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La citoyenneté européenne, le Brexit

Le Brexit, un usage responsable de la citoyenneté ?

Doc 1 : La presse britannique et le résultat des élections

Taper sur l'Europe a longtemps été le sport préféré de la presse britannique. C'est simple, chaque matin, l'Anglais frise l'apoplexie. En cause, les fonctionnaires tatillons de Bruxelles, qui ont l'outrecuidance de vouloir dicter la composition des saucisses made in England . Les lecteurs du "Sun" ont également manqué s'étouffer en lisant dans leur tabloïd préféré qu'une directive bruxelloise allait contraindre leurs traditionnels Fish and Chips à mentionner le nom latin des poissons !

En fait, la recommandation invitait simplement les vendeurs à plus d'information et de transparence sur les emballages. Les délires ne manquent pas : les bananes trop courbées, prétendument interdites (non, juste catégorisées) ; le décolleté des serveuses dans les pubs menacés de prohibition (par obligation de protéger - si nécessaire - les employées des effets du soleil) ; sans oublier les fameux bus à impériale dont les jours seraient comptés (à la suite d'une directive améliorant l'accessibilité des autocars, mais qui ne concerne pas les double deckers londoniens).

Sarah Helm, ancienne correspondante à Bruxelles de "The Independent" estime :

"Très souvent, ces histoires sont amusantes ou absurdes, et contiennent parfois une pointe de vérité, mais elles sont presque toujours énormément déformées, voire inventées de toutes pièces"

La recette est à chaque fois la même : prenez une rumeur, une proposition ou une idée, saupoudrez-la d'une bonne dose d'exagération, et la voilà transformée en sévère menace pour le mode de vie british.

Mais, ces jours-ci, on assiste à un autre genre d'euro-bashing. Nettement moins drôle. Florilège des manchettes en gros caractères : "Commerce GB avec l'Europe en chute libre : l'économie britannique moins dépendante d'une UE en crise" (le "Daily Mail") ; "Nous ne pouvons contrôler nos frontières qu'en quittant l'UE " (le "Daily Express") ; "la Grande-Bretagne prospérerait post-Brexit" ("The Sun") : un déluge antieuropéen.

Est-ce si étonnant ? Au milieu des années 1990, souligne Sarah Helm, le plus prolifique dans l'euro-bashing n'était autre que le correspondant du Daily Telegraph à Bruxelles, un blond platine à la mèche rebelle et à la verve insatiable : un certain Boris Johnson, aujourd'hui, chef de file du camp pro-Brexit. L'ancien maire de Londres vient de créer la polémique en comparant le projet de "super Etat" européen à celui voulu par... Adolf Hitler.

Aucun doute possible : la presse britannique est majoritairement eurosceptique. A tel point qu'en 2005, le bureau londonien de la Commission européenne s'est même senti obligé de mettre en place un site web afin de décoder les fables et de rétablir des vérités premières. Dix ans plus tard, quelque 650 affabulations ou approximations ont ainsi été dévoilées.

Les journaux britanniques ne sont donc pas tout à fait neutres dans le référendum du 23 juin qui pourrait déboucher sur la sortie de la Grande-Bretagne de l'Union. La presse outre-Manche, estime Charles Grant, directeur du proeuropéen Centre for European Reform, est :"de façon unique en son genre, puissante et eurosceptique. Les trois quarts des lecteurs de quotidiens en Grande-Bretagne lisent un journal qui pousse les gens à ne pas aimer l'UE. Et le dernier quart lit une presse qui, même si elle est généralement proeuropéenne, n'hésite pas à publier des papiers qui critiquent l'UE."

Quatre groupes de presse - celui du Daily Telegraph, du Daily Mail, du Daily Express, du Sun et du Times - représentent environ 75 % des lecteurs d'un journal papier au RU. Ils sont tous hostiles à l'UE, même si le Times et le Telegraph l'expriment sur un ton un peu plus modéré que les autres, proches par moments de l'hystérie. On se souvient, fin 1990, de la manchette du Sun sur le projet d'une monnaie autre que la livre : "Up Yours Delors" (va te faire voir, Delors).

Le Daily Mirror, le Guardian, le Financial Times et The Independent , aujourd'hui uniquement en ligne - sont en principe favorables à l'Union européenne, ce qui ne les empêche pas d'être aussi très critiques envers elle.

