Balafon d'engelbert Mveng

 

Thème : Balafon d’Engelbert Mveng :

Une poésie influencée par la personnalité de son auteur

 

par Russel Emmanuel Essindi,

                                                professeur de français

 

     Plan de l’exposé

 

       Introduction

 

I. Mveng l’africain

   1. L’expression de la Négritude

   2. L’enracinement culturel

II. Mveng, historien des civilisations et citoyen du monde

   1. Les voyages du poète

   2. Le trait d’union culturel

III. Mveng, le théologien de l’inculturation

1.      Ce que l’Afrique apporte à l’Église

  2. Ce que l’Afrique reçoit de l’Église

  

     Conclusion

 

 

Introduction

Le R. P. Engelbert Mveng a publié le recueil de poèmes Balafon en 1972. Il s’agit de seize poèmes qui nous promènent dans l’immense culture du poète et sa forte sensibilité aux relations humaines.

La poésie est un genre littéraire qui a diverses conceptions et définitions. Tout dépend souvent du poète, d’un critique littéraire, d’une époque ou d’une école d’écriture. D’où la réflexion de Verlaine sur l’ « idée vague » que certains s’en font. Il faut tout de même retenir que la poésie est une exploration subjective de l’homme et du monde par le rêve et l’imagination. Elle met donc en interrelation, par la magie du verbe, l’être humain poète et le monde qui l’entoure.

Par ailleurs, on peut entendre la personnalité comme l’ensemble des traits de caractère, de comportement, des aptitudes qui individualisent un être humain. Dans cet exposé, nous l’emploierons comme l’ensemble des aptitudes acquises par un homme au cours de sa vie, comme l’exprime souvent la biographie. Notre thème nous amènera ainsi à explorer une des sources d’inspiration du recueil poétique écrit par le camerounais Engelbert Mveng. Alors en quoi la poésie de Balafon est-elle influencée par la personnalité du poète Mveng ?  En d’autres termes, comment les éléments de sa vie peuvent-ils nous aider à comprendre ses poèmes ? Nous évaluerons cette problématique en trois principaux points correspondants aux trois aspects marquants de la vie de l’auteur à savoir : l’africaniste, le citoyen du monde et le religieux.

 

 

I. Mveng l’africain

 Cette première préoccupation tendra à montrer que le poète Mveng se réclame d’abord d’une origine dont il affirme fièrement sa dépendance, l’Afrique. Ce continent au-delà de ses spécificités habituelles, est marqué par une culture et une réflexion identitaire permanente. Le poète va exprimer cela.

 

 

1. L’expression de la Négritude

 Le terme « négritude » apparaît pour la première fois en 1934, dans un texte du Martiniquais Aimé Césaire intitulé « Nègrerie » publié dans la revue l’Étudiant noir. La négritude traduit l’affirmation des valeurs culturelles, historiques et spirituelles africaines. Non seulement littéraire et artistique, la négritude se fait politique notamment à ses débuts, à travers la lutte contre le colonialisme et l’humiliation subie par les pays d’Afrique noire. Cette notion a connu diverses acception  à travers l’histoire littéraire. L’une de ses tendances est « la Négritude triomphante » qui affirme le rôle majeur de l’Afrique dans la construction d’une civilisation universelle à travers l’histoire. Ici on reconnaît les thèses du chercheur sénégalais Cheik Anta Diop pour qui la réhabilitation de l’Afrique passe par la mise en évidence de l’origine noire de l’Égypte ancienne. Une thèse partagée par Engelbert Mveng.

Dans le poème « Moscou » (p.45) nous retrouvons quatre fois le terme « Négritude ». Déjà il a un rôle d’identification : « Pèlerin, je suis venu dans mon manteau de Négritude, ». Le poète explicite ensuite ce qu’est cette identité en évoquant sous son « je », le rôle de l’Afrique dans l’histoire des impérialismes : « Je n’ai pas colonisé,/ je n’ai pas occupé,/ Et pas annexé, / Et pas envahi, / Et pas opprimé, / Et pas saccagé, / Je n’ai pas alourdi le destin des caravanes humaines d’aucune cargaison neuve d’idéologies et d’ambitions. »  Cette double anaphore insiste sur la négation de l’impérialisme par l’Afrique et traduit le respect des libertés et du droit des autres peuples à s’autodéterminer. C’est aussi l’expression d’un sentiment de fierté qui anime le poète africain. Dans le poème « New-York » (p.41) le poète affirme le rôle positif de l’Afrique dans la construction d’une Amérique forte car dit-il : « Sans mon Afrique, / Nul souffle de vie ne montera de ce berceau ! / … Et la chanson maternelle de l’Afrique sur ton front…/ » Le possessif affectif traduit cette fierté grandissante pour une Afrique solidaire des autres peuples. C’est dire que le poète est fier d’être fils d’Afrique et il l’exprime avec éloquence.

