dynastie capétienne qui avait pourtant lui acquis le titre de roi par ce système électif - s'empresse, seulement six mois après son sacre à Noyon par « Adalbéron d'Ardenne » évêque de Reims (le 3 juillet 987), de faire sacré son fils « Robert II le pieux » (972 – 1031) à Orléans, prétextant qu'il ne fallait pas mettre en péril le royaume par une vacance du trône s'il ne revenait pas vivant de la guerre qu'il entreprenait au coté de « Raimond Borrell »[27] comte de Barcelone.
    Faisant cela, Hugues Capet ajoute à la loi Salique, les droits d'aînesses, d'hérédité, de primogéniture et d'indivisibilité des terres domaniales.
    Ces principes successoraux furent définitivement et incontestablement acquis dès l'avènement d' « Henri 1er » (1031 – 1060) fils de  Robert II le Pieux, en 1031. Ces principes de transmissibilité du patrimoine et des titres ajoutés au principe de la vassalité et du serment découlant de « l'Hommage lige » sont les fondements de la féodalité qui est le régime sociétal en vigueur pendant tout le Moyen Âge.
La France médiévale de langue d'Oïl a successivement pour roi :
- « Philippe I » (1060-1108) qui est excommunié par le Pape « Urbain II » pour avoir enlevé et épousé « Bertrade de Montfort »[28] femme du duc d'Anjou. Il devient impopulaire lorsqu'il ne participe pas à la première croisade.
- « Louis VI le gros » (1108-1137) qui prit « Suger »[29] abbé de Saint Denis comme conseiller. Il marie son fils aîné, futur roi de France à « Aliénor d'Aquitaine »[30] faisant ainsi descendre l'étendue du domaine royal jusqu'aux Pyrénées occidentales.
- « Louis VII le jeune » (1137-1180) qui prend, tout comme son père, « Suger » comme conseiller. Il entre en conflit avec le Pape pour l'élection de l'archevêque de Bourges. Il est excommunié par le Pape « Innocent II » en 1141. Pour se racheter il participe à la deuxième croisade de 1144 à 1147. Il perd l'Aquitaine en divorçant d' « Aliénor » en 1152.
- « Philippe II Auguste » (1180-1223) qui pratique une guerre ouverte avec la dynastie des Plantagenêt duc d'Aquitaine d'Anjou et de Normandie et roi d'Angleterre. Il double la surface du domaine royal. Il participe à la troisième croisade dite « des trois rois (de France, d'Angleterre et d'Allemagne) de 1190 à 1191. Il autorise « Simon de Montfort »[31] à conduire la première croisade en Occitanie contre les « Albigeois »[32], mais n'y participe pas. Il marie son fils aîné Louis à « Blanche de Castille »[33]. Il affaiblit les grands seigneurs en Accordant des franchises aux communes et des privilèges aux ordres religieux. Il favorise les défrichements et les mises en valeur des terres. Il fut lui aussi excommunié par le Pape « Innocent III » pour avoir répudié sa deuxième femme « Isambour de Danemark »[34].
- « Louis VIII le lion » (1223-1226) qui prend part à la seconde croisade en Occitanie contre les « Albigeois ».
- « Louis IX » (1226-1270) il prend part à la septième croisade de 1248 à 1252. Il établit les base d'unification de la France de langue d'Oc et la France de langue d'Oïl par le traité de Paris du 12 avril 1229. Il autorise les tribunaux de l'inquisition dans son royaume et surtout en Occitanie. Il repart pour la huitième croisade en 1270 où il meurt  de la peste le 25 août. Il est canonisé en 1297 par le Pape « Boniface VIII  .
    La France médiévale de langue d'Oïl entre 1180 et 1234, est une société qui s'est introvertie à mesure qu'elle a appliqué ses propres règles à ses sphères organisationnelles (économique, sociale et politique).
    Son économie est essentiellement basée sur le rapport des terres, les échanges commerciaux de matière première, de produits fabriqués, et de denrées rares (épices, pierres précieuses et soie) restent l'affaire des gens aisés qui ont assez d'argent pour acheter. Le peuple vit en autarcie et assoupit ses besoins à partir de ce qu'il peut produire. Les « savoirs faire » des artisans sont reconnus comme richesse et pour qu'il en soit ainsi, les métiers se regroupent au sein des villes en corporations puissantes qui ont chacune leur gouvernement, leurs règles et leur justice. Ce corporatisme garanti à ses membres un juste prix de l'ouvrage et en assure au donneur d'ordre une certaine qualité. Ces corporations d'artisans donnent naissance à une nouvelle classe sociale parmi celle du peuple, « la bourgeoisie ».
    Sa société est régie par trois systèmes complémentaires :
- Le premier, la féodalité organise la société des nobles (Roi, Ducs Comtes, seigneurs et chevaliers).
- Le second, le système seigneurial, organise la société du peuple (serfs, paysans libre, artisans et bourgeois).
- Enfin la troisième l'Eglise qui organise la société cléricale (Pape, évêques, diacres, abbés, moines) et régnante la spiritualité des sociétés des nobles et du peuple.
    Concernant la sphère politique, on ne peut que dire qu'elle se compose d'une mosaïques de politiques et qu'il y en à autant qu'il y a d'intérêts individuels seigneuriaux à défendre.
    Le roi mène, en premier lieu, une politique qui a pour finalité de défendre ses possessions et d'agrandir son domaine royal ; pour ce fait, presque tous les moyens sont bons, par la guerre, souvent, par la diplomatie, parfois, par la prétention au droit de, toujours.
    En deuxième lieu, le roi est le bras protecteur, justicier et armé de l'Eglise dont il doit défendre les intérêts et les prétentions d'ordre matériels mais aussi spirituels, et ça malgré la création des ordres religieux soldatesques des « Templiers »[35] et des « Hospitaliers »[36]. Les agissements politiques royaux  doivent tendre à garantir l'unité de l'Eglise, le respect de ses dogmes.
En dehors de la politique royale, chaque duché, comté, seigneurie, fief et même ville et cité, établit une politique dont le but est de préserver ses propres intérêts.
    Toutes ces politiques respectent scrupuleusement les principes féodaux. Quand aux  droits coutumiers et aux lois, ces politiques s'y référencient  seulement quand ils argumentent leurs contenus en leur faveur. La justice est inégale suivant la classe sociale à laquelle le justiciable appartient. Elle n'est absolument pas indépendante des pouvoirs seigneuriaux et ecclésiastiques. Quand elle est royale, ce sont les « Baillis »[37] qui la rendent au nom du roi. Dans ce cas, les affaires délictueuses sont importantes et impliquent souvent des membres de la noblesse et du clergé. Très souvent, le petit peuple se contente de la justice seigneuriale somme toute assez brutale. Le recours est presque impossible pour les petites gens, assez difficile pour l'artisan et le bourgeois, seule la noblesse et le clergé peuvent s'en prévaloir.
    L'instruction presque nulle de la petite et moyenne noblesse, laisse, dans la société médiévale peu de place aux arts et à la culture. Seuls les grands seigneurs, les gens d'église et une certaine classe de haute bourgeoisie y sont initiés. L'érudition apparaît comme étant une affaire d'élite et surtout d'Eglise. Le peuple en est tenu éloigné, ce qui accentue sa dépendance et sa servitude.
    Voilà comment Adalbéron, évêque de Laon, nous décrit la société médiévale vers 1020 :
« L'ordre ecclésiastique ne forme qu'un seul corps, mais la division de la société comprend trois ordres. La loi humaine distingue, en effet, deux autres conditions : Le noble et le non noble ne sont pas gouvernés par une loi identique. Les nobles sont des guerriers protecteurs des églises ; ils défendent tous les hommes du peuple grands et petits, et par ce fait, ils se défendent eux-mêmes. L'autre classe est celle des non libres : cette race de malheureux ne possède rien sans souffrance. Donc la cité de Dieu qu'on croit une, est partagée en trois ordres : certains prient, d'autres combattent, d'autres travaillent. Ces trois ordres vivent ensemble et ne souffriraient pas une séparation ; les services de l'un d'eux permettent les travaux des deux autres. Chacun tour à tour, prête son appui à tous.[38] »
    Cette description est assez révélatrice du degré d'avancement du processus civilisationnel et de la vision des hommes de cette époque sur leur propre société dont on peut faire un constat sociologique qui montre :
- des pratiques artistiques et littéraires pas très développées,
- des connaissances scientifiques peu avancées pour l'époque,
- un degré de liberté individuelle très réduit pour le peuple, très encadré par le système féodal pour les nobles, assez importante pour les gens d'église,
- un sens moral qui découle des dispositions et impositions de l'Eglise romaine.
- une dépendance temporelle et spirituelle par rapport aux systèmes féodal et religieux,
- une économie provenant essentiellement de la terre. Le commerce ne touchant pas les petites gens, il est peu développé et cela malgré les grandes foires des grandes villes.
- une organisation des artisans en corporations donnant naissance à une nouvelle classe sociale parmi celle du peuple, « La bourgeoisie ».
    Toutefois, la description qu'Adalbéron fait sur les trois ordres sociaux (ceux qui travaillent, ceux qui combattent et ceux qui prient) n'est valable que jusqu'à la fin du 11ème siècle. Plus exactement jusqu'au concile de Clermont le 27 novembre 1095 ou le pape Urbain II, très solennellement, exhorte le peuple du royaume de France à aller délivrer le tombeau du Christ des mains impures des « infidèles ». En faisant cela Urbain II est loin de s'imaginer qu'il libère là une ferveur mystique chrétienne de l'Occident qui, en prenant la forme de plusieurs vagues humaines successives connues sous le nom de Croisades, va déferler sur le monde oriental. Ce phénomène engendrera des organisations spécifiques notamment celle chargée de protéger les Pèlerins qui cheminent sur le chemin de Jérusalem et qui sont sans cesse attaqués, détroussés et tués par des bandits et par les Maures. Ainsi on voit naitre sporadiquement  des groupes d'hommes armés qui se donnent pour mission de protéger ces marcheurs de Dieu.
