Avant propos

 


    Le Berry ! Cette contrée que nos lointains ancêtres les « Bitogiges Iocus » appelaient « le royaume du milieu » ou « le royaume des Anciens », est un territoire extraordinaire sur lequel l'histoire humaine semble s'être concentrée pour nous permettre d'en lire son déroulement au travers du temps.
    L'histoire du Berry est d'une telle richesse et d'une si grande densité, qu'elle permet à chaque terre qu'elle englobe, d'avoir sa propre évolution humaine.
    Et il en est ainsi pour « Les terres de Plou » qui sont l'objet de cet ouvrage.

    Réalisé, en septembre 2005, un premier écrit englobait une approche de l'histoire « des terres de Plou » dans celles du Berry et de la France. Mais beaucoup de lecteurs berrichons ont regretté que ce travail ne s'attache pas plus exclusivement à l'histoire de ce lieu. Sans doute avaient-ils raison puisque cette critique ou ce regret, est, pour une partie, à l'origine de cette nouvelle recherche présentée ici, et qui elle, se consacre uniquement à l'histoire spécifique du territoire de Plou.

    Mais ce souhait des lecteurs n'aurait pas à lui seul été déterminant à l'élaboration de ce nouvel ouvrage, si trois autres éléments majeurs éclairant la genèse des « terres de Plou », n'étaient pas survenus. Ces trois éléments sont :
    D'abord, la lecture approfondie des traductions des lettres latines rédigées par l'évêque de Clermont Ferrand « Sidoine Apollinaire »(1),  entre 471 et 486, destinées au roi des Bretons « Riothame » (2)  qui est aussi connu sous le nom de « Ambroise Aurèle ». Et le recoupage des apports de cette lecture avec les écrits de « Jornadès » (3)  sur l'histoire des Goths remarquablement analysé par « l'Abbé Dubos » (4)  en 1742, puis par « Ferdinand Lot » (5)  en 1947, et enfin par « Léon Fleuriot » (6)  en 1980.
    Ensuite, les traductions de trois chartes moyenâgeuses, elles aussi latines, l'une datant de 1163 attestant l'existence de la paroisse de Plou, l'autre de 1185 éclairant l'implantation rurale des terres de Plou presque encore visible de nos jours. Enfin une troisième de 1149 relative à la donation de « Poisieux » faite par Raoul II seigneur d'Issoudun au chapitre Sainte Croix d'Orléans (7) .
    Enfin, la ré édition d'un vieil ouvrage qui décrit les patientes et laborieuses recherches entreprises vers 1875 par Monsieur Louis Cartier de Saint René (8)  originaire de Lury sur Arnon. Cet ouvrage intitulé « Histoire du duché-pairie de Chârost et de la seigneurie de Mareuil », fut édité en 1879. Il rassemble et met en forme des renseignements fournis à cette époque par Messieurs :
    Augonnet, secrétaire du Comité diocésain d'histoire et d'archéologie du Cher ;
    Barberaud, archiviste du département du Cher ;
    Boyer, conservateur des archives de la ville de Bourges ;
    Buhot de Kersers, secrétaire de la société des Antiquaires du Centre;   
    Hubert, archiviste de l'Indre ;
    Le comte de Maussabré ; auteur de recherches sur les premières maisons
    seigneuriales ;
    Meschinet de Richement, archiviste de la Charente inférieure ;
    P. Riffer, ancien archiviste de la Haute Vienne, archiviste aux Archives Nationales.

    En plus, à ces trois éléments qui ont motivé ce travail sur l'histoire de Plou, il faut ajouter trois événements administratifs républicains, qui ont été malheureusement et indirectement responsables d'un appauvrissement de la mémoire collective locale, à un point tel que l'histoire de cette commune était perdue.
    A notre avis, cette carence de la mémoire collective du lieu, est la résultante de trois événements :
    Le premier événement réside dans la décision du gouvernement de la première République de 1792, d'attacher la commune de Plou nouvellement créée, au département du Cher. Par cet acte administratif, « les terres de Plou » et ses habitants furent coupés de leurs racines historiques qui se situaient depuis toujours, dans l'ex baillage de la grosse tour d'Issoudun.
    Le second événement découle de l'incendie de l'école et de la Mairie de Plou à Brouillamnon le 6 janvier 1934, qui détruisit une grande partie des archives communales mais aussi paroissiales. Aujourd'hui, sur place, les habitants du lieu ne disposent d'aucun document témoignant des faits locaux d'avant cet incendie.
    Enfin le troisième événement résulte de la récente organisation territoriale de l'année 2000 qui préconise le regroupement communal et du choix d'adhésion que fit la commune de Plou, qui l'enlise plus profondément encore dans le processus d'effacement de ses liens originels (9).