Encouragée par sa presse, cette nation insulaire se plaît donc à croire que l'UE est une sorte de complot continental visant à en finir avec la souveraineté britannique. Et, souligne Charles Grant, si les représentants de la classe politique n'osent pas s'attaquer aux contrevérités publiées, c'est pour la bonne et simple raison que "très peu d'entre eux estimerait dans leur intérêt de le faire" par crainte de prendre l'électeur à rebrousse-poil.

Dans un sondage, réalisé par You-Gov en début d'année, 26 % des personnes interrogées trouvaient la presse britannique trop orientée sur la question - un pourcentage plus important qu'en France, en Allemagne ou en Scandinavie. Qualifiée d'"hystérique" par des commentateurs proeuropéens et de gauche tels que Polly Toynbee, du "Guardian", cette campagne pour le Brexit surprend déjà par sa férocité mais, prévient-on en coulisses, on n'a encore rien vu : elle s'annonce "dirty" (sale) dans la dernière ligne droite.  "Mais qui parlera pour l'Angleterre ? ", interpellait le "Daily Mail", en une, au lendemain des négociations entre David Cameron et l'UE conclues en février - un titre en référence directe au débat à la Chambre des communes le jour où Hitler a envahi la Pologne.

Le "Sun", lui, a trouvé "Who do EU think you are kidding, Mr. Cameron?"  Allusion à "Qui pensez-vous duper, Mr. Hitler ?" (la phrase est tirée du générique de "Dad's Army", une série télé très populaire). Et le tabloïd n'a pas hésité à qualifier les concessions obtenues par Cameron, notamment sur les allocations accordées aux nouveaux arrivants européens, de : "gros tas de fumier" et de "défaite abjecte". Tout en finesse…

"C'est un processus de propagande implacable" , rapporte dans son blog médias Roy Greenslade, ancien rédacteur en chef du "Daily Mirror" et désormais professeur de journalisme à la City University de Londres.

"Les journaux n'influencent pas leurs lecteurs avec un seul titre, ou un unique édito. Il s'agit de marteler continuellement le même message, de renforcer les idées préconçues, dans toutes sortes d'articles. mois après mois, c'est ainsi que les journaux font en sorte que leurs lecteurs ne se posent même plus de questions sur la propagande qu'ils consomment."

Mais à l'ère d'internet et des réseaux sociaux, avec des ventes en chute libre, la presse écrite influence-t-elle encore les intentions de vote de ses lecteurs - et donc le résultat d'un référendum ? John Curtice, politologue réputé et grand manitou des sondages, pense que oui : "Les journaux ont une influence certes faible mais quantifiable sur les lecteurs, donc leurs avis pèsent. Mais comme le pourcentage du public qui les lit est aujourd'hui relativement bas, leur portée est moindre."  Il n'en demeure pas moins qu'ils orientent encore le débat de la campagne et dictent l'agenda des radios et des télévisions.

L'effet boule de neige de décennies d'histoires sur les bananes illégales, de gros titres sur les « bureaucrates dingos de Bruxelles » et les accusations répétées d'incompétence et d'ingérence pourraient bien jouer un rôle significatif le 23 juin prochain. Surtout si le « oui » et le « non » sont au coude à coude.

Marie-Hélène Martin, Téléobs, le 28 mai 2016

Doc 2 : Les motivations des partisans du Brexit

Il y a quelques jours, la ville de Leicester, 330 000 habitants, était en liesse. Des dizaines de milliers de fans agitaient des drapeaux bleus dans les rues après la victoire de leur équipe de foot dans le Championnat d'Angleterre, au nez et à la barbe des grosses écuries (Manchester, Arsenal ou Chelsea). « Une marée humaine, vous auriez dû voir ça », sourit Derek Cunnington, ouvrier dans une usine de textile. Mais une caravane en a vite remplacé une autre.

Ce jeudi 19 mai, c'est l'équipe de campagne du non à l'Union européenne qui investit la grande salle de réunion de Leicester avec ses autocollants « Leave the EU », ses tee-shirts rouges et sa star féminine, ministre dans le gouvernement de David Cameron, Priti Patel. Très à l'aise, la jeune femme d'origine indienne n'a pas de mal à trouver les arguments pour séduire un électorat déjà très remonté contre les « bureaucrates de Bruxelles ». Mais ce sont surtout ses attaques contre l'immigration venue des pays de l'Est qui font mouche dans une région touchée par le chômage. L'assistance approuve chacune de ses saillies par des « yeeaaaahhh » enthousiastes.