    C'est en premier un groupe de Chevalier croisés appelé « les pauvres Chevaliers du Christ » qui s'attelle à cette mission.
    Puis dès 1126, c'est l'ordre religieux des « Hospitaliers » dont la Règle est à mi chemin entre celle de Saint Augustin et celle de Saint Benoît et dont l'occupation en terre sainte est de soigner et de loger les pèlerins, qui se militarise pour assurer cette protection.
Enfin, dans le même mouvement, un Chevalier champenois Hugues de Payns et ses huit compagnons d'armes suivis de trentaine de combattants, faisant vœux de chasteté et d'obéissance se déclarent eux aussi  investis de la mission de protection des pèlerins. Le roi Baudouin II les loge alors  dans l'enceinte du temple de Salomon, d'abord dans la mosquée Al-Aqsâ, puis dans l'ancien palais. C'est ainsi qu'ils prennent rapidement le nom de Chevaliers du Temple ».
    Ces ordres rassemblant des moines soldats et des soldats presque moines prennent au fil du temps une importance et une influence considérable, qui allaient bien au delà de la Terre Sainte.
    Dans le royaume de France, à eux seuls, ils créaient un quatrième ordre social qui rassemble à la fois ceux qui combattent et ceux qui prient. Ce nouvel ordre social ne pouvant être assimilé à aucun des trois déjà institués, devint donc un nouveau composant sociétal qui, presque immédiatement, fit de l'ombre aux rayonnements des prérogatives  royales et ecclésiastiques, dans le domaine de l'autorité pour la royauté, et dans celui de l'organisationnel pour l'Eglise.
N'ayant directement comme seul Maitre le Pape, ils ne sont pas tenu de se soumettre au pouvoir séculier du roi, n'y au pouvoir religieux des évêques et des cardinaux. Les nombreux dons très substantiels qu'ils reçoivent de tous pour accomplir leur mission de protection des pèlerins et de leurs biens les mettent dans une aisance matérielle telle, qu'elle leurs permet de ne plus être non plus, dépendant du travail du peuple comme le sont les gens d'église et d'épée. 
    Une telle société, sous l'emprise intellectuelle d'une Eglise aliénante toute puissante, et sous l'hégémonie guerrière d'un pouvoir royal à la fois expansionniste et centralisateur, ne peut  avoir d'évolution humaine politique et économique qu'a partir de centre intérêts dirigés préférentiellement que dans le but d'accroître sa propre importance.
    Dans cette démarche d'acquisition de puissance, l'église et la royauté ont besoin l'une de l'autre.  Si le principe sociétal féodal basé sur « la vassalité » et « l'hommage lige » permet au roi de disposer d'une organisation garantissant son pouvoir, cette dernière serait sans aucune efficacité si le respect du serment vassalique n'était assorti du « devant Dieu »[39] garantie par la menace d'anathème de l'Eglise. Tout comme d'autre part, le pouvoir de l'église ne serait rien si les sanctions qui découlent de la désobéissance aux dogmes n'étaient pas garanties par la puissance royale armée et son « bras séculier »[40].
Ainsi nous verrons l'évolution hégémonique de ces deux institutions sociétales féodales arriver, en deux cents ans, à discréditer, puis à détruire, pour l'ombre qui leur faisait, ce quatrième ordre des chevaliers moines dont les Templiers sont représentatifs.[41]
    D'où vient la puissance de l'Eglise non seulement sur le spirituel qui est par excellence son domaine d'exercice, mais aussi surtout sur le temporel qui lui, l'est beaucoup moins ?
    Nous avons vu, que dès que les envahisseurs germains arianisés (Wisigoths, Francs et Burgondes) se sont sédentarisés sur le sol gallo-romain, l'Eglise de Rome pour les aider à administrer et gérer leur domaine, leur a fourni des ecclésiastiques dont l'érudition compensait celle qu'ils n'avaient pas ; et que, de cette situation de dépendance matérielle, a découlé naturellement peu à peu leur conversion à cette église, conférant à cette dernière une emprise certaine sur eux.
Mais ce n'est pas la seule raison !
    L'autre raison n'a pas seulement subjugué et fasciné les guerriers germains - surtout les Francs et les Burgondes - elle a aussi suscité l'admiration et l'envie, des rois de ces peuples. C'est « la grandeur de Rome » qu'ils ont connue de l'extérieur, lors de leurs invasions des états Italiens. D'une certaine manière, pour eux, l'Eglise de Rome incarne la continuité de la civilisation et de la langue latine. Aux yeux des Francs surtout, le Pape et par délégation les évêques, sont en quelque sorte les héritiers du pouvoir romain et de sa grandeur ; alors qu'eux en tant qu'ariens, ils ne peuvent en aucun cas se prévaloir être dépositaire de cet héritage. Clovis en s'attirant les grâces de l'Eglise, certes recherche l'aide matérielle de ses clercs, mais aussi - pour ne pas dire surtout - la légitimité divine de sa dynastie. Et pour cela, ses descendants mérovingiens, carolingiens et capétiens, vont concéder des privilèges énormes à cette église. Ainsi dans cette optique de reconnaissance sacramentelle du lignage, les clercs sont exonérés de tous impôts et taxes, et justiciables que devant les tribunaux d'église.
Le roi lui-même doit accepter la primauté hiérarchique du Pape.
    Voilà d'ou venait la toute puissance spirituelle et temporelle de l'Eglise sur le peuple et sur les princes !
    Cette église ainsi décrite a besoin d'un pouvoir royal fort et puissant pour faire exécuter, en prime ses préconisations en matière de morale et de mode de vie qu'elle veut imposer ; en second pour appliquer les sanctions en cas de désobéissance quand la peur des enfers ne suffit pas.
    Le principe de « hommage lige » attestant le lien de fidélité contenu dans la vassalité aurait dû assurer l'autorité de la royauté, mais à bien y regarder, c'est le contrait qui c'est produit !
Nous avons vu que la faiblesse monétaire dû à la petite importance du commerce et de l'artisanat positionnait la terre comme la seule richesse reconnue. Dans cette condition, un roi se doit être un conquérant pour disposer de beaucoup de territoires qu'il peut, à son gré, distribuer en récompense à ses fidèles. Ainsi par cette pratique le royaume s'est morcelé en donnant naissance à des fiefs assez puissants pour les positionner dans une logique d'une certaine indépendance. Et c'est ce qui arriva lorsque le roi n'eut plus de récompense à distribuer.
    A l'exemple du roi qui introduit à son bénéfice le principe d'hérédité dans sa succession, les seigneurs des gros fiefs - qui deviennent peu à peu des duchés - se prévalent du même droit. Et puisque le roi ne peu plus rien leur donner, ils lèvent des troupes pour agrandir par eux même leur territoire au détriment des voisins créant ainsi des conflits dont découleront ce qui sera appelé « les guerres privées »[42]. Et lorsque le roi veut rendre justice aux victimes de ces agressions, il se retrouve quelquefois devant les troupes d'un vassal presque plus puissant que lui, ce qui l'oblige à tempérer sa réaction punitive.
    Ces circonstances assez fréquentes mettent à mal l'autorité royale et le prestige monarchique. C'est là, que l'église intervient d'abord en donnant à la seule ligné royale une légitimité divine, c'est « le sacre »[43], ce qui retire toute légitimité à une tentative d'usurpation du trône. Puis elle va accompagner et renforcer le système répressif royal en établissant une règle de non agression armée, « la paix de Dieu »[44] et une sanction suprême en cas de désobéissance, « l'excommunication »[45] dont elle se sert aussi pour son propre compte, contre les désobéissances non guerrières nobiliaires, voire royales. Faisant des seigneurs qui en sont frappés de véritables morts vivants dont les âmes ne connaîtront jamais le paradis mais au contraire les tourments de l'enfer. Cet anathème ouvre leurs biens aux convoitises et en particulier à celles du roi qui très souvent s'en empare.
    Concernant l'excommunication du roi, c'est une autre chose, bien qu'elle s'adresse à la personne royale, c'est le royaume en entier qui tombe sous le coup de anathème et dans ce cas, le rapport de force est tel, que le Pape qui la prononce a plus à trembler que le souverain à qui elle s'adresse. Cela débouche sur une sorte de statu quo où le pardon pontifical se contentera bien souvent d'une déclaration d'intention de rachat de la part du roi
    Ces deux interventions pénales de l'Eglise renforcent considérablement la puissance royale, au point que durant les XIII e et XIV e siècles s'éteindront peu à peu les guerres privées.
    Cette France de langue d'Oïl, du fait qu'elle est le berceau de la royauté,  porte à elle seule la charge d'unification et préservation d'un royaume. Ce royaume est sans cesse assailli de l'extérieur (Empire Germanique, Royaume d'Aragon, Royaume d'Angleterre) et continuellement secouée de l'intérieur par des querelles vassaliques des grands seigneurs voire de grands prélats.
    Les conflits d'intérêts, les complots et les répressions, qui découlent de cet environnement instable et souvent belliqueux, occupent à temps plein la noblesse grande ou petite de ce pays d'Oïl.