 

2. L’enracinement culturel

Il se traduit déjà par la croyance animiste, une croyance en l’existence d’âmes ou d’esprits, principes supérieurs et immatériels qui résideraient dans les lieux, les personnes, les animaux ou les objets, existant chez de nombreux peuples. Le terme animisme vient du latin anima, « souffle » ou « âme ». Cette croyance se retrouve dans certains peuples et notamment en Afrique. Comme le dit Birago Diop, « Ceux qui sont morts ne sont jamais partis » (« Souffles » in   Leurres et lueurs, 1960.)

Déjà dans le poème « Moscou », le poète manifeste son amitié en ces termes : « Je t’apporte le salut de mes Ancêtres Bantou, dormant sous la case des Esprits, / (…)/ Je t’apporte le vin de palme dans le crâne des Ancêtres, » (p.46) L’orthographe des mots « Ancêtres » et « Esprits » avec des majuscules en début,  exprime le respect du poète envers ces principes supérieurs qui habitent son Afrique. Il les appelle, dans le poème « Adamawa », « dieux éthiopiques » (p.50) en d’autres termes, les dieux africains. Dans « Épiphanie, 1962 », le poète affirme : « Les sorcières et les devins tâtaient les flancs du / Gondwana de leurs mains de pressentiments, » (p.60) et dans « Mère » (p.79) il parle de « De mes mains de fétiche ». Ces diverses occurrences montrent que le poète reste attaché aux valeurs de sa terre natale, l’Afrique, quand bien même son parcours d’universitaire le fait voyager à travers le monde.

 

II. Mveng, historien des civilisations et citoyen du monde.

Le poète Mveng  c’est d’abord l’historien, le chercheur en histoire des civilisations. Il publie en 1963 son Histoire du Cameroun et en 1970, soutient à la Sorbonne,  une thèse de Doctorat D’Etat en histoire ancienne sur le sujet : « Les sources grecques de l’histoire négro-africaine depuis Homère jusqu’à Strabon. » Ainsi, le poète a physiquement voyagé à travers le monde et ceci se ressent dans son écriture poétique.

 

1. Les voyages du poète

            Son tour du monde, le poète l’exprime déjà symboliquement dans le premier regroupement du recueil intitulé « Mappemonde » et comprenant quatre poèmes bâtis sur le mode épistolaire. Ainsi, dans sa lettre « À Kong-Fu-Tseu », il traduit sous l’adresse à son ami chinois, sa connaissance géographique et culturelle de la chine et de l’Asie ou du monde oriental. (p.5-9) « Kong-Fu-Tseu mon ami, / Tu m’as ouvert toutes grandes/ Les portes du levant, » (p.5)  La lettre « À Roland -Roger » (pp.11-15) lui donne l’occasion de nommer les principaux lieux de culture de l’occident, sa géographie, mais aussi les méfaits du monde occidental sur l’Afrique. Cependant le poète se tourne vers l’avenir et vers des relations plus constructives entre Europe et Afrique. « À Moteczuma » (pp.17-20) c’est l’Amérique traditionnelle qui s’offre au lecteur. Puis le poète convie ses amis à une réflexion sur le modèle africain des relations entre les peuples et entre les hommes : « En Afrique, on aime les hommes, / Parce qu’ils sont hommes, / Tout simplement comme nous. »

            Par ailleurs, nous avons dans le recueil des poèmes dont les titres évoquent clairement des noms de villes gorgées d’histoire et d’événements particuliers. C’est le cas d’ « Ostende-Douvre » p.31, et « Marcinelle » p.35, des villes de Belgique ; mais aussi « New-York » p.41, « Moscou » p.45, et « Adamawa » p.49. On le voit donc, du Sud au Nord, de l’Est à l’Ouest, le poète historien convie son lecteur à un tour du monde aussi bien géographique que culturel et politique. Nous sommes entraînés à sa suite, à la rencontre d’autres peuples du monde.