« Plus de 250 000 personnes venues de l'UE ont émigré dans notre pays ces douze derniers mois, l'équivalent d'une ville comme Newcastle. Si cela continue, dans dix ans nous devrons accueillir 2 millions de personnes en plus. Et nous ne pourrons rien faire pour nous y opposer puisque les lois communautaires nous imposent la liberté de mouvement pour les Européens », martèle la ministre à la tribune, provoquant un tonnerre d'applaudissements.

Partout en Grande-Bretagne, c'est bien ce « grand remplacement » supposé qui booste le camp du non. Cette peur, en partie irrationnelle, de voir le peuple britannique se dissoudre petit à petit dans un ensemble composite. « L'immigration d'origine indienne ou pakistanaise, pas de problème, nous avons géré avec le temps. Mais les milliers de Polonais, de Roumains ou de Bulgares qui arrivent pour nous piquer nos jobs et nos maisons, ça, ça nous rend malades », assène Peter Lord, employé de banque dans le centre de Leicester. Il ajoute : « Cinq autres pays européens souhaitent adhérer prochainement à l'UE, dont la Turquie. C'est une pure folie. Les Britanniques ont toujours été eurosceptiques. Nous voulons garder notre souveraineté, rester maîtres chez nous. Pour une fois qu'on nous donne la parole, on ne va pas se gêner pour la prendre. »

Les enquêtes d'opinion sont formelles : les jeunes, les habitants des centres urbains, les diplômés et toutes les catégories socioprofessionnelles qui bénéficient de la mondialisation voteront majoritairement pour le maintien au sein de l'UE lors du référendum du 23 juin. A l'inverse, les agriculteurs, les salariés modestes, les personnes âgées et les déclassés se prononceront surtout en faveur d'un Brexit. Qui l'emportera dans un mois ? Le dernier sondage publié par l'institut YouGov, mardi, renvoie les deux camps dos à dos : 41-41 (avec 18 % d'indécis). Dans ce pays où les bookmakers sont rois, les paris restent -- très -- ouverts.

Frédéric Gerschel, Le Parisien, 27 mai 2016

Doc 3 : Un vote dangereux ?

Le Trésor britannique a prévenu lundi qu'une récession s'abattrait sur le pays en cas de sortie de l'Union européenne, une nouvelle prévision anxiogène qui nourrissait l'argumentaire du Premier ministre David Cameron et la colère des défenseurs du Brexit.

Après avoir mis en garde il y a un mois contre le "choc économique violent" que représenterait à long terme un départ du navire européen, le ministère des Finances a diffusé des données inquiétantes sur l'impact cette fois à court terme d'un Brexit, à un mois du référendum sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'UE le 23 juin. "L'économie britannique plongerait dans une récession d'une année", a-t-il affirmé, soulignant que le pays apparaîtrait brutalement comme "moins ouvert au commerce et à l'investissement", subirait l'impact des incertitudes engendrées sur l'activité des entreprises et souffrirait d'une brutale volatilité des marchés financiers si chers à la City de Londres. Au final, les experts du Trésor ont calculé que le produit intérieur brut (PIB) du pays serait inférieur de 3,6% au bout de deux ans à ce qu'il aurait été en cas de vote pour rester dans l'UE, et même inférieur de 6% dans le cadre d'un scénario encore plus pessimiste. "Les Britanniques ont travaillé si dur pour remettre notre pays sur les rails (...), est-ce-que le Royaume-Uni veut désormais retomber en récession de par sa propre faute ?", a immédiatement réagi le ministre des Finances George Osborne qui, comme David Cameron, défend un maintien dans l'UE alors que le camp conservateur est très divisé entre pro et anti-UE. M. Osborne rappelle que le pays a connu il y a huit ans "sa plus sévère récession depuis la Seconde Guerre mondiale" en raison de la crise financière internationale, avant que la croissance ne reparte pour atteindre ces deux dernières années un rythme supérieur à la plupart des autres pays riches du G7.

