Roms ?

Lorsque j'étais gamin, il y a plus d'une bonne trentaine d'années, j'entendais parler, à la fin des repas de famille, des "romanichels" qui envoyaient leurs enfants à l'école de mon petit village. J'ai longtemps cru que dans la cour de récré, je jouais avec les enfants de la famille Romanichel tout comme eux jouaient avec les enfants de la famille Bollinger.

En grandissant, j'ai compris que ce n'était pas un patronyme. Le dictionnaire me donnait raison en présentant le mot comme un nom commun désignant des personnes qui errent, qui ne vivent  donc pas forcément toujours au même endroit.

 

Depuis que l'on entend parler des Roms avec une majuscule comme pour leur conférer une espèce de nationalité, je me suis demandé naïvement s'il existait une relation entre mes copains romanichels de la communale et ces personnes que l'on expulse de notre beau pays.

 

A priori non : la langue de Molière n'est pas si maniable que l'on puisse changer la longueur des mots qui passeraient par magie de quatre syllabes à une syllabe, comme pour réduire déjà leur importance lexicale (je ne parle pas ici des apocopes ou aphérèses cinquantenaires, voire plus, qui font de cinéma ciné ou d'autobus bus). Cette langue n'est pas non plus si approximative qu'elle accepte en quelques mois un changement de  nature  (pour certains termes en tout cas), transformant des noms communs en noms propres, rien que pour les salir.

 

Et ça me rassure de le penser ; sans quoi, il faudrait que je remette en question toutes les notions grammaticales que l'on m'a inculquées depuis l'enfance. A quarante-cinq ans passés, ce serait au-dessus de mes forces. D'autant plus que j'aime à croire que le langage, c'est la vie.

 

© J-M B. (septembre 2010)

 

http://www.lechasseurabstrait.com/revue/Roms

 


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