article presse du 13/11/2011 Nord éclaire

Publié le dimanche 13 novembre 2011 à 06h00
Il n'est jamais monté à cheval. Pourtant, Jean-Michel Lemaître connaît par coeur les moindres pièces composant un harnachement.Bourrelier sellier à Fresnicourt, entre Lens et Béthune, il exerce une passion, plus qu'un métier.
CÉLINE DEBETTE > celine.debette@nordeclair.fr
À peine poussée la porte du petit atelier improvisé dans le garage de la maison familiale, une odeur reconnaissable entre toutes se dégage.
Celle du cuir. Jean-Michel Lemaître baigne dedans en moyenne six heures par jour. Ou plutôt par soir. Car le Fresnicourtois exerce son activité de bourrelier sellier une fois son poste à l'assistance publique des hôpitaux de Paris quitté.
Une double vie à cent à l'heure qui lui sied à merveille. « Je n'ai pas besoin de beaucoup de sommeil, sourit-il. Le matin, je pars de chez moi à 5 h pour prendre mon train à Arras. Je rentre vers 16 h 30 et j'enchaîne avec mes commandes, en général jusqu'à minuit, cinq jours sur sept. » Le peu de temps libre qu'il lui reste, il le consacre à son autre passion : le tir à l'arc. Infatigable, il est, en effet, intendant au sein de la ligue régionale, président du club de Bully-les-Mines et vice-président des francs tireurs artésiens.
Il a d'ailleurs imaginé et dessiné un bracelet de décocheur, commercialisé par la société Arc Système à travers l'Europe. « Je leur fournis une cinquantaine de pièces par mois, ça marche plutôt bien », confie-t-il. Cette création, il l'a mise au point en 2006, au cours de sa formation professionnelle au sein du très réputé atelier Epona, situé à Chantilly. « Là-bas, il y a essentiellement des lads et des cavaliers. Or, moi je ne viens pas du tout du monde du cheval. Ils ne comprenaient pas que je m'intéresse à ça. » Un savoir-faire ancestral C'est le hasard d'une rencontre qui l'a amené à mettre le pied à l'étrier. « J'ai découvert ce métier en contactant un professionnel à Paris pour qu'il me fasse un fourreau d'épée. Finalement, je suis allé le voir à plusieurs reprises. Je ne me lassais pas de le regarder travailler le cuir.
Ça a été un déclic. » Durant un an, il a appris les rudiments de ce savoir-faire unique dont la clé est la patience. « Je réalise la grande majorité de mes coutures à la main. Tout est artisanal et sur mesure, je ne fais pas de l'usinage. Alors, forcément, c'est long. » En moyenne 16 h pour une bride neuve vendue ensuite aux alentours de 200 E.
« Compte tenu de la qualité du travail et de la matière utilisée, ce n'est pas cher », estime Francis Dessauvages, propriétaire de trois chevaux à Hersin-Coupigny, venu récupérer une paire de chaps (surchaussures montantes) ainsi qu'une selle. « On entre dans une période où il y a moins de concours hippiques, du coup, les cavaliers en profitent pour faire réparer leurs équipements abîmés. Mais ce n'est pas toujours facile car certains achètent des produits bon marché », précise Jean-Michel Lemaître.
Malgré tout, le bourrelier parvient à faire des miracles. Tant et si bien qu'il compte quelque 200 clients fidèles, essentiellement des Nordistes mais aussi des Auvergnats et des Savoyards. Si la confection et la réparation des harnachements représentent 70 % de son activité, il a bien d'autres cordes à son arc.
Il réalise des ceintures, des bourses, des porte-couteaux, des punching ball... Mais offre également une nouvelle vie à des sacoches d'école défraîchies dont les propriétaires ne veulent pas se séparer ou reconstitue à l'identique la réplique d'un ceinturon napoléonien. « Voilà ce qui me plaît dans ce métier : ce n'est jamais rébarbatif, on est en contact avec une matière noble et on perpétue un savoir-faire ancestral. » Savoir-faire qu'il espère transmettre avant de s'arrêter, ce qu'à 44 ans, il est encore loin d'envisager. « Tant que je vis, je continue. »w