 

X) - La France médiévale de langue d'Oc
 La France occitane médiévale de souche Gallo romaine depuis 27 avant J. C. (la Narbonnaise), est imprégnée des influences des Wisigoths et des Sarrasins qui ont occupé la « Septimanie »[46] pendant trois siècles (du V e siècle au VIII e siècle).
Sur ces bases latines encrées depuis plus de quatre siècles, les « Wisigoths Ariens »[47] y incrustèrent leur sens de l'administration et d'organisation. Etant avant tout des guerriers nomades, ils délaissèrent l'agriculture déjà difficile à développer en pays de montagnes (Massif Central et Pyrénées) au profit l'élevage et du commerce.
Si par ignorance, ils ne respectèrent pas toujours les infrastructures gallo romaines (aqueducs, canalisations, maisons, monuments et mosaïques), ils s'imprégnèrent de la culture et de la manière de vivre de la population. Comme on dit : « Ils se romanisent ».
C'est en 507, après la défaite d' « Alaric II »[48] par « Clovis I »[49] à « Vouillé »[50] près de Poitiers, que débute la domination franque et la dynastie régnante des Mérovingiens.
Les Francs pratiquent dans cette France occitane la même politique d'appropriation foncière et de gestion des domaines que celle qu'ils appliquent dans la France de langue d'Oïl. Pourtant les conséquences de ces pratiques ne sont pas identiques, car en Occitanie ce n'est pas l'église seule qui détient l'instruction. Les Wisigoths qui détenaient ce territoire avant les Francs, étaient de grands gestionnaires et de grand organisateurs imprégnés de la civilisation gallo romaine, auxquels les arabes ont apporté une certaine érudition.
Les Arabes, venant d'une Espagne conquise, envahissent le sud du royaume jusqu'au Poitou. Ils occupent la « Septimanie » pendant une vingtaine d'année (de 712 à 732). C'est assez peu de temps, mais ils y amènent un certain sens architectural, une expression artistique et littéraire raffinée qui introduira ce qui deviendra plus tard, « fin' amor »[51] puis « amour courtois » à l'origine des premiers poèmes écrits des «  Troubadours »[52] en langue occitane.
Ils y développèrent la médecine, les mathématiques et la philosophie.
De ces apports Wisigoths, Francs et Arabes, vont résulter l'émergence d'une population moins ignorante et plus érudite que celle du nord du fleuve Loire, et c'est à leurs descendants que les guerriers Francs confient la direction de leurs propriétés et non plus aux clercs et aux hommes d'église. Ainsi, ces guerriers Francs qui deviennent des seigneurs ne sont pas totalement dépendant de l'Eglise de Rome. Et même si leur conversion au christianisme est un fait, elle ne s'est pas faite les yeux fermés, et n'a pas pris une importance capable d'aliéner le libre arbitre individuel.
C'est en 778 que débute l'émergence d'une famille dont seront issus les seigneurs et comtes de Rouergue.
En 781, Charlemagne unifie le comté de Toulouse avec celui d'Aquitaine afin de donner naissance au royaume d'Aquitaine dont la capitale est Toulouse.
- Il confie ce royaume à son fils Louis (futur Louis I le pieux) qui lui même le confie à son fils Pépin I en 814.
- A la mort de Pépin I, en 838, son fils Pépin II qui hérite, se montre irrespectueux au point que Louis I le pieux le dépossède de cette terre d'Aquitaine pour la donner à son fils Charles (futur Charles II le chauve).
- La révolte de Pépin II va contraindre Charles II le chauve, devenu roi, a intervenir .Il assiège Toulouse en 844 et en 849.
- Entre temps, vers 840, Pépin II nomme comte de Toulouse, le comte le plus prestigieux du royaume d'Aquitaine « Frédelon ». Mais dès 845, Frédelon prend le parti du roi Charles le chauve qui, pour le récompenser de sa loyauté, le confirme dans son titre de comte de Toulouse et donne le comté du Quercy à son frère Raymond.
- Lorsque Frédelon meure en 852, c'est son frère « Raymond I » (852 – 864) qui lui succède.
- Une dizaine d'années plus tard, Raymond I est  évincé de son titre de comte de Toulouse par « Bernard de Gothie » en 863. Cette usurpation irrite le roi (Charles II le chauve) et le pape (Etienne VI ou Romain) mais lorsque l'insoumission s'ajoute cette irritation se transforme en colère au point que le Pape (Jean IX) excommunie Bernard de Gothie en 878.
- C'est le comte d'Auvergne « Bernard Plantevelue » qui alors prend le pouvoir sur les terres de  « Gothie »[53] et de Toulouse. Prémuni de sa toute puissance,(règne sur le comté d'Auvergne, les terres de gothie et le comté de  Toulouse), Bernard Plantevelue ne perçoit pas le danger quand « Eudes » fils du dépossédé Raymond se réinstalle à Toulouse .
- Lorsque « Guillaume le pieux » succède à son père le comte Bernard Plantevelue, il est déjà trop tard, le petit fils d'Eude de Toulouse « Raymond III Pons » (923 – 950) est déjà le maître du comté de Toulouse et  annexe d'autorité ses terres d'Auvergne et de Gothie en 924. 
Se succèdent alors à la tête du comté de Toulouse :
- « Guillem Taillefer » (998 – 1037) qui acquit par son mariage  avec Emma fille du Comte d'Arles, les terres de Provence.
- « Pons » (1037 – 1060 .
- « Guillaume IV » (1060 – 1088) qui agrandit le comté de la seigneurie de Lodève.
- « Raymond IV dit de Saint Gilles » (1088 – 1105) qui, de par son mariage, augmente ses possessions du « comtat Venaissin » puis, par héritage de ses cousins, du Rouergue, du Narbonnais.
A ce moment de l'histoire, le comté de Toulouse va de l'Aquitaine à l'extrémité Est de la Provence et des limites nord du comté de Foix jusqu'au dessus de Brive la gaillarde, englobant le Périgord, le Quercy, le Gévaudan, le Viarais, le Valentinois.
Du fait de son éloignement du siège de la royauté de France, ce territoire - qui couvre une grande partie de la France de langue d'Oc -  jouit d'une indépendance quasi totale.
Les turpitudes de puissants vassaux (les Trencavel) ou les prétentions de ses voisins royaux (les Plantagenêt et les Aragonais) limitent un peu le pouvoir comtal.
Pour aténuer cette restriction politique, les comtes de Toulouse : « Alphonse Jourdain » (1105 -1148) ; « Raymond V » (1148 – 1194) ; « Raymond VI » (1194 – 1222) jusqu'en 1208 ; recherchent à compenser par le prestige qu'ils trouvent dans l'appui de la population, qui leur est acquis lorsqu'ils affranchissent les villes.
Sous l'autorité du comté de Toulouse, peu à peu se construit un état du sud que d'autres appelleront Occitanie.
Malgré les querelles de pouvoir qui l'agite, le raffinement des cours des seigneurs, l'érudition en matière d'arts, de culture et de médecine, le commerce avec l'Orient des soieries et des épices, la liberté des cités, l'indépendance des femmes, confèrent à cette France de langue d'Oc  un rayonnement prestigieux.
La France occitane médiévale est un territoire où la féodalité ne reconnaît pas obligatoirement le principe de « hommage lige » l'engagement entre deux individus qu'ils soient puissants ou humbles, s'appuie toujours sur la parole indéfectible. Si cet engagement doit être formalisé, il le sera par le droit écrit où le contrat est préféré à un serment.
Un autre point de droit est spécifique à la France occitane : Lors d'une succession, le patrimoine est partagé à égalité entre tous les fils. Si cette pratique réduit de génération en génération l'importance du fief ou de la propriété qui est ainsi soit morcelée, soit cogérée. Elle plonge de ce fait la petite noblesse dans une difficulté pécuniaire quasi permanente qui rend bien ardu et aléatoire la dotation des filles. Indirectement, le partage égalitaire du patrimoine successoral mais surtout l'absence ou l'insuffisance des dotations des filles introduit aussi des propensions de natures égalitaires et libératrices envers les femmes toutes classes sociales confondues[54] qui sont bien souvent obligées de se débrouiller seules pour assurer leur subsistance acquérant ainsi une indépendance qui ne peut plus leur être contestée.