La publication du Trésor est la dernière en date d'une série de mises en garde sur les conséquences économiques d'un Brexit, lancées ces dernières semaines par de nombreuses institutions officielles comme la Banque d'Angleterre, l'OCDE, le Fonds monétaire international (FMI) ou encore le G7 Finances samedi. Si elle offre des munitions supplémentaires à M. Cameron, elle n'a fait qu'accroître la colère des partisans du départ face à ce qu'ils présentent comme une conspiration des "laquais" britanniques de Bruxelles et de l'establishment international. Iain Duncan Smith, qui a démissionné en mars de son poste de ministre du Travail, a fustigé "une étude pas honnête, clairement orientée et qui ne doit pas être prise au sérieux". "La réalité, c'est que nous payons 350 millions de livres (450 millions d'euros) par semaine à l'UE. Si nous votons pour partir, nous pourrions remettre la main sur cet argent et l'utiliser ici au Royaume-Uni", a-t-il déclaré, usant au passage d'un chiffre ne prenant pas en compte le rabais octroyé par Bruxelles à Londres, soulignent les analystes qui parlent de 280 millions de livres hebdomadaires versés au budget de l'UE. "Nous reprendrions aussi le contrôle de notre économie en créant des centaines de milliers d'emplois via la conclusion d'accords de libre-échange avec les pays du monde en forte croissance", a ajouté M. Duncan Smith. La personnalité la plus en vue du camp du Brexit, l'ex-maire de Londres Boris Johnson, a lui ironisé contre le "camp de la peur", dans une tribune au Daily Telegraph où il a brossé le portrait idyllique d'un Royaume-Uni libre et prospère au lendemain d'un vote pro-Brexit. "Les marchés furent calmes, la livre ne s'écroula pas, le gouvernement britannique lança une campagne efficace et populaire sur le continent pour expliquer qu'il ne s'agissait pas d'un rejet de +l'Europe+ mais juste des institutions supranationales; et une nouvelle relation (avec Bruxelles) fut rapidement mise en place basée sur le libre-échange et le leadership britannique traditionnel en matière de politique étrangère", écrit celui qui se verrait bien dans les souliers de M. Cameron.

AFP, 23 mai 2016

Doc 4 : Les résultats du scrutin

Le Royaume-Uni a finalement choisi de mettre fin à quarante-trois années d’appartenance à l’Union européenne (UE), vendredi 24 juin. Le camp du « Leave », favorable à la sortie du Royaume-Uni de l’UE, l’a emporté avec 51,9 %, contre 48,1 % pour le « Remain », camp pro-européen. La participation atteint 72,2 %, soit plus que le taux de participation de 66 % lors des législatives de 2015. […] Prenant acte du résultat du vote, David Cameron a annoncé vendredi matin son intention de démissionner de ses fonctions de premier ministre pour laisser à un autre le soin d’engager les négociations de sortie de l’Union européenne. « Les Britanniques ont pris une décision claire (…) et je pense que le pays a besoin d’un nouveau leader pour prendre cette direction », a déclaré M. Cameron, qui avait milité pour le maintien dans l’UE. Il a précisé qu’il resterait en place jusqu’à l’automne et la désignation d’un nouveau leader par son Parti conservateur lors de son congrès en octobre.

Les résultats du référendum britannique sur l’Union européenne montrent un Royaume-Uni profondément divisé, avec Londres, l’Ecosse et l’Irlande du nord qui ont voté pour rester tandis que le nord de l’Angleterre et le Pays de Galles ont voté une sortie. L’Angleterre a voté pour une sortie, en particulier le nord et le sud-est où le discours sur l’immigration a porté. Les résultats de Sunderland, dans le nord-est, parmi les premiers connus, ont montré un soutien de 61,3 % pour le Brexit. Ils ont été suivis par une série de votes pour le « Leave » à travers le nord de l’Angleterre, dont Sheffield qui était pourtant pressenti favorable au « Remain ». Birmingham, la deuxième ville du pays, s’est également prononcée de justesse pour un Brexit. La ville de Manchester a fait exception en votant pour rester dans l’UE à 60,4 %. Ville-monde cosmopolite de 8,6 millions d’habitants, la capitale britannique a majoritairement voté en faveur d’un maintien dans l’UE à environ 60 %. Cœur financier et économique du Royaume-Uni, la ville voyait l’appartenance à l’UE comme un avantage pour faire des affaires et circuler librement à travers l’Europe. Le pays de Galles a majoritairement soutenu une sortie de l’UE mais sa capitale Cardiff a voté pour rester avec 60 % des voix.

Pendant la campagne, les enquêtes d’opinion ont également dressé le tableau d’un Royaume-Uni profondément divisé, avec de grandes différences entre les personnes âgées et les plus jeunes. L’accent mis sur l’immigration, en forte hausse ces dernières années, pourrait accentuer les fractures d’un pays, également marqué par un creusement de l’écart de richesse entre les pauvres et les plus fortunés.

