Extrait du livre

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Comment vaincre les obstacles liés au conformisme ? « En Afrique traditionnelle, il ne viendrait jamais à l'esprit d'un apprenti-forgeron, tisserand ou guérisseur de remettre en cause les enseignements reçus de son maître. En aucun cas, l'apprenti ne songera à faire appel à sa curiosité et à son esprit créatif pour déboucher sur des innovations dans le métier. La règle qui commande cette attitude est qu'il faut préserver le savoir, et le rendre tel qu'on l'a reçu. Ainsi, pour soigner un malade, le guérisseur se livrera à la même litanie rituelle et aux gestes qu'il a entendue et vus répéter pendant de longues années d'apprentissage. Le tisserand se contentera de confectionner les mêmes modèles d'habits avec la même matière première. Ainsi par exemple, pendant des millénaires, les pirogues utilisées par les pêcheurs africains n'ont pas évolué. Il en est de même pour les outils utilisés dans l'agriculture telle que la houe, la machette ou dans la vie quotidienne tel que le mortier à piler. Commandée par le sens aigu de la discipline, l'attitude conformiste était curieusement une des vertus de la société traditionnelle. Le conformisme transposé dans la société moderne comporte nombre d'effets néfastes. Il empêche les salariés de changer et d'innover leurs méthodes de travail. « On a toujours fait comme ça et ça a marché » ou encore « il veut changer le monde », etc. Toutes les formules sont bonnes pour décourager ceux qui veulent susciter des changements. Un exemple éloquent : à la fin des années soixante-dix, un chef de département d'une grande entreprise ivoirienne s'est fait « rudoyer » par son Directeur général pour lui avoir demandé lors d'un comité de direction de lancer l'entreprise sur la voie de l'informatisation. Le patron estimait que son collaborateur faisait preuve d'ambition déplacée et que « son » entreprise n'avait pas besoin de « machine de luxe » pour tenir sa comptabilité. Au regard des progrès réalisés aujourd'hui par les entreprises grâce aux ordinateurs, on pense que cette entreprise a raté sa « révolution » . Personne n'ignore le rôle important joué par les grandes inventions dans la révolution industrielle en Occident. Si les Anglais avaient eu la même attitude conformiste à l'égard des usagers établis dans les fabriques au XIXe siècle, les progrès réalisés dans l'industrie textile n'auraient jamais été possibles. Et notre monde n'aurait jamais eu l'essor prodigieux qu'il a connu depuis l'invention de la machine à vapeur jusqu'à la découverte de l'espace. Les progrès technologiques réalisés par la société occidentale ont été favorisés par une remise en cause permanente de ce qui existe. Les automobiles des années cinquante dans lesquelles se déplaçaient les commandants de cercle de l'ère coloniale n'ont rien à voir avec les voitures d'aujourd'hui équipées de télécommande et dans lesquelles roulent des citoyens ordinaires. Les trains à vapeur sont de véritables pièces de musée à côté des TGV (Trains à grande vitesse) qui concurrencent les avions ! Ces progrès montrent que la culture occidentale, on n'accorde pas autant de place au conformisme. Qui ne risque rien, dit-on, n'a jamais rien. Le changement y est perçu comme une source de progrès ; et l'ambition des individus est considérée comme une grande vertu puisqu'elle est le catalyseur du changement. Les adages américains rendent bien compte de cet état d'esprit : « ne vous endormez pas en pensant qu'une chose est impossible. Vous risquerez d'être éveillé par le bruit que ferait un autre en l'exécutant » ; ou encore « chaque jour, nous faisons des choses difficiles ; l'impossible prend juste un peu plus de temps ». Le milliardaire américain Ted Turner, patron de la Chaîne de télévision CNN rapporte que quand il était jeune, son père lui disait « de ne jamais se fixer un but que l'on pouvait atteindre. Après l'avoir atteint, il ne vous reste rien ». La manière de voir les choses de la plupart des Africains est bien différente. En Afrique, l'ambition n'est pas toujours bien perçue. De même, la remise en cause en cause de ce qui existe n'est pas toujours bien vue, puisqu'elle est souvent comprise comme un défi aux réalisations passées et à leurs auteurs. Dans une entreprise ivoirienne, la direction financière a organisé un test de recrutement pour l'embauche d'un cadre. Le major du test a eu le malheur de dire au cours de l'entretien qu'il caresse l'ambition d'améliorer les procédures comptables de l'entreprise et rêve d'être le patron du département dans une dizaine d'années s'il est recruté. Le directeur financier informé de cette réponse a préféré embaucher le deuxième candidat. Dans les entreprise africaines, les esprits ne sont pas encore favorables à l'ambition ni à la remise en cause des choses. La confrontation des idées est redoutée. Et pourtant, tout cela est la base du progrès ».

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