Dire que la femme médiévale occitane est plus émancipée et plus libre que celle du pays d'Oïl n'est pas une contre vérité. Le maître de maison occitan n'est pas comme dans le nord, « le seigneur » de son épouse.
De cette pratique successorale égalitaire entre fils et de ses conséquences d'appauvrissement des petits seigneurs, découle un autre phénomène social. Ce phénomène, c'est le développement de « la propriété roturière » où le détenteur d'argent, qu'il soit bourgeois ou marchand, va peu à peu, acquérir les terres qui jusqu'à lors ne pouvaient être cédées en usufruit qu'en contre parti d'un service d'honneur. La notoriété et la puissance découlant de ces acquisitions foncières, accroissent considérablement l'influence de ces roturiers riches dans les villes qu'ils habitent. Progressivement ils vont prendre le pouvoir dans les cités et se font appeler Consuls.
Enfin, cette France occitane médiévale n'est pas une fervente adepte de la religion catholique romaine et cela pour bien des raisons :
1°)- Les grands seigneurs en dépit de l'attachement de façade qu'ils montrent à l'église de Rome n'acceptent pas les contraintes morales imposées par cette dernière. Ils veulent pouvoir divorcer de leurs épouses, faire la guerre quand ils en ont envie sans la contrainte de la « Trêve de dieu »[55]. Ils veulent continuer à  pouvoir prendre des juifs à leur service et à leurs attribuer des poste de responsabilité (ce qui est interdit par l'Eglise de Rome) et garder leur contrôle autoritaire et fiscal sur les abbayes et autres établissements de l'Eglise Romaine,[56]que la réforme grégorienne veut restituer aux cléricaux.
2°)- Les Marchands qui ont la liberté de prêter et d'emprunter l'argent avec intérêts, ne font aucune différence entre le commerce de l'argent et celui de toutes autres marchandises[57]. Cette liberté permet de faire prospérer leurs commerces de produits orientaux (tissus, épices soierie) qu'ils diffusent dans tout le royaume de France et au delà. Ils sont donc bien loin d'adhérer au principe de l'Eglise de Rome qui interdit le prêt avec intérêt considéré par elle à l'usure crapuleuse.
3°)- Le peuple quand à lui - et les femmes en particulier - n'ont  pas envie de voir se réduire les libertés individuelles et morales qu'il et qu'elles ont mis tant d'années à acquérir et que supprimeraient les dogmes ecclésiastiques s'ils étaient appliqués.
4°)- Le quatrième ordre social, celui des soldats  et chevaliers moines et moine et chevaliers soldats que représentent l'ordre des Templiers et celui des Hospitaliers, n'ont pas ou moins à craindre en Occitanie les injonctions de l'église catholique dont les excès en tous genres la descredite aux yeux du peuple. Il en est de même pour le pouvoir royal qui en cette France du sud à bien du mal à imposer son autorité.
5°)- Enfin, toute la société occitane médiévale n'admet pas la débauche de richesses et de fastes étalés par l'Eglise de Rome depuis l'application de la réforme grégorienne. Elle est indignée par l'appropriation des bien des plus humbles lorsqu'ils ne pouvaient pas payer la « dîme », et par les comportements de débauche voire de luxure des prélats et autres hommes d'Eglise.
    Nous voyons bien pourquoi la religion chrétienne des « Cathares » qui prônaient la tolérance, l'égalité des sexes, et le dénuement rédempteur sans jamais imposer quoique ce soit mais en montrant l'exemple, a pu s'implanter et s'enraciner sur tout le territoire occitan et en particulier dans le Languedoc et le Roussillon.
    De cette description d'où ressort un desserrement du l'étau féodal, émergent :
- des pratiques artistiques et littéraires développées,
- des connaissances scientifiques avancées pour l'époque, un degré de liberté individuelle et morale élevé,
- une indépendance temporelle  et spirituelle par rapport aux systèmes féodal et religieux,
- une certaine prospérité qui provient du commerce avec l'orient via les cotes méditerranéennes et de la diffusion de denrée ainsi importées diffusées dans toute l'Europe occidentale. C'est cette prospérité commerciale qui est certainement à l'origine de la réputation établie dans le nord comme quoi, l'Occitanie est une contrée  richissime, où vit une société raffinée, instruite et libre, qui se répand dans tous les châteaux forts du nord de la Loire, attestée par les troubadours et ménestrels qui y séjournent.
    Malheureusement une telle société qui n'applique pas à la lettre les ordres de l'Eglise et ceux du roi de France, fait de l'ombre à ces deux pouvoirs principaux de l'époque Moyenâgeuse. D'autant que depuis le début du XI e siècle, cette terre du sud semble vouloir renouer avec la contestation de la religion établie, en lui substituant peu à peu une nouvelle interprétation dualiste des écritures et en se référant aux évangiles et en particulier celui de Saint Jean, « le Catharisme »[58].
En Occitanie, ces nouveaux chrétiens sont appelés par leurs détracteurs « ariens » en référence péjorative à l'hérésie de l'arianisme wisigothe qui avait été condamnée par le concile de Nicée en 325. Eux, se disent « bons chrétiens » et représenter la véritable Eglise de Dieu, celle des apôtres, ce sont les Cathares.
    Raymond VI à partir de 1208, puis sont fils Raymond VII (1222-1249) vont avoir à gérer la destruction de la civilisation occitane.
    Cette destruction commence lorsque la croisade armées des seigneurs suivie de ribauds et des brigands du nord -  voulu par le pape Innocent III, -  ravage avec une sauvagerie inqualifiable les terres de la France médiévale de langue d'Oc. Elle s'arrêtera militairement le 5 mai 1255 lors de la prise du château de Quéribus, sur les cendres encore chaudes du bûché de Monségur du 16 mars 1244 ; bien après la promulgation des dispositions d'annexion de l'Occitanie  au domaine royal contenue dans le traité paris de 1229.
    Mais cela ne suffit pas à l'Eglise, il lui faut briser aussi l'esprit cathare, celui qui résiste, qui conteste ses interprétations dogmatiques fabriquées pour asservir. Pour cela le pape « Grégoire IX » en 1233 confie la charge de «  l'inquisition »[59]  aux frères prêcheurs. Cette répression sournoise et délatrice prend fin avec la mort du dernier parfait sur le bûché de Villerouge Termenès en 1321.
    Quand Raymond VII, dernier comte indépendant de Toulouse, meurt le 27septembre 1249, il ne reste rien du rayonnement civilisationnel occitan excepté sa langue, la langue d'Oc. Du moins rien d'apparent, car au fond des cœurs, pour ne pas dire des âmes des Occitans s'est transmit, de génération en génération, l'esprit de cette civilisation. Pour en avoir la preuve, il n'y a qu'à séjournée un temps en Occitanie et d'écouter pour s'apercevoir que rien n'est oublié, rien n'est renié, et que ces temps de lumière éclairent de tous leurs feux la vie d'aujourd'hui.
    Ainsi, le souvenir populaire des acres fumées des bûchés où se consumaient les corps martyrisés d'abord par la soldatesque du nord, puis par l'Inquisition, redonne vie aux principes de tolérance d'harmonie et indépendance, chers aux terres du  sud.