L’europhile Ecosse, comme attendu, a soutenu le maintien à 62 % contre 38 %. Et comme attendu aussi, en cas de Brexit, se positionne déjà pour réclamer un nouveau référendum d’indépendance. Quelques minutes après l’annonce des médias britanniques, la première ministre de l’Ecosse, Nicola Sturgeon, a prévenu que ses administrés voyaient leur avenir au sein de l’UE. Le parti irlandais Sinn Féin a immédiatement appelé à un référendum sur une Irlande unifiée. « Le gouvernement britannique a perdu tout mandat pour représenter les intérêts économiques ou politiques des Nord-Irlandais », a estimé l’ancienne vitrine politique de l’Armée républicaine irlandaise (IRA), active des deux côtés de la frontière. De son côté, le parti républicain irlandais a souligné que le référendum sur l’UE avait des « conséquences énormes sur la nature de l’État britannique ». L’UE a injecté des milliards d’euros pour soutenir l’Irlande du Nord après les accords de paix du « Good Friday » de 1998, qui avaient mis un terme à trois décennies d’affrontements confessionnels entre catholiques et protestants ayant fait plus de 3 000 morts.

Dans le sillage de ces résultats, la livre plongeait de plus 10,5 % face au dollar, sa plus forte chute jamais subie en un jour. La devise britannique est tombée à son plus bas niveau depuis septembre 1985, alors qu’elle avait atteint jeudi soir un pic de six mois face au billet vert dans la foulée de sondages, publiés après la fermeture des bureaux de vote, prévoyant une victoire du camp favorable au maintien. Signe de l’inquiétude internationale, Masatsugu Asakawa, responsable de la politique de change japonaise, a annoncé qu’il allait consulter le ministre des finances de l’Archipel en vue d’élaborer une réponse aux mouvements des marchés, décrits comme très rudes. A la suite de la victoire quasi certaine du camp du Brexit, la Bourse de Tokyo plongeait de plus de 6 % en fin de séance et les cours du pétrole perdaient quelque 6 %.

Dirigeants de la communauté internationale, investisseurs et multinationales se sont également invités dans la campagne, dont l’un des thèmes majeurs a également été l’économie. L’issue de cette consultation, sur fond de montée de l’euroscepticisme à l’échelle continentale, sera aussi déterminante pour l’avenir de la construction européenne. « L’Europe nécessairement va changer quel que soit le vote des Britanniques », avait déclaré, dans la journée de jeudi, le président français François Hollande. Ce dernier rencontrera la chancelière allemande, Angela Merkel, lundi à Berlin. Vendredi, après les premiers résultats du vote britannique, le député d’extrême droite néerlandais Geert Wilders (Parti pour la liberté, PVV) a réclamé un référendum sur l’UE dans son pays.

Le Monde, 24 juin 2016

Doc 5 : Les conséquences économiques du Brexit à l’heure actuelle

Voilà maintenant deux mois que les Britanniques ont voté à près de 52% des voix pour la sortie du Royaume Uni de l’Union européenne ; si cette décision est un véritable séisme politique et que chaque camp pendant la campagne donnait ses prévisions sur les effets du Brexit, on peut se demander quels sont les effets d’un tel changement.

David Howarth, professeur d’économie à l’Université du Luxembourg, nous a accordé un entretien pour comprendre au mieux les enjeux du Brexit.

Les Frontaliers : Deux mois après le fameux vote du référendum, où en est la situation au Royaume Uni ?

David Howarth : En ce qui concerne les effets économiques immédiats, on ne peut pas dire que la situation ait vraiment empiré au Royaume-Uni. C’est même plutôt le contraire car la croissance est toujours assez bonne et le taux de chômage continue de baisser, c’est d’ailleurs l’un des plus bas en Europe.

Ce sont les facteurs structurels donc à long terme qui vont avoir un effet néfaste sur l’économie ; la livre sterling a chuté d’environ 15 centimes ce qui provoquera un effet inflationniste et donc il y aura des conséquences sur le consommateur car le Royaume Uni est un des plus gros importateurs de l’Union européenne, en particulier auprès de l’Allemagne. De plus, l’économie du Royaume Uni dépend fortement de la consommation et du prix de l’immobilier, l’inflation n’est donc pas bonne pour les caractéristiques du pays.