 

 Notes de références


 

(1)Sidoine Apollinaire : Né à Lyon en 430, Sidoine Apollinaire fut d'abord un homme politique gallo-romain qui fut élevé au rang de comte par l'empereur romain « Majorien » en 457. C'est un autre Empereur romain « Anthémius », qui le nommera préfet de Rome en 468. Enfin c'est en 471 qu'il de viendra évêque de Clermont Ferrand, où il mourut en 486. L'Eglise catholique fera de lui un Saint.

(2)Riothame : Ce nom désigne plus un titre qu'il n'est un patronyme. Riothame signifie « Rigo-samos = Grand roi=Chef suprême ». Ici, Riothame nome « Ambroise Aurèle » qui vient d'une famille noble britto-romaine. Il perd, vers 425, l'élection pour le titre de duc de « l'île de Bretagne » (Angleterre) au profit de « Vortigern ». Cette défaite électorale le contraint à l'exile en Gaule en pays « Biturienci » (le Berry) en une cité appelée « Biturigum » (Bourges). Riothame ou Ambroise Aurèle vit dans le Berry d'environs 425 à fin 456 ou début 458. Il part en île de Bretagne et y débarque à « Portus Adurni » (Portsmouth) pour combattre Vortigern. Victorieux, il devient duc de l'Ile de Bretagne et de l'Armorique (Bretagne française) fin 457. C'est en 469 que l'Empereur romain « Anthémius » lui demande de l'aider à arrêter les Wisigoths qui veulent envahir, entre autre, la Touraine et le Berry. Riothame ou Ambroise Aurèle, à la tête de 12 000 guerriers bretons, rencontre les Wisigoths à « Déols » près de ce qui sera « Château-Raoul » (Châteauroux). Il se réfugie alors en « Burgondie » (Bourgogne) alors qu'une partie de ses troupes défaites résiste et s'intègre à la population berrichonne gallo romaine. Il meurt à « Cair Guent » (Winchester) en île de Bretagne vers 470 -471. C'est son frère « Uther Pendragon » qui lui succède.
 
(3)Jornadès : Jornadès est un historien du VI e siècle. Bien que Goth, il s'est converti au christianisme arien. Il écrira en latin « l'Histoire des Goths » qu'il achèvera vers 551. En fait, cet ouvrage est un résumé de « l'Histoire des Goths » écrite par Cassiodore en 430.
 
(4) Jean-Baptiste Dubos : Jean -Baptiste Dubos est né en décembre 1670 à Beauvais, c'est un homme d'Eglise puis un diplomate et enfin un historien qui va notamment s'attacher à rechercher les origines de la monarchie française dans la gaule gallo-romaine. Il meurt le 23 mars 1742 à Paris.

(5) Ferdinand Lot : Ferdinand Lot est un historien médiéviste français né le 20 septembre 1866 à le Plessis Robinson. Il fut Archiviste paléographe en 1890, puis Bibliothécaire à la Sorbonne pendant dix ans avant d'être nommé Maître de conférences à l'Ecoles Pratique des Hautes Etudes en 1900. Il fut membre de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres en 1924. Il meurt en 1952.

(6) Léon Fleuriot : Léon Fleuriot est né en 1923. C'est un universitaire français spécialiste des langues celtiques (vieux breton, gallois et irlandais), de l'histoire de la Bretagne gallo-romaine et du début du Moyen Âge. Il meurt en 1987.

(7) Ces traductions ont été réalisées par Monsieur Georges Roblet.

(8) « Louis Cartier de Saint René » : Il est propriétaire à Lury sur Arnon, Administrateur du Directoire, Député du Cher. Première édition :  CARTIER DE SAINT RENE. (L.). : « Histoire du duché-pairie de Chârost et de la seigneurie de Mareuil » Editions A. Chaix et compagnie. Paris 1879. 711 pages. Ré édition : CARTIER DE SAINT RENE. (L.). : en deux volumes - I « Histoire du duché-pairie de Chârost » 120 pages. II « Histoire de la seigneurie de Mareuil ». 187 pages. Editions Alice Lyner. Issoudun 2009.

(9) En effet, en 1793, en les situant dans le département du Cher, la première République fut responsable de la coupure des « terres de Plou » avec son histoire ancestrale originelle.
Par contre, le 29 décembre 2000, en choisissant de faire partie de la communauté de Communes du pays Florentais, alors que la logique historique aurait voulu qu'elle adhère à celle du pays d'Issoudun, c'est Plou qui porte la responsabilité de l'accentuation de l'oubli de ses origines.

 


 


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