X1) - Francse d'Oïl et d'Oc, Réunies dans leurs différences

    Ce sont les descriptions qui viennent d'être faite de :
- l'évolution des frontières du royaume de France ;
- de l'expansion du domaine du roi de France ;
- des découpages territoriaux internes du royaume de France ;
- des compositions et diversités ethnique, culturelle, linguistique, géographique et climatique de la France médiévale ;
qui permettent de cerner les événements qui ont peu à peu construit la réalité sociologique de la France médiévale de 1180 à 1241 sous les règnes de six rois allant de Philippe 1er de France à Saint Louis.
    Il ne fait guère de doute que la cruelle croisade contre les Cathares d'Occitanie d'abord orchestrée par le Pape Innocent III en mars 1208, puis autorisé en mai 1208 sans participation par le roi Philippe Auguste, aboutit à une véritable régression civilisationnelle et culturelle de la France entière de cette époque.
   Cette régression  peut être rapprochée de celle produite sur la société Gallo romaine par le déferlement des peuples germains.
    S'il est impossible d'affirmer, qu'à la fin du règne de Saint Louis, la France de langue d'Oïl et la France de langue d'Oc ne faisait qu'une ; il est par contre possible de les réunir dans une description de la vie quotidienne, des paysans, des artisans, des marchands, des seigneurs et des hommes d'église.
    Même si les mentalités et les mœurs des populations, entre le nord et le sud, sont fondamentalement différentes du fait d'influences civilisatrices et de langues différentes ; les vies et les structures matérielles, elles, peuvent être rapprochées :
Tout d'abord, sur les plans fonciers et administratif,  la France médiévale d'Oïl et d'Oc est divisée en comtés Les comtes qui sont à la tête de ces territoires et qui sont aussi les délégataires du roi sous les carolingiens,  vont peu à peu s'émanciper et s'approprier sur leur terres le droit de « ban »[60] jusqu'à là réservé au roi, c'est à dire qu'ils s'approprient le droit de juger, de punir et de contraindre les gens vivant sur les terres et de lever des troupes pour la défense et l'attaque.
    - Ces comtés sont eux mêmes divisés en territoires tenus pas des vicomte ou des « viguiers »[61] ou des « seigneurs »[62] ou  des « chevaliers »[63] ou des « avoués »[64] charger de gérer les biens de l'Eglise ou « d'alleutiers »[65] dont le bien ne dépend pas d'un seigneur.
    - Tous ces propriétaires de terres construisent sur leur domaine un château et s'approprient à leur tour le « ban » ainsi naissent « les seigneuries banales » qui se transforment en fiefs à partir des années 1030 en échange du serment de fidélité et d'engagement de service du vassal au suzerain « l'hommage lige ».
    - On distingue alors différents types de fiefs qui prennent souvent la nature de l'engagement de service pris lors de l'hommage :
-Ainsi est appelé « fief de haubert » celui attribué à un seigneur qui se doit de servir militairement avec un équipement complet comprenant le haubert. Ces services guerriers sont souvent ceux des chevaliers.
- Ainsi est appelé « fief de sergenterie » celui attribué à un seigneur qui se doit d'être de tous appels de défense ou d'attaque de la part de son suzerain pour conduire une partie des troupes. …Etc.
Enfin pour être complet, le nom du fief peut indiquer l'origine de sa constitution :
- Ainsi appelle-t-on « fief de reprise », le fief qui est abandonné par un seigneur à son suzerain qui en investit un autre seigneur devenant de ce fait son vassal.
- Ainsi appelle-t-on « fief de sûreté », le fief qui est accordé par un suzerain créancier à son vassal débiteur jusqu'à ce que le bénéfice que ce dernier en tire, règle totalement la dette Après ce remboursement, le fief lui est retiré…Etc.
    Tous ces seigneurs à la tête d'un fief, dans un duché ou dans un comté, ont un pouvoir quasi total sur les populations qui vivent sur leurs terres.
Ils enrôlent des gens d'armes fantassins et cavaliers capables de défendre le fief, mais aussi contraindre au versement des taxes et redevances, à l'exécution des corvées et aux « obligations banales »[66] (four, moulin, pressoir).
    Les paysans qui vivaient avant 950, en général dans un habitat dispersé, avec la construction des châteaux et des abbayes vont se regrouper autour la demeure seigneuriale recherchant bien souvent la protection du seigneur contre les brigands. Vont ainsi apparaître durant la XI e siècle les villages puis les villes fortifiées.
Ces paysans sont les premiers a être victimes des guerres privées de leurs seigneurs. Victimes d'abord physiquement des massacres de représailles, des pillages et des outrages aux femmes. Victimes encore des prélèvements excessif du seigneur qui doit financer le coût de ses actions belliqueuses. « La paix de Dieu » de la fin du 10 e siècle puis « la trêve de Dieu » des X e et XI e siècles apportent un peu de répit à la paysannerie médiévale.
    Cela coïncide avec un changement climatique dû à une élévation des températures moyennes qui permet une nette amélioration des cultures destinées à l'alimentation. Les récoltes plus abondantes tendent à faire disparaître les grandes famines généralisées, laissant la place à des disettes plus locales. Le joug frontal pour les bœufs et le collier d'attelage pour le cheval sont améliorés, puis couramment utilisés.
Une mécanisation rudimentaire apparaît avec le développement des moulins à vent et à eau.
    Cette embellie encourage les grands défrichements des XI e et XII e siècles. Ils se localisent autour des châteaux de pierre qui remplacent peu à peu les châteaux de bois élevés sur des « mottes » de terre lorsqu'une hauteur naturelle n'existe pas. Ils s'étendent aussi autour des abbayes et des gros bourgs qui deviennent rapidement des cités.
   Ces cités,  qui se protègent par des remparts, rassemblent les activités des marchands et des artisans. Ce sont des lieux d'échanges de produits agricoles alimentaires contre des fabrications utilitaires. Et c'est souvent là qu'on trouve aussi les hommes des métiers, les artisans, dont les ouvrages vont des bijoux à la construction des maisons des châteaux et des cathédrales.

 

Notes de références :


[1] Carte de l'Europe de l'Ouest vers 1100. Carte d'Alain Houot

[2]« Hommage lige » : serment d'allégeance entre seigneurs qui ossature le système féodal.
Le Roi, pour être reconnu de tous, comme le seigneur le plus puissant, tente de se faire prêter par ses vassaux un hommage prééminent  appelé « l'hommage lige ». Mais, pour imposer à ses vassaux l'obligation de le servir et de se soumettre à son autorité, le Roi doit légitimer sa supériorité par un acte sacré « le sacre » qui donne un aspect divin à sa position de souverain. De là, il en découle que son autorité lui venant de Dieu est donc incontestable.
En dehors du Roi qui n'a pas de suzerain, tous les autres seigneurs sont à la fois suzerains  recevant « l'hommage lige » de leurs vassaux. Et Vassal rendant « hommage lige » à leurs suzerains.