Les Frontaliers : Globalement, peut-on dire que les prévisions « catastrophistes » du camp « Remain » ne se sont pas vérifiées ?

David Howarth : Absolument. C’est même plutôt le contraire comme je vous l’ai dit précédemment. Ceci a en tout cas beaucoup desservi et décrédibilisé les arguments du camp du Remain dans la mesure où une partie importante de ses partisans avait annoncé des effets dramatiques et surtout immédiats en cas de sortie de vote, ce qui n’est pas du tout arrivé.

Les Frontaliers : dans le contexte européen, où en est la situation ?

David Howarth : Comme je l’ai toujours dit ce sont les allemands et Angela Merkel qui mènent le jeu pour la simple et bonne raison qu’ils sont commercialement fortement excédentaires avec le Royaume Uni et ce dernier est le premier consommateur des produits manufacturés allemands. C’est la raison pour laquelle l’Allemagne agit avec précaution ; elle souhaite garder de bonnes relations avec le Royaume-Uni tandis que d’autres pays, notamment la France, qui ont moins d’intérêts économiques, veulent être moins généreux et souhaitent surtout décourager les partis politiques ou les pays à organiser leur propre référendum. Encore une fois en France la majorité de la population souhaiterait avoir un référendum et d’ailleurs il n’est pas improbable que l’euroscepticisme soit plus fort en France qu’au Royaume Uni !

Site internet luxembourgeois « Les frontaliers », le 6 septembre 2016, http://www.lesfrontaliers.lu

Doc 6 : Un choix définitif ?

Selon un sondage réalisé par l'institut ComRes pour The Independent, une majorité de Britannique ne veut pas de deuxième référendum sur le maintien du Royaume-Uni dans l'Union européenne. 57 % rejettent ainsi tout « second référendum » qui avaient été demandé dans les jours qui avaient suivi le vote du 23 juin par une pétition ayant recueilli 4 millions de signatures, mais dont la fiabilité et la sincérité avait été mise en cause. Une manifestation de quelques dizaines de milliers de personnes avait également eu lieu dans le pays au lendemain du Brexit en faveur du maintien dans l'UE. Mais seulement 29 % des personnes interrogées estiment qu'il faut réaliser un second référendum une fois l'accord avec l'UE pour le Brexit conclu.

Le sondage montre également une certaine confiance dans le nouveau gouvernement dirigé par Theresa May. 46 % des personnes interrogées estiment que la nouvelle chef de gouvernement ne nécessite pas de nouvelles élections générales pour légitimer son arrivée au 10, Downing Street, contre 38 % qui pensent le contraire. Si 43 % des sondés estiment que David Cameron sera, au final, un meilleur chef du gouvernement que Theresa May, ils sont 52 % à penser que cette dernière sera « une bonne première ministre ». Ils sont également 58 % à estimer que Theresa May sera une meilleure chef de gouvernement que son adversaire travailliste Jeremy Corbyn.

Ce sondage semble indiquer que, après le vote du 23 juin et malgré les premières conséquences négatives de cette décision sur l'économie, les Britanniques entendent assumer le choix de la majorité d'entre eux et font confiance au nouveau gouvernement - marqué par un nouveau ton, notamment en direction des classes les plus fragiles de la société - pour gérer le Brexit. Un recul sur ce point ne semble donc pas d'actualité pour la population britannique.

Doc 7 : Les répercussions politiques du Brexit

Le 16 septembre se tiendra un Conseil européen informel pour donner une impulsion à l'Union européenne (UE) des 27. Or, certains jours, se dégage le sentiment que rien ne s'est passé le 23 juin 2016.

Pourtant, le "leave", exprimé par 51,9% des électeurs britanniques, ne constituait pas le premier signe de méfiance envoyé par les citoyens européens. Dans la période récente, tous les référendums (certes, avec des enjeux différents) ont été perdus par l'Europe (sur la Constitution en 2005 en France et aux Pays-Bas, sur le traité de Lisbonne en Irlande en 2008, sur le plan d'aide à la Grèce en 2015). Par ailleurs, l'abstention aux élections du Parlement européen (PE) augmente depuis les origines; en 2014 elle a dépassé 57 %. Dans ce contexte, on pouvait espérer qu'au moins le scénario du Brexit constitue un électrochoc et provoque un brainstorming dans l'UE. Rien de tel, pour l'instant.