 

2. Le trait d’union culturel

Partout, on peut le constater, le poète est reçu quasiment à bras ouverts, comme un frère ou comme un ami. Mais il n’est pas un visiteur passif, un vulgaire touriste, sinon quelqu’un qui accepte l’autre en se mêlant à lui. Cela peut être confirmé par le champ lexical de l’accueil qui parcourt la plupart de ces poèmes : « Tu m’as ouvert toutes grandes/ Les portes du levant », cinq occurrences dans tout le poème (pp.5-9), à quoi répond en écho le présent « je suis » ; « Pour moi, tu as ouvert/ le grand battant de l’accueil ; / » (p.11). On se rend compte que le poète s’identifie aux autres peuples de manière active montrant qu’il n’y a point de barrières ni de frontières entre les hommes de quelque coin où ils se trouvent dans le monde. « Les hommes sont tous frères ».

L’usage de la forme épistolaire amicale vient confirmer cette amitié que le poète prône entre les peuples du monde, militant ainsi pour une « civilisation de l’universelle » telle que pensée avant lui par Léopold Sédar Senghor. En somme, le poète historien, partout il arrive promeut un échange culturel concret. Il accepte l’autre comme il est.

 

III. Mveng, le théologien de l’inculturation

Le terme inculturation évoque un rapport entre religion et culture. Il désigne ainsi le fait pour une culture donnée d’assimiler ce qui vient d’ailleurs sans pour autant perdre son originalité. Mveng, l’homme d’église, fait prévaloir cela dans ses poèmes.

 

1. Ce que l’Afrique apporte à l’Église

On retrouve l’expression de cette idée déjà dans le poème « Épiphanie » pp. 57-62. Du grec epiphaneia, « manifestation », c’est une fête chrétienne fixée au 6 janvier chez les orthodoxes et célébrée le dimanche le plus proche chez les catholiques. Elle commémore l’Incarnation de Dieu dans l’humanité de Jésus, symbolisée par la venue des trois Mages (Évangile selon saint Matthieu, II, 1-12). Ces trois rois apportent des présents à l’enfant Jésus. L’Afrique, à travers le poète religieux, n’est pas en reste. Elle présente au glorieux nouveau né tout d’abord sa richesse culturelle « Je dis : mon Seigneur, / Voici de l’or,/ De l’or,/ De l’or pur,/ Dans la chair vive de mes mains. » (p.57) Cette répétition  sur le mot « or » évoque avec insistance et de façon métaphorique, le trésor culturel du peuple africain. Il souligne cela à la page 62 « L’or vivant de ton Afrique, / Dans la chair vive de mes mains ».

Ensuite, l’Afrique offre à l’Église une vision moins ascétique et plus festive de la célébration de la foi, la joie de l’adoration. On le voit dans le poème « Pentecôte sur l’Afrique » (p.67)

 « Le tam-tam dit : Pentecôte !/ Pentecôte, Pentecôte ! répond le balafon,/ Le tambour, Pentecôte ! / L’arc de vibration sur ma lèvre de silence, Pentecôte ! / O mes grelots, Pentecôte ! / O mes clochettes, / Dans mes pieds de cadence, Pentecôte ! / Dans mes mains, / Dans la jubilation de mes dix doigts, Pentecôte de jouvence ! »

Tous les instruments de musique traditionnels africains forment un concert qui vise à célébrer l’arrivée de l’Esprit Saint de Dieu. L’heure est à la fête en quelque sorte.

Enfin, l’Afrique apporte à l’Église l’image affective et sacrée de la mère. Dans le poème « Mère » (pp.73-93) le poète donne à celle-ci une valeur plurielle : la mère c’est le continent nourricier qu’est l’Afrique, c’est la femme génitrice qui met au monde l’enfant et l’initie à l’existence et en fin, c’est Marie, mère du Christ, femme bénie. La mère est pour le poète l’origine de toute vie et pour cela elle devrait  bénéficier de toute l’affection de l’homme. Cette approche maternelle de la dimension matrimoniale traduit bien toute l’affectivité dont l’Afrique entoure la mère, et partant, ce qu’elle apporte à la croyance religieuse occidentale.

