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Dossier "burkini"

EMC Terminale, La laïcité et l’expression des croyances

À propos de polémiques récentes autour du burkini

Doc 1 : Polémique autour d'une journée «burkini» dans un parc aquatique

En privatisant, pour une journée, un parc aquatique au nord de Marseille, dans les Bouches-du-Rhône, une association féminine et musulmane a déclenché une virulente polémique. […] L'association Smile 13, pour Sœurs marseillaises initiatrices de loisirs et d'entraide, a loué le centre aquatique privé SpeedWater Park, sur la commune des Pennes-Mirabeau, à mi-chemin entre Marseille et Aix-en-Provence, le 10 septembre prochain […]. Au programme: baignade, toboggan «Grand Huit» ou «Kamikaze», cascades d'eau, le tout dans le respect «de la Awra», soit «toute partie du corps que l'être humain cache par pudeur», selon la religion musulmane. L'événement est réservé aux femmes et aux enfants, âgés au maximum de 10 ans pour les garçons. Le descriptif fait par l'association précise qu'«exceptionnellement le parc autorise la baignade en burkini/jilbeb de bain», une autorisation négociée par l'association en raison de la présence de «maîtres-nageurs hommes». Outre les burkinis, les tenues acceptées seront au minimum «un maillot une pièce avec paréo ou short-caleçon».

Smile 13, dont «le but premier est de faciliter l'accès à l'eau aux femmes», propose régulièrement ce type d'activité, d’après son site Internet. La page «Piscine femme» indique que ces événements aquatiques se tiennent régulièrement dans divers lieux privés à Marseille. L'association y écrit que «les sœurs» participantes sont tenues d'«avoir une tenue adéquate» et les incite à se préserver «autant des femmes que des hommes».

Mercredi, c'est Valérie Boyer, députée les Républicains des Bouches-du-Rhône, qui a dégainé la première contre la journée burkini. […]. Selon la députée, «accepter cette soi-disant mode, c'est conforter le communautarisme dans notre pays, mais c'est aussi une question de dignité de la femme».

Michel Amiel, maire divers gauche des Pennes-Mirabeau, la ville de 20.000 habitants où se situe le parc aquatique, a ensuite déclaré sa ferme intention d'interdire l'événement. […]. Le maire FN des 13e et 14e arrondissements de la ville de Marseille, Stéphane Ravier, a également surenchéri, parlant d'une «journée islamique» qui «démontre qu'un certain nombre de musulmans se coupent volontairement de notre modèle républicain[…]». Le maire de Cannes, David Lisnard, évoque une «dérive sectaire supplémentaire».

Voix détonnante dans le débat, Samia Gahli, maire socialiste des XVe et XVIe arrondissements de Marseille, s'est démarquée en dénonçant «une polémique inutile». «[…] Louer un lieu privé n'est pas interdit par la loi, se baigner couverte n'est pas interdit par la loi, je ne vois donc pas comment on peut interdire cet événement qui ne pose aucun trouble à l'ordre public». La sénatrice PS des Bouches-du-Rhône dénonce «une dérive inquiétante» du débat. «Si on déclenche une polémique à chaque fois qu'une partie de la communauté musulmane bouge le petit doigt, ça devient dangereux.» Selon elle, «tous ceux qui contribuent à ce genre de polémiques sont les meilleurs agents de Daech». Le député PS des Bouches-du-Rhône, Patrick Mennucci, lui a emboîté le pas en parlant d'une «polémique anti-musulman». […]

De son côté, l'association Smile 13 assure être dans son bon droit. «Je ne vois pas ce qu'on peut nous reprocher à part de pratiquer notre religion, a expliqué la trésorière de Smile 13, Melisa Thivet, à Europe 1. Nous sommes dans un pays laïc et chacun doit pouvoir pratiquer son culte comme il l'entend.» L'association se défend de tout communautarisme et tient à rappeler que l'événement est ouvert aux femmes non musulmanes.

Paul de Coustin, Le Figaro, 4 août 2016

Document 2 : Burkini, une polémique en eaux vives

Une association privée loue pour une journée un lieu privé – en l’espèce Speedwater Park des Pennes-Mirabeau (Bouches-du-Rhône) –, invitant les femmes à venir s’y baigner en «burkini et jilbeb de bain», ces tenues aquatiques islamiques couvrant le corps de la tête aux chevilles. Il suffit d’énoncer cette phrase pour déceler tout le carburant à polémique qu’elle contient. Si, in fine, des femmes voilées se retrouvent à se baigner habillées, sans la présence d’hommes de plus de 10 ans (en dehors des maîtres-nageurs), il convient de ne pas confondre, au moins sur le plan du droit, la problématique posée par cette «affaire» avec la revendication de créneaux réservées aux femmes dans des installations publiques, telles qu’une piscine municipale, par nature ouverte à tous et à toutes. Ajoutons, au passage, que le parc privé devait être fermé à la date dudit événement : sa tenue ne privait donc personne de l’usage des installations.

Certes, l’extrême droite, emmenée par le sénateur marseillais Stéphane Ravier, a crié à la charria made in France : «Fini le 'vivre-ensemble', place au vivre avec le communautarisme islamique. […]» Certes, la droite, avec en tête la députée des Bouches-du-Rhône Valérie Boyer, a entonné le même refrain, montant au créneau pour lancer : «Nous ne pouvons pas tolérer de telles pratiques dans notre pays !», voyant dans cette journée «l’expression la plus visible des intégristes».