Attentisme et pas effervescence

Du côté britannique, le silence s'explique par des raisons multiples. D'abord, il reflète des divergences au sein de l'exécutif, notamment sur le fait de conserver -ou non- la libre circulation des personnes avec le reste de l'Europe. Ensuite, en prenant son temps pour activer l'article 50 du traité sur l'UE (qui prévoit le retrait d'un Etat), le Royaume-Uni espère sans soute démarrer les négociations dans des conditions favorables, pour obtenir "le beurre et l'argent du beurre", à savoir l'accès au marché unique sans avoir ni à respecter les réglementations de l'UE ni à contribuer à son budget. Enfin, certains au Royaume-Uni contestent la valeur juridique d'un référendum au nom de la souveraineté du Parlement. Par ailleurs, il est déjà arrivé à certains pays de voter une deuxième fois après un vote défavorable à l'UE.

"Les échéances électorales rapprochées dans plusieurs pays sont vécues comme défavorables aux initiatives pro-européennes, surtout dans un contexte de montée des populismes. Mais la tenue régulière d'élections caractérise les démocraties; il devient donc urgent de faire la pédagogie de l'Europe."

Du côté de l'UE, l'heure n'est pas (encore?) à un bouillonnement de propositions. Cette atonie -plus préoccupante- tient certainement à des échéances électorales rapprochées dans plusieurs pays, vécues comme défavorables aux initiatives pro-européennes, surtout dans un contexte de montée des populismes. Mais la tenue régulière d'élections caractérise les démocraties; il devient donc urgent de faire la pédagogie de l'Europe. L'UE reste un beau projet. Ainsi, elle pourrait permettre une insertion plus réussie des différents pays européens dans la mondialisation et constituer le laboratoire d'un modèle économique qui ne soit pas celui du pur capitalisme actionnarial.

La démocratie, la règle et le marché

La réflexion sur l'Europe devrait porter sur, au moins, trois thèmes.

Premier sujet, la démocratie. Les opinions reprochent à l'UE de n'être pas assez démocratique, de prendre ses décisions sans la délibération des citoyens. Du coup, lorsque ceux-ci sont invités à exprimer leur avis, comme le 23 juin, ils le font sur le mode du quitte ou double, de la catharsis. Plutôt que de s'acculer à choisir entre tout ou rien, veillons à injecter de la démocratie de façon régulière. Les propositions possibles sont nombreuses. Par exemple, pourquoi ne pas donner au PE l'initiative des propositions de normes juridiques? C'est aujourd'hui un monopole de la Commission. En clair, permettons aux eurodéputés d'écrire des textes, qui auront vocation à revêtir force de loi. Ils auront peut-être des idées nouvelles de relance du projet européen. Il serait également possible de donner au PE des pouvoirs en matière de recettes communautaires: aujourd'hui, il n'en a qu'en matière de dépenses. Une autre réforme, d'ordre symbolique, consisterait à faire du président nouvellement élu du PE le président du Conseil européen. Cela donnerait un visage à l'Union. Ces changements ne sont pas les seuls concevables; ils amplifieraient les enjeux des élections du PE et permettraient sans doute d'inverser la tendance de l'abstention.

Deuxième chantier: le poids de la règle. La démocratie se heurte à de multiples règles, toutes soucieuses de "stabilité". Confondant la théorie économique avec une science exacte, on a gravé dans le marbre des traités des prescriptions et des interdictions, en les soustrayant à la délibération des citoyens. Par exemple, le PSC (pacte de stabilité et de croissance) fétichise les valeurs de 3% du PIB (pour le déficit public) et de 60% (pour la dette publique), alors que ces chiffres n'ont pas grand sens. Le TSCG (traité de stabilité, de coordination et de gouvernance) entend accroître l'automaticité des sanctions infligées aux Etats laxistes. Le TFUE (traité sur le fonctionnement de l'UE) assigne un objectif principal -la stabilité des prix- à la BCE (Banque centrale européenne), et lui interdit d'acheter la dette des Etats à l'émission. Certes, la BCE a su négocier, en réaction à la crise, des virages en termes de doctrine et de mode opératoire (par exemple en rachetant massivement aux banques des titres de dettes publiques). Mais elle a changé de cap toute seule, sans que le débat public puisse éclairer ou influencer ces décisions. Sur plusieurs questions déterminantes de politique économique, la souveraineté du peuple est donc limitée par des règles, tant au niveau national qu'au niveau européen. Sans doute faut-il atténuer la "gouvernance par la règle" qui sévit en UE.

