La part du colibri
http://fr.wikipedia.org/wiki/Martinique#Faune
Je suis née et ai grandi en Martinique, une île située entre l'océan Atlantique et mer des Caraïbes. Le colibri sucrier est une espèce très répandue dans mon pays. On les appelle ainsi parce qu'ils se nourrissent du nectar des plantes. Combien de fois les ai-je contemplés, affairés au-dessus des hibiscus, leurs ailes démultipliées disparaissant presque dans leur élan iridescent ? Dans mon pays, on les appelle plus communément "foufous".
Alors voilà. Je suis un foufou. C'est comme ça et pas autrement. J'ai mis du temps à m'y faire parce que dans ce monde, il n'est pas très bien vu d'être un foufou. C'est un monde dans lequel il ne faut pas se faire remarquer. Un monde de séparation, dans lequel la différence n'est pas bienvenue. Mais moi je crois que cela va changer, parce que des foufous se lèvent dans le monde entier pour aller boire le nectar qu'un très petit nombre se réservait à lui seul, privant la majorité de leur nourriture essentielle.
Les Amérindiens associent les colibris à la beauté. Ils pensent avec raison - que le colibri répand la joie et l'amour autour de lui. Observer ce petit oiseau nous apprend à développer la joie, l'équilibre. C'est l'objet de mon site. Communiquer la joie, car la joie est un outil puissant d'accès à sa nourriture, son nectar intérieur. Butiner, de fleur en fleur, pour découvrir et faire passer le message que nous vivons dans l'abondance, qu'il ne tient qu'à nous de battre les ailes à la vitesse supérieure et, dans cet état de vol, déguster le nectar de la vie qui nous est gracieusement offert par la nature si généreuse qui nous entoure. Je suis une amérindienne, de par mon histoire. J'ai aussi une part africaine, une part indienne - ma grand-mère étant une Tamoule, une part asiatique et une part européenne. Mes plumes sont, comme celles du colibri, multicolores. Je suis le monde, tout comme vous l'êtes. Et je me réjouis de vous rencontrer, de faire votre connaissance, de partager cette connaissance universelle. Nous ne sommes pas seuls, en dépit des apparences.
Il y a une légende, amérindienne celle-là aussi concernant le colibri. Un incendie ravageait une forêt. Tous les animaux fuyaient et assistaient, impuissants. Cependant, un petit colibri s'agitait sans relâche, faisant des allers-retours entre une mare et les arbres en feu, lâchant à chaque fois une goutte d'eau sur ces derniers. Les autres animaux observant son manège, incrédules, lui dirent :
"- Eh, petit colibri ! Tu ne crois quand même pas que tu éteindras l'incendie ainsi ?"
A quoi le petit colibri répondit :
"- Je sais bien que je n'éteindrais pas l'incendie, mais moi, je fais ma part".
Et je me dis : Mais ne sommes-nous pas des milliards à être capables de transporter une petite goutte ?
Le Colibri