Autant de réactions – et certains à gauche ont eu peu ou prou les mêmes – qui négligent le caractère tout à fait légal de cette manifestation privée. Ce n’est pas un détail. Face à la polémique, le maire et sénateur (divers gauche) de la commune où est situé le parc aquatique, a toutefois décidé de transmettre au préfet un projet d’arrêté municipal d’interdiction. Dans le Parisien, Michel Amiel a pointé cette manifestation «comme une provocation dont on n’a pas besoin dans le contexte actuel. C’est du communautarisme pur et dur».

Et le maire de justifier l’interdiction, non au nom du principe de laïcité, en rien bafoué dans cette histoire, mais «en raison des menaces de troubles à l’ordre public». Sur Europe 1, il a ajouté : «[…] Il n’y a pas de problème communautaire [dans ma ville], et je ne pense pas que cet événement va en créer. Je pense toutefois qu’une grande majorité de la population des Pennes-Mirabeau approuvera ma décision, […].» 

Si la démarche de Smile 13, l'«association culturelle, sportive et d’entraide pour femmes et enfants» des quartiers Nord de Marseille, organisatrice de l’événement, qui dit «respecter tout le monde» et ne pas être «cultuelle», est évidemment communautariste, que gagne-t-on à la stigmatiser comme le signe avancé d’une islamisation conquérante de la société française, menaçant notre République ? Sans en rabattre sur la défense de la laïcité, là où celle-ci est en cause, la question mérite d’être posée. Mais quoi de commun entre un parc aquatique privé et les sanctuaires laïcs que sont une école, un collège ou un lycée ? Priver de ce loisir certaines femmes, au nom de leurs droits – elles revendiquent celui de se baigner ainsi – ne risque-t-il pas d’être en premier lieu contre-productif, suscitant un sentiment d’injustice ? […] Patrick Mennucci, élu marseillais et député PS, a été l’un des rares à ne pas plonger dans la polémique : «Le bain habillé est-il contraire à la loi en France ? Non. […]», a-t-il réagi sur Twitter, dénonçant une «polémique anti-musulmans de plus».

Jonathan Bouchet-Petersen, Libération, 4 août 2016

Document 3 : Comment le « burkini » est devenu la polémique du mois d’août

Stop ou encore ? Le Conseil d’Etat a invalidé, vendredi 26 août, l’arrêté municipal de Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritimes) qui interdisait les vêtements religieux ostentatoires à la plage, visant en premier lieu le « burkini ». Retour sur les dates clés d’une polémique qui a occupé une bonne partie de l’actualité politique 2004. Aheda Zanetti, une Australienne d’origine libanaise, invente le « burkini ». Elle explique au Monde avoir voulu proposer une tenue qui permette aux femmes de se baigner en respectant la pudeur religieuse. 2004-2015. Premières polémiques en France autour de l’autorisation du burkini, comme à Emerainville (Seine-et-Marne), en 2009. […] Ces controverses restent très localisées et font […] peu de vagues.

30 mars 2016. Alors que plusieurs polémiques éclatent à l’étranger à propos d’enseignes proposant des articles de « mode islamique », la ministre du droit des femmes, Laurence Rossignol, prend position contre ce phénomène dans une interview sur RMC. Le burkini n’est pas visé en tant que tel. […]

5 août. La classe politique française s’empare du sujet à la faveur d’une polémique dans les Bouches-du-Rhône. Une association voulait louer le parc aquatique Speedwater Park des Pennes-Mirabeau sur une journée en septembre. […] Bien qu’autorisé en principe par la loi, cet événement suscite une vive opposition de la mairie et de responsables politiques de droite et d’extrême droite. La journée est finalement annulée, annonce le parc le 9 août.

11 août. Un arrêté interdisant le port de vêtements religieux sur les plages de la ville de Cannes (Alpes-Maritimes) relance la polémique. […] Des dizaines de villes du nord et du sud de la France prennent des arrêtés similaires dans la foulée. Le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) et la Ligue des droits de l’homme (LDH) prennent position contre ces mesures et déposent des recours.

13 août. Une rixe sur une plage de Sisco, en Corse, est attribuée à une dispute sur le port d’un burkini. Le maire prend un arrêté l’interdisant. Il est apparu dans l’enquête que la tenue de bain avait été évoquée à tort.

17 août. Manuel Valls apporte son soutien aux maires interdisant le burkini dans une interview à La Provence.

23 août. Des photographies de policiers niçois verbalisant une femme portant un voile sur la plage de Nice au nom de l’arrêté « anti-burkini » choquent en France et à l’étranger.

25 août. Le débat continue de diviser jusqu’au sein du gouvernement. Deux ministres, N. Vallaud-Belkacem et M. Touraine, critiquent les arrêtés « anti-burkini », tandis que M. Valls soutient les maires concernés.

26 août. Le Conseil d’Etat a décidé de suspendre l’arrêté municipal pris à Villeneuve-Loubet, qui visait implicitement le port du burkini. Les juges ont notamment estimé que dans cette commune « aucun élément ne permet de retenir que des risques de trouble à l’ordre public aient résulté de la tenue adoptée en vue de la baignade par certaines personnes. En l’absence de tels risques, le maire ne pouvait prendre une mesure interdisant l’accès à la plage et la baignade ».

Dans les 30 autres communes ayant pris des arrêtés similaires, les arrêtés municipaux sont toujours en vigueur jusqu’à ce qu’ils soient contestés en justice. La décision du Conseil d’Etat […]  permet d’affirmer que, en cas de recours, les autres arrêtés seront eux aussi cassés par la plus haute juridiction administrative française.

Les Décodeurs, Le Monde, 26 août 2016


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