"Sur plusieurs questions déterminantes de politique économique, la souveraineté du peuple est donc limitée par des règles, tant au niveau national qu'au niveau européen. Sans doute faut-il atténuer la "gouvernance par la règle" qui sévit en UE."

Troisième sujet sur lequel intensifier la réflexion: le marché. La volonté des Européens de bâtir un avenir commun se heurte en effet à un dogme: il ne faut pas bousculer le "tout marché". La construction européenne, qui constituait une ambition politique, se voit confisquée par l'idéologie libérale. Tout doit être mis en concurrence: les produits et les services, mais aussi les mutuelles, les systèmes sociaux, la fiscalité (comme en attestent le traitement de faveur accordé à certaines multinationales), les travailleurs (notamment par les fraudes au détachement)... Contrarier le rouleau compresseur ultra-libéral semble presque relever du blasphème.

Le projet européen ne doit pas être abandonné à cette doctrine, mais réinvesti par d'autres logiques. Les chantiers sont légion. Par exemple relancer l'harmonisation fiscale (notamment pour l'impôt sur les sociétés, IS), afin de contrarier un dumping suicidaire. Accroître le budget européen en inventant une nouvelle taxe qui lui serait directement affectée (fraction de l'IS, TFF...). Mettre en place une taxe européenne sur les transactions financières (TFF). Créer une instance européenne d'inspection du travail, pour enquêter sur les cas les plus scabreux de fraude au détachement...

"La construction européenne, qui constituait une ambition politique, se voit confisquée par l'idéologie libérale. Tout doit être mis en concurrence: les produits et les services, les mutuelles, les systèmes sociaux, la fiscalité, les travailleurs..."

Toutes ces suggestions ont seulement vocation à alimenter le débat. Les changements nécessaires pour refonder l'UE seront compliqués à orchestrer. Ils supposeraient, notamment, que l'Allemagne consente à davantage de fédéralisme budgétaire, la France à davantage de fédéralisme politique et les anciens "pays de l'Est" à moins de concurrence par le moins-disant social.

Le projet européen, potentiellement bénéfique au niveau collectif, mériterait que les citoyens se réveillent et que les Etats dépassent la logique du "chacun pour soi".

Olivier Lacoste, « L’Union au Brexit dormant », 8 septembre 2016, Blog hébergé par le Huffington Post


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Sujets d'exposés

Sujets de dossiers à faire par groupes de 2 ou 3 : Thème général : Exercer sa citoyenneté par le vote, les élections présidentielles

Chaque groupe doit choisir un thème portant sur les élections américaines, et un thème portant sur les élections françaises :

* Sur les élections américaines (à rendre mi-novembre) :

-          - Quelle influence les élections américaines peuvent-elles avoir en France et dans le monde ?

-         -  Comment fonctionne le système électoral américain (1) : les présidentielles

-          - Comment fonctionne le système électoral américain (2) : l'élection du Congrès

-          - La campagne électorale en Floride : un enjeu particulier

-          - La publicité électorale aux États-Unis : les publicités négatives

-          - L'argent dans les élections américaines

-          - L'exercice du droit de vote aux États-Unis : droit, conditions matérielles, etc.

-          - Une candidate en campagne : Hillary Clinton

-          - Un candidat en campagne : Donald Trump

-          - Les « petits » candidats en campagne

-          - Les débats télévisés dans la campagne électorale

-          - L'engagement des artistes dans la campagne : l'exemple des acteurs de cinéma

* Sur les élections en France (à rendre en février)

-          - Les élections primaires à gauche

-          - La primaire des Républicains

-          - La campagne d'un candidat déclaré : Jean-Luc Mélenchon

-          - La campagne d'une candidate déclarée : Marine Le Pen

-          - Les sondages et leur influence sur la campagne

-          - Le rôle des médias dans la campagne électorale

-          - Les réseaux sociaux et la campagne électorale

-          - La campagne à Montpellier : grands événements, activité militante, etc.

-          - Le programme économique des différents candidats

-          - Le programme des différents candidats en matière de sécurité

-          - Le programme européen des différents candidats

-          - Le programme des différents candidats en matière d'éducation (du primaire au supérieur)

-          - Les formes d'engagement dans la campagne présidentielle à 16 ou 17 ans


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