[3] Carte du domaine de Philippe Auguste de 1180 à 1223. Carte d'Alain Houot.

[4] JEHAN de JOINVILLE. Histoire de Saint Louis. Paris. Editions Jean de Bonnot. 2000

[5] GAVRILOVITCH. Etude sur le traité de Paris de 1259 entre Louis IX roi  de France et Henri III roi d'Angleterre. Paris 1899.

[6] Carte du royaume de France sous Louis IX. (1226 1270). Encyclopédie Microsoft Encarta 2004.

[7] La langue d'oc : Elle est constituée bon nombre de dialectes dont on sait peu reconnaître leurs signes distinctifs. Lorsqu'on parle aujourd'hui de la lange d'Oc, on englobe sous cette appellation les parlés provençal, languedocien, gascon, limousin, auvergnat, dauphinois et savoisien. La langue d'oc, est la langue parlée par les troubadours,  dès le Xe siècle.
Le cours de la Loire constitue la ligne qui sépare la zone d'influence de la langue d'Oc et celle de la langue d'Oïl.

[8] La langue d'oïl : Elle est constituée d'autres dialectes dont les plus importants sont le normand à l'ouest, le picard et le wallon au nord, le champenois, le lorrain et le bourguignon à l'est, et le francien (dialecte de l'Île-de-France). Ces dialectes  vont donner naissances à une langue écrite commune, «  l'ancien français ».

[9] Carte d'implantation des langues d'Oc et Oïl dans le royaume de France sous Louis IX (1226 1270). Graphisme de base : Encyclopédie Microsoft Encarta 2004. Graphisme constructif : René Johannot

[10] WARTBURG, WALTHER. VON. Dictionnaire Etymologique du Français et de ses Dialectes 1922  1972.

[11] Loi Salique : réunion des coutumes, transcrites en latin  par les Francs Saliens, sans doute sous le règne de  Clovis. Il fut une dernière fois réactualisé sous le règne de Charlemagne. Elle codifie les procédures et les peines, en répression aux délits et crimes. Parmi ses dispositions, on trouve l'interdiction faite aux filles d'hériter de la terre des ancêtres (terra salica).

[12] Le Droit d'aînesse et d'hérédité: C'est Hugues Capet  qui introduit le droit d'aînesse au bénéfice de son fils aîné Robert II le Pieux. Il adjoint à ce droit, les principes d'hérédité, de primogéniture et d'indivisibilité des terres domaniales. Ces principes furent définitivement et incontestablement acquises dès l'avènement d'Henri 1er fils de Robert II le Pieux en 10 31.

[13] Bréviaire d'Alaric : ou aussi Code d'Alaric  ou encore « Lex romana visigothorum » (loi romaine des Wisigoths). Alaric II qui promulgue ce code de droit, règne sur tout les territoires de France situés de la rive gauche de la Loire aux Pyrénées et des rives atlantiques à la rive droite du Rhône, et presque sur toute l'Espagne le bréviaire d'Alaric est un document essentiel pour l'étude et l'application  du Droit Romain dans les nations et tous les territoires du sud - en Occitanie en particulier – qui sont nés après l'éclatement de l'Empire romain. Alaric sera défait et tué et dépossédé de la partie française de son royaume par Clovis à la bataille de Vouillé près de Poitiers.

[14] VIDAL de la BLACHE. P. Tableau  de la géographie de la France. Paris 1903

[15] RATZEL .F. Anthropogéographie. 1882 – 1891.
 Geographie
politique. 1897.
Ces deux œuvres de Friedrich Ratzel, géographe allemand (1844 – 1904)  mettent en évidence le pouvoir de l'environnement naturel géographique et climatique sur le conditionnement des activités et des pensées des hommes.

[16] Austrasie : ancien territoire qui s'étendait  sur le bassin de la Moselle, de la Meuse et les cours inférieur et moyen du Rhin.  la capitale de cette contrée était Metz.

[17] Neustrie : ancien territoire qui s'étendait de la Loire à la Meuse et dont les principales villes étaient Paris et Soisson.

[18] Burgondie : ancien royaume qui préfigure le grand comté de Bourgogne qui s'étendait sur toute la Bourgogne actuelle à la quelle il faut ajouter les territoires de l'actuelle Savoie, le sud de la champagne et des Ardennes, du sud du Dauphiné et de la Drome, la région Lyonnaise.

[19] Le champ de Mars : C'est de cette coutume guerrière que nous vient l'appellation de « Champ de Mars ».

[20] L'équipement d'un cavalier Francs coûte l'équivalent de 18 à 20 vaches, une petite fortune pour l'époque.

[21]Rémi de Reims (?-vers 530) : Évêque de Reims vers 459, il baptise le roi franc Clovis I à Reims (plus certainement en 498 ou 499, Au lieu du 25 décembre 496 comme le veut la tradition historique) Il est son conseiller. Ses reliques furent placées en 1049 dans l'abbaye Saint Remi de Reims

[22] Alcuin (York vers 735-Tours 804) : Conseiller de Charlemagne. Il est chargé par l 'Empereur de diriger l'école du palais d'Aix-la-Chapelle (782). il est à l'origine de la réforme scolaire de l'Empereur,. Il est l'auteur des traités de théologie, de grammaire, de dialectique et de rhétorique, favorisant ainsi le rayonnement carolingien.

[23] Théodulf  (en Catalogne vers 750-Angers 821) : Évêque d'Orléans Abbé de Fleury (Saint-Benoît-sur-Loire) et évêque d'Orléans, il est l'un des plus brillants représentants de la Renaissance carolingienne. On lui doit surtout l'hymne « Gloria, laus et honor » qui passa dans la liturgie des Rameaux.

[24] Paul Diacre. De son vrai nom Paul Waenefrie (dans le Frioul vers 720-Mont-Cassin vers 799) :  Historien et poète de langue latine, Il est l'auteur d'une « Histoire des Lombards » et de l'hymne « Ut queant laxis ».

[25] Eginhard (Maingau, Franconie, vers 770- Seligenstadt 840) : Conseiller à la cour de Charlemagne puis à celle de Louis Ier le Pieux, il a la charge de contrôleur des bâtiments royaux. Membre de l'académie palatine, il figure parmi les principaux représentants de la renaissance carolingienne. Il écrivit en latin, en s'inspirant des «Vies des douze Césars » de Suétone, une «  Vie de Charlemagne » (vers 830)

[26] Serf : celui qui est en condition de servage. Au Moyen Âge, le servage est  une condition servile légale  qui s'adresse à un homme ou une femme qui n'est pas libre.
Il ou elle dépend d'un seigneur, et ne peut pas circuler hors du fief  de celui-ci sans sa permission.
Il ou elle est corvéable et redevable suivant le bon vouloir du seigneur.

[27] Raimond Borrell (972-1018) : Il est comte de Barcelone  de 992 à 1018. Il combat efficacement les musulmans de Catalogne.

[28] Bertrade de Montfort (1070 ?- Fontevraud 1117 ?) : Reine de France, elle est la Fille de Simon Ier, seigneur de Montfort. Elle épouse  en 1088  Foulques IV le Réchin, comte d'Anjou. Elle se remarie en 1092 avec Philippe Ier roi de France qui l'avait enlevée

[29] Suger (Saint-Denis ou Argenteuil vers 1081-Saint-Denis 1151) : Moine français, puis abbé (1122) de Saint-Denis, il est le conseiller très influent de Louis VI, puis de Louis VII qui lui confie la régence du royaume pendant la 2e croisade (1147-1149). Il enrichit et embellit son abbaye qui sera le premier chef d'œuvre de l'architecture gothique).  Ses écrits en font un témoin utile de son temps « Histoire de Louis le Gros ».