2. Ce que l’Afrique reçoit de l’Église

En retour l’Afrique bénéficie selon le poète, d’un grand nombre de valeurs religieuses au premier rang desquelles nous avons l’ « Évangile » ou la Parole de Dieu. Il en parle dans sa lettre à « Roland-Roger » et c’est l’objet de la prière du poète dans le poème « Pentecôte » : « Oh ! Parle, mon Seigneur » répété à cinq reprises dans le poème, ainsi que le verbe « Parle », trois fois. Cette insistance exprime la volonté africaine de recevoir la « Parole de Dieu »

L’Afrique voudrait aussi recevoir l’approbation divine à travers le baptême : « venu au rendez-vous du Baptiste, » (p.63). C’est donc, du point de vue du poète religieux, une Afrique prête au christianisme dans son originalité, qui s’exprime ici. 

 

Conclusion

 En somme, nous notons qu’on peut analyser les poèmes du recueil Balafon en tenant compte de la vie de son auteur Engelbert Mveng. Sa biographie transparaît dans ses poèmes et nous permet de lire une personnalité plurielle qui part de ses origines africaines, parcourt le monde, flirte avec la culture africaine et la religion catholique pour offrir au lecteur un chant multiforme, un florilège culturel et humain. Car la poésie de Balafon est bien empreinte d’humanisme en détruisant notamment les cloisons géographiques et dogmatiques qui enveniment les relations entre les hommes et les peuples. L’originalité de Mveng réside dans ce mélange harmonieux, tout en rythme et en image qui fait de son écriture poétique, un des reflets les plus accompli de la poésie moderne.

 


Derniers commentaires   

Posté le 2017-11-05 21:47:34 par Fabianastorsone0Gmail-Com
Bonsoir cs'il vous plaît je vous très un exposé sur la religion

Posté le 2017-03-15 18:00:32 par Barbara
bonsoir je voudrai une etude du poeme depaysement dans balafon.

Posté le 2017-01-22 11:55:22 par kevin_mana
bonjour svp je voudrais un exposé "la religion dans balafon" dans 1h si possible.

Posté le 2017-01-11 21:25:03 par 683047415
svp je voudrais un exposé dans balafon tu reviendras Sénégal

Posté le 2017-01-11 21:24:31 par 683047415
svp je voudrais un exposé dans balafon tu reviendras Sénégal

Posté le 2016-12-28 10:26:41 par felix_biniga
bonjour je voudrais un plan detaille sur l'oeuvre balafon ayant pour theme la colonisation

Posté le 2016-03-05 07:23:29 par sandra.bankoub
Svp je voudrais un lecture méthodique de new York 1970 balafons svp dans 1h

Posté le 2016-03-05 07:23:10 par sandra.bankoub
Svp je voudrais un lecture méthodique de new York 1970 balafons svp dans 1h

Posté le 2016-03-05 07:22:29 par sandra.bankoub
Svp je voudrais un lecture méthodique de new York 1970 balafons svp dans 1h

Posté le 2015-12-27 12:38:48 par Stephanezoa95
Salut./que/signiphi/expliquer/et/gustiphie/le/titre/balaphon/excuser/mes/phaute/mon/claier/derange;merçi.

Posté le 2015-10-04 22:17:52 par 237678455533
J'aimerais avoir un plan détaillé et même l'exposé sur l'impérialisme dans balafon d'engelbert mveng si possible demain matin . merci d'avance

Posté le 2015-02-05 09:28:50 par romalik.kemlack
recevez mes salutations les plus distinguées,,j'aimerai avoir le plan détaillé sur l'exposé suivant.: BALAFON : poesie moderne....mercie d'avance

Posté le 2015-01-30 05:55:39 par nathy_guapa
très intéréssant ce travail,

Posté le 2015-01-30 05:55:38 par nathy_guapa
très intéréssant ce travail,

Posté le 2015-01-21 14:42:09 par flauryndhangono
svp je veux un plan détaillé sur la poésie moderne et de la négritude dans balafon de Engelbert Mveng svp pour demain et merci d'avance

Posté le 2014-12-29 09:25:31 par ghomsifotsom
svp je veux un plan d’exposé et si possible détaille sur la lettre a Roland Roger dans balafon du R P engelbert mveng svp une fois de plus pour demain

Posté le 2014-10-18 17:14:05 par Dany
L'aspect colonial n'est il pas invoquer dans ce poème?

Posté le 2014-10-18 17:12:53 par Dany
L'aspect colonial n'est il pas invoquer dans ce poème?