[30] Aliénor d'Aquitaine ( ? 1122 – Fontevraud 1204) : Duchesse d'Aquitaine en 1137, elle est le fille de Guillaume V d'Aquitaine et de Aliénor de Châtellerault. Elle est élevée à la brillante cour de Poitiers reine de France crée par son grand père Guillaume IV d'Aquitaine duc mais aussi « Troubadour ». Elle se marie cette même année à Louis dauphin de France (futur Louis VII) fin juillet et devient reine de France en août. Après une profonde mésentente avec son mari survenue lors de la croisade, elle demande et obtient le divorce en 1151. Elle se remarie en 1157 avec Henri Plantagenêt aussi roi d'Angleterre dont elle a huit enfants, 3 filles et 5 garçons dont l'un sera Richard cœur de lion.

[31] Simon IV de Montfort dit le fort (vers 1150 – Toulouse 1218) : Il participe à la 4e croisade, puis à la croisade des albigeois, où il dévasta Béziers, prit Carcassonne et battit à Muret (1213) Raimond VI de Toulouse et Pierre II d'Aragon, et entra dans Toulouse. Le pape Innocent III lui reconnut la possession des terres conquises. Raimond VI ayant repris Toulouse, il fut tué en assiégeant la ville pour la lui reprendre.

[32] Albigeois : Nom donné au XIIe siècle aux cathares du Languedoc. Nombreux et puissants en Languedoc, les cathares y reçoivent le nom d'albigeois peut-être en souvenir du colloque tenu en 1176 à Lombers, près d'Albi. C'est ce colloque qui révèle la force du catharisme (ou albigéisme) dans la région. Apparu en 1181, le terme d'« albigeois » est usité par tous les chroniqueurs de la croisade que le pape Innocent III fait prêcher contre les cathares languedociens après l'assassinat de son légat Pierre de Castelnau (1208), dont Raimond VI, comte de Toulouse, est tenu pour  responsable.

[33] Blanche de Castille (Palencia 1188-Paris 1252) : reine de France, Fille d'Alphonse VIII, roi de Castille, elle épouse en 1200 le futur Louis VIII avec qui elle a douze enfants dont le futur Louis IX et Alphonse de Poitiers. Régente pendant la minorité de Louis IX (1226-1234), elle brise la révolte des barons (1226-1231) conduite par Philippe Hurepel, et met fin à la croisade des albigeois en concluant le traité de Paris (1229). Après la majorité de Louis IX, qu'elle marie à Marguerite de Provence (1234), elle continue à s'occuper des affaires puis exerce à nouveau la régence lorsque le roi participe à la septième croisade (1248-1252).

[34] Isambour de Danemark : princesse accomplie d'après les contemporains. Dès le lendemain des noces (15 août 1193), avec Philippe II Auguste, se dernier manifeste pour sa femme une invincible aversion. Un conseil de barons et d'évêques complaisants prononça le divorce sous le prétexte indéfendable d'une parenté prohibée.

[35] Les Templiers : Fondé en 1119, à Jérusalem, par Hugues de Payns, sous le nom de  « Pauvres Chevaliers du Christ ». Ces moines soldats forment un ordre militaire du Temple, dont les membres — chevaliers, prêtres ou frères laïcs — s'appellent très vite Templiers, se vouent essentiellement à la protection des pèlerins de la Terre sainte. Les Templiers participent à toutes les grandes batailles livrées par les croisés en Palestine et en Espagne. La chute de Saint-Jean-d'Acre (1291) les obligent à se fixer en Europe occidentale, en France notamment. Très riches, possédant d'immenses domaines, les Templiers sont devenus très tôt les banquiers du pape et des souverains ; cette situation contribue à affaiblir spirituellement l'ordre et à alimenter des convoitises.

[36] Les Hospitaliers : Les ordres hospitaliers les plus célèbres sont : les chanoines et chevaliers du Saint-Sépulcre, les hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem,  les chevaliers de Saint-Lazare. Il faut y ajouter les frères de Saint Jean de Dieu et les hospitaliers du Grand-Saint-Bernard.

[37] Baillis : Commissaires du roi envoyés en tournée dans le domaine royal à partir de la fin du XIIe siècle. pour y contrôler les prévôts. Les baillis (appelés sénéchaux dans le Midi) sont établis dans des circonscriptions, appelées bailliages, vers 1260. Nommés par le roi, ils encaissaient les ressources royales, levaient et commandaient le ban et l'arrière-ban, exerçaient la justice au nom du roi par la tenue d'assises.

[38] ADALBERON. Les poèmes satiriques d'Adalbéron. In Carmen ad Robertum regem. Edition Huckel, Bibliothèque de la faculté des lettres de Paris 1901. Traduction de Boutruche, in Seigneurie et féodalité.

[39] Jurer devant Dieu : l'hommage lige est en renouvellement du serment de fidélité d'un vassal envers son suzerain. Ce serment s'énonce un genou à terre  devant Dieu et les saintes écritures, ce qui  donne à ce serment un caractère sacré dont la rupture est passible d'excommunication.

[40] Bras séculier : pouvoir laïque du roi et des seigneurs dont l'action répressive complète celle des tribunaux de l'église, qui ne peuvent infliger un châtiment corporel allant jusqu'à l'effusion du sang.

[41] Sur le plan sociétal, on considère que la fin du quatrième ordre sociétal féodal que composent les moines chevaliers et les chevaliers moines, peut être fixée au 18 mars 1314, date où fut dressé sur ordres du roi Philippe le bel et du pape Clément V, le bûché sur lequel sera exécuté le Grand Maître de l'ordre des Templiers, Jacques de Molay.

[42] Guerre privée : c'est une guerre que les seigneurs se livrent pour régler leurs différents ou réaliser une conquête.  Elles sont fréquentes et ruineuses, elles furent limitées par l'Église à partir de la fin du X e siècle jusqu'au milieu du XIII e siècle. Par la paix de Dieu. Puis elles furent interdites par la royauté vers 1258, Cette interdiction ne fut respectée qu'au cours du XIV e siècle. avec le renforcement de l'autorité royale, auquel elle contribua fortement..

[43] Le sacre : Acte rituel ayant pour visée la sanctification  de celui qui en est l'objet En France, le sacre, inauguré avec Pépin en 751, se tient depuis le XIII e s. à Reims (sauf pour Henri IV sacré à Chartres et Napoléon 1er à Paris). Il comporte la proclamation du roi, la consécration avec l'huile de la sainte ampoule, enfin le couronnement.

[44] Paix de Dieu, interdiction par l'Église de tout acte de guerre contre les gens du peuple (clercs, agriculteurs, voyageurs, marchands, femmes) et contre leurs biens. La paix de Dieu est instituée à  la fin du X e siècle., était sanctionnée par des censures ecclésiastiques. Son usage s'estompe au XIII e- XIV e siècle.

[45] Excommunication : Chez les catholiques, la gravité des délits ou désobéissances donne naissance à plusieurs types d'excommunications : majeures ou mineures, selon que la privation des biens spirituels est totale ou non ; réservées ou non réservées, selon que l'autorité hiérarchique à laquelle revient le droit l'absolution est plus ou moins élevée.
Très en usage au Moyen Âge, l'excommunication a beaucoup perdu de sa valeur effective dans les temps contemporains, particulièrement depuis Vatican II. Chez les protestants, l'excommunication est théoriquement encore en usage dans les Églises réformées de stricte observance calviniste.

[46] La Septimanie : Elle englobe l'actuel Languedoc Roussillon. Erigée en principauté par les Wisigoths de religion arienne, ces derniers conservent leur croyance malgré le rayonnement de l'évêché de Narbonne à partir du VI e.   Elle fut prise par les musulmans venus d'Espagne : Narbonne en 719, Carcassonne et Nîmes en 725.

[47] Wisigoths : (qui veut dire « Goths sages ou vaillants »),Ce peuple germanique apparaît entre le Danube et le Dniepr au III e siècle apr. JC. Les Wisigoths s'installent au sud Est de Dacie où ils sont christianisés à « l'arianisme » par « Ulfilas » évêque des Goths, au cours de la seconde moitié du IV e siècle.
L'arianisme est une doctrine chrétienne qui tente à comprendre le mystère de la trinité. Son auteur en est Arius (256-336) un religieux qui est en désaccord avec son évêques sur la divinité du fils de Dieu.
Les débats que provoque cette contestation envahissent toute l'Eglise. Malgré qu'elle soit déclarée hérétique par le concile de Nicée en 325, l'Arianisme va perdurer pendant près de deux siècles, notamment chez les Wisigoths de Septimanie.

[48] Alaric II : Roi des Wisigoths  (484 – 507) Il. Il succède à son père, Euric. Il est le roi de la moitié de la Gaule située au sud de la Loire et au long de la rive droite du Rhône. Il règne aussi sur une grande partie de l'Espagne. Il est tué par Clovis I roi des Francs à la bataille de Vouillé.

[49] Clovis I : Roi des Francs  (481-511) Il est le fondateur de la dynastie mérovingienne.

[50] La bataille de Vouillé : Vouillé se situe près de Poitiers.  Cette bataille voit la victoire de Clovis  sur le roi wisigoth Alaric II, qui règne sur une partie de l'Espagne et sur l'ancienne Gaule Aquitaine. Il est tué à cette bataille par Clovis.

[51] fin'amor : ce terme occitan désigne à la fois un art de vivre et d'aimer, un idéal et un code de bienséance aristocratiques, destinés à régir en particulier la conduite amoureuse, elle s'est pour l'essentiel développée dans la sphère littéraire, d'abord dans la poésie de langue d'oc puis, plus tard, dans la poésie et le roman de langue d'oïl. Ce terme donnera naissance à la « courtoisie » très en vogue durant le Moyen Âge

[52]troubadours : Poètes lyriques qui accompagnent leurs poèmes de musique et qui exercent leur art auprès des grands seigneurs du sud de la France pendant la période qui va de la fin du XI e siècle jusqu'à la fin du XIII e siècle.

[53] Terres de Gothie : Appellation carolingienne de la région occupée depuis le V e siècle. par les Wisigoths (Languedoc, Roussillon, puis Catalogne)

[54] KOCH. G. Frauenfrage und Ketzertum im Mittelater. Berlin 1962.

[55] Trêve de Dieu : aux X e et XI e siècles, suspension des guerres féodales prescrite par l'Église pendant certains jours de la semaine et certaines périodes de l'année.

[56] NELLI. R. Les Cathares. Hérésie ou démocratie. Culture, Art, Loisir Paris 1972

[57] HEGEDUS. G. Ketzer und Könige. Prisma-Verlag. Leipzig 1966.

[58] Catharisme : c'est la doctrine des cathares. Elle est apparentée à celle des bogomiles. Elle repose sur un dualisme affirmant l'existence de deux principes premiers : -celui du Bien, créateur du monde spirituel où est Dieu et le paradis,  -celui du Mal, créateur du monde matériel où se situe la terre sous l'emprise du diable. L'homme, en se détachant des biens matériels, échappe ainsi à l'empire de Satan et s'approche du royaume de Dieu en débarrassant son âme et son esprit de sa prison charnelle. L'Eglise,  ayant vu dans le catharisme, qui attire de nombreux adeptes, un danger grave pour la foi et l'unité chrétiennes, est à l'origine de la cruelle croisade des albigeois (1209-1244), qui, si elle désorganise le catharisme, affaiblit considérablement le patrimoine culturel français de l'époque tout en fortifiant indirectement la royauté.

[59] Inquisition : Tribunal, distinct de l'ordinaire, dirigé par l'évêque, et permanent, chargé par la papauté de lutter contre l'hérésie au moyen de la procédure d'inquisition. L'Inquisition naît de la volonté de combattre les hérésies populaires qui se multiplient en Europe occidentale à partir du milieu du XII e siècle., particulièrement le catharisme. Tandis que princes et peuples réagissent par des massacres, conciles (depuis 1162) et papes se préoccupent d'organiser la lutte. Innocent III, qui cautionne la croisade, ou guerre, des albigeois (1209-1229), lui donne son efficacité par l'introduction de la procédure inquisitoriale (bulle Vergentis in senium, 1199, qui compare l'hérésie au crime de lèse-majesté).

[60] Ban : Pouvoir de commandement de jugement et de contrainte d'un seigneur sur la population de son domaine.

[61] Viguier : fonction équivalente dans le midi a celle d'un vicomte magistrat qui rend la justice au nom d'un comte ou du roi.

[62] Seigneur : Propriétaire féodal,  qui en général est noble. Il peut être aussi être le représentant d'un bien d'église.

[63] Chevalier : Combattant et guerrier à cheval, en général noble, admit dans l'ordre de la chevalerie. On peut être noble sans être chevalier, mais on ne peut pas être chevalier sans être noble.

[64] Avoué : Personne laïque chargée par l'évêque ou l'abbé de le représenter devant les juridictions laïques et de conduire les hommes d'armes de sa seigneurie devant le suzerain et devant le roi.

[65] Alleutier : Personne noble ou roturière, détenant ou non le droit de justice sur sa terre appelée « alleu ». Cette terre est alors indépendante de tout seigneur et de tout devoir féodal. Les alleux étaient surtout répandus dans le sud du royaume. Ils ont été victimes du développement du pouvoir royal à partir du XII e siècle.

[66] Obligations banales : droit de contrainte d'un seigneur  obligeant les habitants de ses terres à utiliser, moyennant redevances en argent les équipements qu'il a construit à ses frais sur sa seigneurie (four à pain, moulin à grains, pressoir à raisins ou à pommes).


Bibliographie des ouvrages anciens et contemporains ayant servi à la documentation de cette deuxième partie de cet ouvrage.

Auteurs contemporains :

ALPHANDERY. (P.). & DUPONT (A.)." La Chrétienté et l'idée de croisade ".  Nouvel Editeur 1954 – Paris, 1959.

HAENES. (A.). : " Les Invasions normandes, une catastrophe ? ". Paris, Editions Flammarion, Question d'histoire

LAFOND (Mary.). : " Privilèges et droits féodaux ". In " HISTOIRE SINGULIERE DE LA CHEVALERIE " J. J. E. ROY.

FROISSARD. (J.). : " Historiens et chroniqueurs du Moyen Âge ". Paris, éditions La Pléiade

SHÜTZ. (B.). : " l'ART DES GRANDES CATHEDRALES ". Paris, éditions Hazan

DE JOINVILLE sir (Jehan.). :" Histoire de Saint Louis ". Paris, éditions Jean de Bonneau

GARILOVITCH. : " Etude du traité de Paris de 1259 entre Louis IX roi de France et Henri III roi d'Angleterre. Paris

WARTBUG WALTHER VON : " Dictionnaire Etymologique du Français et de ses Dialectes ". 1922 réédité en

VIDAL de la BLACHE. P. : " Tableau géographique de la France ". Paris

RATZEL. (F.). : " Anthropogéographie" traite de l'influence du climat, de la géographie sur les actes et les pensées

RATZEL. (F.). : " Géographie politique ".

NELLI. (R.). : " Les Cathares. Hérésie ou démocratie ". Paris Éditions Culture Art Loisir

BRENON. (Anne.). : " Le vrai visage du catharisme ". Portet/Garonne éditions Loubatière

DEJEAN. (J. L.). :  " Les contes de Toulouse 1050-1250 ". Paris éditions Fayard

DUVERNOY. (J.). : " Le dossier de Montségur. Interrogatoires d'Inquisition 1241-1247. Édition Le Pérégrinateur.

 

Bibliographie des sources médiévales ayant servi à la documentation de cette deuxième partie de cet ouvrage.

 Auteurs anciens :

RICHER (fin X e début XI e), moine de Saint Remi de Reims : " Historiarum libri quatuor ".  (Richer continu les annales d'Hincmar).

DE JOINVILLE sir (Jehan.). :" Histoire de Saint Louis ". Paris, éditions Jean de Bonneau

FLUBERT de Chartres (saint) (960 – 1028), évêques de Chartres : " Lettres ".

SUGER (1081 – 1151), abbé de Saint Denis : " Vie du roi Louis le gros ".

SUGER (1081 – 1151), abbé de Saint Denis : " Mémoire sur mon administration abbatiale ".

SUGER (1081-1151), abbé de Saint Denis : " Histoire de Louis VII ".

PHILIPPE AUGUSTE (1165 – 1223 ), roi de France : " Actes de Philippe Auguste ". Édités par Delaborde Paris 1916.


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